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ETHIOPIE
Le pays montre la voix pour faire prospérer une économie verte
James Jeffrey

ADDIS-ABEBA, 21 oct (IPS) - L'Ethiopie a connu sa part méritée de la dégradation et de dommages environnementaux, mais de nos jours il met de plus en plus en place un exemple de la façon de lutter contre le changement climatique tout en réalisant la croissance économique.

"La communauté internationale sait très bien que l'Ethiopie est l'un des précurseurs de la politique climatique internationale, sinon le premier pays africain", déclare à IPS, Fritz Jung, le représentant de la coopération bilatérale au développement à l'ambassade d'Allemagne à Addis-Abeba.

Ce pays de la Corne de l'Afrique a appris plus que la plupart que l'un des défis les plus importants auxquels sont confrontés les pays en développement est l’atteinte d'une prospérité économique durable qui contre les changements climatiques.

Selon le cinquième Rapport d'évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), "les températures maximales et minimales à travers l'Afrique orientale équatoriale augmenteront et ... les modèles climatiques montrent un réchauffement dans toutes les quatre saisons en Ethiopie, qui peut entraîner des vagues de chaleur plus fréquentes".

En Afrique, la principale préoccupation, c’est l'adaptation aux impacts négatifs des changements climatiques, bien que le rapport reconnaisse l'Ethiopie comme l'un des pays qui ont "adopté des stratégies nationales de résilience au climatique en vue de les appliquer dans tous les secteurs économiques".

Avec la Chine et l'Inde, l'Ethiopie a servi d’une étude de cas pour les chercheurs qui mènent une enquête d'un an sur des questions telles que la politique et les impacts macro-économiques; l'innovation, l'énergie, la finance et les villes; ainsi que l'agriculture, les forêts et l'utilisation des terres.

L’Economie verte résistante au climat de l'Ethiopie (CRGE), une stratégie lancée en 2011 pour obtenir le statut de pays à revenu intermédiaire d'ici à 2025 tout en développant une économie verte, "constitue la preuve de l'engagement visionnaire de l'Ethiopie à combiner le développement socio-économique ainsi que la durabilité de l'environnement", indique Jung.

'Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit' (GIZ), une entreprise internationale soutenue par le gouvernement allemand pour le développement durable, en partenariat avec les organisations gouvernementales éthiopiennes pour s'attaquer aux problèmes environnementaux.

L’un des programmes a été le Projet de gestion durable des terres (SLMP), lancé en 2008.

Le nord de l'Ethiopie a souffert d’une érosion et d’une dégradation importantes des sols – avec des agriculteurs obligés d’exploiter les pentes les plus raides, se suspendant par des cordes - avant que des tentatives ne soient faites pour contrer la destruction écologique.

Depuis ce temps, environ 250.000 hectares de terres dégradées dans les zones montagneuses éthiopiennes d'Amhara, d'Oromia et du Tigré - où vivent plus de 50 pour cent des 94 millions d'habitants d’Ethiopie - ont été restaurés pour la productivité.

Cela a été réalisé grâce à la promotion de pratiques de gestion durable des terres, telles que l'utilisation des terrasses, les systèmes de rotation des cultures, et l'amélioration des pâturages et un couver végétal permanent, profitant à plus de 100.000 ménages.

"Le SLMP avec son approche holistique augmente la disponibilité de l'eau pour l'agriculture et la productivité agricole et contribue donc directement et indirectement à une résilience accrue au climat de la population rurale", explique à IPS, Johannes Schoeneberger, responsable de l’implication de la GIZ.

Un exemple particulier de cela, souligne Schoeneberger, a été l'introduction de fourneaux améliorés combinés avec des terrains de bois nouvellement créés dans les fermes agricoles qui réduisent les émissions de gaz à effet de serre et la pression sur les forêts naturelles. Cette stratégie a également réduit les factures des ménages pour le bois de chauffage, note-t-il.

L'Ethiopie a également reconnu la façon dont ses cours d'eau abondants offrent un énorme potentiel de production d’énergie hydroélectrique. Aujourd'hui, de grands travaux d'infrastructures publiques tentent d'exploiter ce potentiel pour sortir le pays de la pauvreté.

"[Cette] mesure audacieuse en prévision de gains futurs est quelque chose sur lequel les pays doivent se concentrer", déclare à IPS, Getahun Moges, directeur général de l'Autorité éthiopienne de l'énergie. "Je crois que chaque pays a le potentiel pour construire une économie verte, la question est de savoir s’il y a une appétit suffisante pour cela contre des intérêts à court terme".

Quand il s'agit de pays qui travaillent sur des méthodes efficaces à mettre en œuvre, l’Ethiopie se trouve être en quelque sorte une autorité en matière de l’atteinte la durabilité en raison des expériences passées.

"Les Ethiopiens peuvent donner des réponses alors que souvent dans les pays industrialisés les gens ne sont pas sûrs de ce qu'il faut faire", affirme à IPS, Yvo de Boer, directeur général de 'Global Green Growth Institute' (Institut mondial pour une croissance verte), une organisation internationale focalisée sur la croissance économique et la durabilité environnementale. "On devrait poser la question aux Ethiopiens".

Le résultat de cette recherche était un rapport appelé 'New Climate Economy' (Nouvelle économie climatique - NCE), publié en septembre à Addis-Abeba et à New York.

La NCE est le projet phare de la Commission mondiale sur l'économie et le climat, créé en 2013 - l’Ethiopie en est l'un des sept membres fondateurs, et l'Institut éthiopien de recherches sur le développement a participé au partenariat mondial des grands instituts qui forment la NCE – pour voir si une croissance économique durable tout en s'attaquant aux risques des changements climatiques est réalisable.

Et la NCE a conclu que les deux objectifs sont possibles.

"L'idée que la prospérité économique est incompatible avec la lutte contre les changements climatiques s’est révélée fausse et ne tient pas", indique à IPS, Helen Mountford, directrice de l'économie à 'World Resources Institute' (Institut des ressources mondiales), basé à Washington, et future directrice du programme mondial de la NCE. "C'est une idée démodée".

Ce revirement a été rendu possible par des changements structurels et technologiques qui se déroulent dans l'économie mondiale, et par les opportunités pour une efficacité économique plus grande, selon la NCE.

En se concentrant sur les villes, l'utilisation des terres et les sources d'énergie renouvelables faibles en carbone, tout en augmentant l'efficacité des ressources, en investissant dans les infrastructures et en stimulant l'innovation, il est affirmé qu’une économie plus large et un meilleur environnement sont réalisables pour les pays à tous les niveaux de développement.

Bien que l'Ethiopie ne soit en aucun cas au bout de ses peines.

"Les changements climatiques ainsi que d'autres défis tels que la croissance démographique et des plans divergents d'utilisation des terres continuent de menacer la grande base de ressources naturelles et la biodiversité du pays", estime Jung.

Mais l'Ethiopie semble avoir tenu compte des problèmes passés et avoir choisi de suivre un chemin différent plus durable.

Et selon ceux qui sont derrière la NCE, il y a lieu d'être optimiste à l'échelle mondiale sur la façon d'assurer un avenir plus durable.

Ils espèrent que les conclusions de la NCE encourageront un accord et une coopération futurs où les nations discuteront et mettront en œuvre des politiques internationales sur les changements climatiques, permettant aux fantômes du Protocole de Kyoto et de l'Accord de Copenhague - des efforts précédents jugés inefficaces – d’être révolus.

Mais d'autres, comme l'économiste de l'environnement, Gunnar Köhlin, directeur de 'Environment for Development Initiative' (Initiative d’un environnement pour le développement), une organisation basée en Suède, soulignent que les initiatives de développement durable précédentes ont eu du mal à donner des résultats tangibles, en particulier en Afrique.

"L'Afrique subsaharienne n'a pas encore investi pleinement dans un système de production et de distribution d'énergie mature", déclare Köhlin à IPS. "Il y a donc encore beaucoup de choix à faire dans la fourniture aux ménages une énergie qui non seulement n’aggrave pas les changements climatiques mais est en même temps résistante aux impacts des changements climatiques".

A la lumière de cette situation et de l'échec des projets précédents, indique Köhlin, la NCE se pose la question: Qu'est-ce qui sera différent cette fois?

"Au cours des 10 à 15 dernières années, de nouveaux développements politiques ont commencé se produire", explique Mountford. "Oui, il y a eu des échecs, mais il y a eu beaucoup de succès et nous avons donc fait le point de ces choses- nous sommes maintenant à un point de basculement, avec les leçons tirées de ces récentes expériences et innovations technologiques importantes qui nous donnent de nouvelles opportunités".

Le véritable test du mérite de la NCE viendra lors de la prochaine grande convention sur les changements climatiques prévue à Paris en 2015, lorsque les dirigeants du monde entier se battront et tenteront de s'entendre sur une stratégie internationale.

"Espérons que Paris pourrait apporter des décisions et accords historiques, et ce rapport pourrait contribuer à cette fin", indique Moges.

Edité par Nalisha Adams

Traduit en français par Roland Kocouvi

*Cet article fait partie d’une série parrainée par le Réseau des connaissances sur le climat et le développement (CDKN). (FIN/2014)

 

 

 

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