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Tomber dans les fentes causées par le soleil torride: la sécheresse souligne le dilemme des PDI en Ethiopie.
James Jeffrey

Gode, Ethiopie , 10 Mai 2017 (IPS) - Des bergers déplacés se rassemblent autour des tonneaux remplis d’une eau brune qui viennent d’arriver et déjà le camion à eau se dépêche vers d’autres colonies situées le long de la route venant de Gode, une des villes principales de la région Somali en Ethiopie.

Des femmes et des enfants dans une colonie Personnes Déplacées Internes (PDI) à 60km au sud de la ville de Gode, accessible uniquement par un chemin de terre à travers d’un paysage desséché. Credit : James jeffrey/IPS

En regardant les barriques avec leur contenu saumâtre, un responsable du gouvernement leur explique que les sédiments vont bientôt se déposer et que l’eau a été traitée pour qu’elle soit potable en toute sécurité, malgré les mauvaises apparences.

Selon le gouvernement, il y a au total 58 colonies de personnes déplacées internement (PDI) dans la région, qui reçoivent régulièrement de l’aide sous forme de camions à eau et denrées alimentaires.

Mais dans un sondage organisé par l’OIM (Organisation Internationale pour la Migration), on a identifié 222 sites avec 400.000 personnes déplacées entre novembre et décembre 2016.

La majorité a été forcée de partir à cause d’une des plus graves sécheresses de notre mémoire qui tient la corne d’Afrique dans son étau. La famine a été déclarée au Soudan tandis que dans les pays voisins comme la Somalie et le Yemen la famine menace.

Bien qu’ils souffrent d’un même climat et d’une absence de pluie tout comme la Somalie voisine, la situation dans la région Somali en Ethiopie n’est pas aussi terrible grâce à sa situation sans conflits et relativement sûre.

Mais la sécheresse s’aggrave inexorablement. Selon les chiffres les plus récents dont dispose l’OIM, le nombre de personnes déplacées a doublé depuis un sondage effectué entre septembre et octobre 2016.

C’est pourquoi les travailleurs humanitaires dans la région sont de plus en plus soucieux du manque de ressources dû au fait que le monde est sous le choc des crises successives et de longue durée.

Les conséquences émoussées de ceci sont qu’on ne peut pas aider tout le monde et si vous avez traversé une frontière internationale oui ou non, cela fait toute la différence.

"Quand les gens traversent des frontières internationales, le monde est plus intéressé" dit Hamidu Jalleh, qui travaille pour le bureau pour la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies (OCHA) à Gode. "Surtout s’ils fuient un conflit, cela attire beaucoup plus l’attention, mais la question des PDI ne provoque pas le même intérêt».
Un vieillard accroupi devant son abri dans une colonie de PDI dans la région de Gode. Credit : James Jeffrey /IPS

En 2017 le gouvernement de l’Ethiopie et des partenaires humanitaires ont demandé 948 millions de dollars pour aider 5,6 millions de personnes touchées par la sécheresse, surtout dans les parties Sud et Est du pays.

Des pluies saisonnières tardives au début du mois d’avril dans certaines parties de la région Somali ont apporté quelque soulagement en termes d’accès à de l’eau et de pâturage. Mais c’est une maigre consolation pour des bergers déplacés qui n’ont plus d’animaux à paître.

"Ayant perdu presque tout leur bétail, ils ont également dépensé toutes leurs économies pour tenter de garder en vie leurs derniers animaux», selon Charlie Mason, directeur humanitaire de Save the Children Ethiopie. "Pour ceux qui ont tout perdu, la seule chose qu’ils peuvent faire c’est d’aller à un endroit d’assistance gouvernementale pour avoir de l’eau et de la nourriture».

Selon la Convention des Réfugiés de 1951, quand les réfugiés traversent une frontière ils ont droit à la protection internationale, là où les PDI restent la responsabilité du gouvernement national avec le résultat qu’ils sont souvent oubliés.

Au début des années 1990 pourtant, des avocats des droits humains ont cherché une solution pour rectifier cette situation des PDI.

Mais les PDI restent un sujet sensible surtout pour les gouvernements nationaux, leur existence témoigne des conflits et des crises internes.

Selon le directeur (qui veut rester anonyme) d’une agence humanitaire, responsable pour l’Ethiopie et la Corne d’Afrique, «C’est seulement depuis un an et demi qu’on commence à parler des PDI , mais le gouvernement communique plus ouvertement sur la réalité qu’on ne peut plus ignorer».

Le gouvernement Ethiopien a bien moins de scrupules pour discuter des réfugiés qu’il héberge, estimés à 800.000.

L’Ethiopie garde une politique de porte ouverte pour les réfugiés en contraste marqué avec les stratégies adoptées par l’Ouest pour réduire de plus en plus le nombre des migrants.

Tout près de Dolo Odo, une ville dans l’extrême Sud de la région Somali située à quelques kilomètres de l’intersection de la frontière de l’Ethiopie avec le Kenya et la Somalie, il se trouve deux camps énormes de réfugiés qui hébergent chacun 40.000 Somalis, les toits de fer rouillé étincelant dans le soleil.

La vie n’y est pas facile. Les réfugiés se plaignent de maux de tête et de démangeaisons de la peau à cause de la chaleur envahissante qui varie entre 38 et 42 degrés Celsius. Récemment leur indemnité repas de céréales et de graines a été réduite de 16 kg à 13,5 kg.

Mais en même temps on leur garantit que la ration, l’eau, les services de santé et d’éducation tout cela n’est pas disponible pour les PDI dans la périphérie de Dolo Odo.

«Nous ne nous opposons pas à l’aide aux réfugiés – ils doivent être aidés puisqu’ils ont des problèmes plus grands» ainsi Abiyu Alsow, 70 ans. «Mais nous sommes frustrés parce que nous ne recevons aucun support du gouvernement ni des ONG».

Abiyu parlait, entouré de femmes, d’enfants et de quelques vieillards devant des abris de fortune assemblés de bâtons et de tissus. Les maris étaient partis pour demander un peu d’argent aux membres de la famille, ou à la recherche d’un petit boulot en ville ou en faisant du charbon de bois pour le vendre.
Des pasteurs déplacés aident un chameau faible à se relever (il n'est pas assez fort pour soulever son propre poids) en utilisant des perches sous son ventre. Crédit: James Jeffrey/IPS/IPS

«Jamais de ma vie je n’ai vu une sécheresse pareille; pendant une période de sécheresse quelques animaux mouraient mais pas tous» dit Abikar Mohammed, 80 ans.

Les centres d’administration gouvernementale, de commerce et d’activité NGO du type de Gode et Dolo Ado et leurs résidents ont l’air de supporter la sécheresse relativement bien.

Mais dès qu’on quitte les villes on voit des carcasses dans la nature et on sent l’odeur des cadavres.

Le bétail représente la colonne vertébrale de l’économie de cette région. Des spécialistes de la sécheresse ont estimé que les éleveurs de bétail du Sud de l’Ethiopie ont perdu au moins 200 millions de dollars en bétail, moutons, chèvres, chameaux et chevaux. La viande et le lait sont vitaux pour la vie des éleveurs.

"Les gens pouvaient survivre sur ce fourrage pour manger ou vendre mais maintenant il n’y a plus rien» dit le directeur -anonyme- qui visitait un campement , situé à 70km à l’Est de Dolo Odo où 650 familles déplacées ne recevaient aucune aide.

Le problème avec cette sécheresse est que les bergers ne sont pas les seuls à avoir épuisé les réserves.

L’année dernière le gouvernement Ethiopien a dépensé la somme incroyable de 700 millions de dollars tandis que la communauté internationale a offert le reste de 1,8 milliards de dollars nécessaires pour aider plus de 10 millions de gens touchés par la sécheresse causée par El Niño.

«La réponse de l’année dernière du gouvernement était assez remarquable» dit Edward Brown, directeur général de World Vision’s Ethiopie. «On a esquivé une balle. Mais maintenant les déficits de financement sont plus larges des deux côtés».

La capacité des Nations Unies paraît limitée pour les grands donateurs – déjà les Etats Unis parlent de couper l’aide étrangère.

Dans la communauté humanitaire il y en a beaucoup qui louent la façon de traiter les réfugiés par l’Ethiopie. Mais on reste soucieux, surtout quand il s’agit de PDI. On estime qu’il y a plus de 696.000 personnes déplacées à 456 endroits de par Ethiopie, selon OIM.

«Ce pays reçoit des milliards de dollars, il y a tant d’aide bilatérale mais il y a une énorme disparité entre les réfugiés et les PDI» dit le directeur anonyme. "Comment est-ce possible ?"

La sécurité dans la région Somali de l’Ethiopie est une des plus strictes en Ethiopie et pour cela la région est relativement sûre et paisible malgré des menaces d’insurgés le long des frontières avec la Somalie.

Mais il y a des organisations de droits qui prétendent que des restrictions sévères font obstacle aux médias internationaux et aux ONG en rendant plus difficile de jauger la gravité de la sécheresse et la mortalité qui en résulte. Aussi ils limitent le commerce et le mouvement et exacerbent ainsi la crise.

A vrai dire, la plupart de ONG a toujours peur de parler aux médias et d’être expulsé de la région.

Personne ne voulait parler on the record mais certains travailleurs des ONG parlent d’un désaccord entre le gouvernement fédéral dans la capitale Ethiopienne et le gouvernement régional semi-autonome, ainsi que des risques de famine et de pertes massives si de nouvelles ressources n’arriveront pas dans un bref délai.

Si les pluies de printemps, déjà en retard, seront faibles, les pertes de bétail pourraient doubler quand les ressources de parcours, le pâturage et l’eau ne vont pas se regénérer jusqu’au niveau obligatoire pour prendre en charge le bétail pendant les pluies brèves de l’automne.

Et même si on trouve des moyens pour couvrir la crise actuelle, la question la plus urgente reste comment on pourra construire de la capacité et préparer le futur.

Dans la région Siti du Nord de Somali, les camps de PDI des sécheresses de2015 et 2016 sont toujours remplies. Cela prend 7 à 10 années pour que les bergers puissent reconstruire leurs troupeaux si les pertes s’élèvent à plus de 40 pourcent, selon l’Institut International de Recherche de Bétail et la FAO (l’Organisation de Nourriture et Agriculture) des Nations Unies.

«Des réponses humanitaires du monde entier font des efforts pour piloter les gens à travers ces crises énormes pour prévenir des pertes de vies» dit Mason. «Mais il n’y a pas suffisamment de support pour amener les gens à nouveau retomber sur leurs pieds». (FIN/2017)

 

 

 

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