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DEVELOPPEMENT-CONGO
Risque de famine dans le Pool à cause de la déforestation
Arsène Séverin

KINKALA, Congo, 25 mai (IPS) - Les populations du département du Pool, dans le sud du Congo, abattent les arbres des forêts pour survivre. Elles fournissent sans cesse du charbon et du bois de chauffe à la capitale Brazzaville, sous l’œil impuissant de l’Etat. Elles courent cependant de gros risques de famine.

«Lorsqu’ils ont acquis un terrain, les paysans préfèrent couper les arbres, faire du charbon et aller le vendre à Brazzaville, que d’attendre deux ans pour récolter un champ de manioc. Avec l’argent qu’ils gagnent, ils se ravitaillent en manioc et en foufou à Brazzaville», déclare à IPS, Virgile Safoula, responsable de Environnement et développement des initiatives communautaires (EDIC), une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Brazzaville.

Depuis la fin des guerres civiles de 1998 à 2003, la fabrication du charbon et la coupe du bois de chauffe sont devenues l’activité rentable des populations du Pool. Il y a des paysans qui produisent en trois mois quelque 300 sacs de charbon. Un sac de près de 15 kilogrammes est vendu à 10 dollars à Brazzaville.

Selon le Conseil départemental du Pool, cette région, avec ses 44.000 hectares de terres arables, fournissait, avant les guerres, 30 pour cent de la production agricole nationale. «La pratique du charbonnage et des feux de brousse ont dénudé et appauvri les sols, à tel point que la faim gagne le Pool», souligne Safoula.

«La plupart des vivres vendus sur le marché de Kinkala viennent des villes. Ici, il n’y a presque plus rien», explique un stagiaire anonyme de l’école paramédicale de Kinkala, le chef-lieu du Pool.

«Même les produits non ligneux comme le champignon, les chenilles et les asperges ont disparu des forêts du Pool», explique à IPS, Prosper Mayembo, directeur départemental de l’environnement dans ce département.

Le long des 75 kilomètres de route entre Brazzaville et Kinkala, sont stockés d’importants fagots de bois et des sacs de charbon, prêts à être évacués vers la capitale. «Si nous ne faisons pas ça, comment allons-nous vivre?», demande une paysanne anonyme du village Mabaya. Ces cargaisons de bois de chauffe peuvent lui rapporter jusqu’à quelque 3.000 dollars le trimestre, indique-t-elle.

«Ma crainte, c’est de voir le Pool devenir un désert, car on coupe sans répit les arbres. Il n’y aura plus l’agriculture et nous mourrons de faim», s’inquiète Mayembo.

Même les arbres fruitiers ne sont pas épargnés. «Comme vous le voyez, tout a presque été rasé. Les manguiers, les avocatiers et les safoutiers ont fini dans les fours à charbon», fait constater à IPS, Emmanuel Sengomona, propriétaire foncier à Kinkala.

«Lorsque nous grandissions, nos parents chassaient dans de grandes forêts ici. Mais aujourd'hui, il n'y a plus de gibier», regrette Matthias Youlou, âgé de 60 ans environ.

D’après les statistiques gouvernementales, plus de 6.000 hectares de forêts ont été dévastés dans ce département entre 2007 et 2008. Et au cours du seul premier trimestre de 2009, plus de 62.200 sacs de charbon ont été produits dans le district de Kinkala, soit plus de 78 pour cent du total provenant du Pool.

Dans la même période, 213.450 fagots de bois de chauffe, produits à Kinkala, ont été acheminés vers la capitale de ce pays d’Afrique centrale. «Tant que les besoins en énergie... resteront importants à Brazzaville, les forêts seront considérées comme une solution», affirme Mayembo à IPS.

Mais, l’action du gouvernement pour mettre fin à ce phénomène reste insuffisante. «La plupart des gens qui sont dans ces activités sont d’anciens miliciens. Il faut éviter de rallumer le feu (de la guerre civile) en les en empêchant brutalement. Il faut donc aller avec doigté», confesse Mayembo.

Cette attitude du pouvoir lui attire de sévères critiques de la part des ONG. «A Missafou et à Madzia (localités du Pool), on voit comment les trains transportent le bois jusqu'à Brazzaville, mais l'Etat ne fait rien. L'autorité demande quelques taxes juste pour camoufler son irresponsabilité", dénonce Roger Younga de l'ONG Congo Vert, basée à Brazzaville.

Par la route, plusieurs camions bourrés de charbons et de bois, rentrent à Brazzaville sans être inquiétés. "Ces camions passent parce qu'ils payent l’argent à l'Etat. C'est dommage parce qu'on ne respecte pas les conventions ratifiées. L'Etat n’arrive pas à arrêter le phénomène", déplore Safoula, de l’EDIC.

«Lorsqu’on saisit ces cargaisons de bois et de charbon, combien de gens payent ce que prévoit exactement la loi? Personne. Ils négocient pour payer plus bas», regrette Mayembo.

Tout en essayant de sensibiliser les communautés paysannes sur les dangers de cette déforestation, des ONG proposent des solutions. «Depuis 2009, nous entretenons une pépinière de flamboyants, de palmiers et de 'jatropha curcas' pour proposer le reboisement aux populations du Pool. Nous avons sollicité un terrain aux chefs terriens du Pool pour y transporter cette pépinière», indique Safoula. Le jatropha est une plante sauvage utilisée dans la fabrication du biocarburant.

Des statistiques officielles indiquent qu'à cause de la guerre civile de 1998-2003, plus de 43,6 pour cent des populations du Pool souffraient de la faim en 2009. Et dans un rapport publié la même année, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) soulignait qu'un enfant sur cinq était touché par la malnutrition chronique dans cette région. "Et si les populations se détournent de l'agriculture, ce serait le chaos", commente Younga à IPS.

Face à la faim qui guette le Pool, la Banque mondiale incite le gouvernement à accélérer le processus de mise en place d’un Plan national de lutte contre la déforestation.

«Nous allons allouer 200.000 dollars au gouvernement pour l’adoption de ce plan. Une fois que cela est fait, les ONG, les communautés peuvent accéder à nos financements, car nous pouvons rendre disponibles jusqu’à 3,4 millions de dollars», a affirmé à IPS, André Aquino, responsable REDD (Réduction des effets de la déforestation et de la dégradation) pour les deux Congo. (FIN/2010)

 

 

 

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