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AFRIQUE
Evaluer comment le changement climatique affecte la sécurité alimentaire
Xavi Fernández de Castro

NAIROBI, 21 oct (IPS) - Au cours des 40 dernières années, Josephine Kakiyi, 55 ans, cultive du maïs, des haricots et des légumes sur son petit lopin de terre dans la région reculée de Kwa Vonza, dans le comté de Kitui, dans l'est du Kenya.

Même si cette région a toujours été chaude et semi-aride, au cours des 15 dernières années, Kakiyi a remarqué que les précipitations ont baissé et sont devenues de plus en plus imprévisibles.

Elle ne sait pas exactement pourquoi cela se passe. La seule chose qu'elle sait avec certitude, c'est que "maintenant il est plus difficile de dire quand il va pleuvoir".

Mais les agriculteurs partout au Kenya, et dans la plupart des pays africains, sont confrontés à des problèmes similaires.

Les experts du monde entier sont convaincus que les changements climatiques jouent un rôle majeur dans les difficultés auxquelles Kakiyi et des centaines de milliers d'autres fermiers sont confrontés sur le continent.

Selon le cinquième Rapport d'évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), "il existe un consensus fort que les changements climatiques auront un impact négatif sur la sécurité alimentaire en Afrique".

Le rapport indique également que "les inondations, la sécheresse, les changements du temps et la quantité de précipitations, ainsi que des températures élevées associées aux changements climatiques pourraient affecter directement la productivité des cultures et du bétail".

Tous ces phénomènes, lorsqu'ils sont combinés, peuvent facilement créer plusieurs crises sur un continent qui est censé voir sa population doubler pour atteindre 2,4 milliards d’ici à 2050.

Le Rapport mondial sur l'état de l'insécurité alimentaire, publié cette année par le Programme alimentaire mondial (PAM), l'Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Fonds international de développement agricole (FIDA), estime qu'il y a environ 227 millions de personnes sous-alimentées en Afrique - un cinquième de la population du continent.

Pourtant, la prévalence de la malnutrition en Afrique a diminué de 27,7 pour cent en 1990 à 20,5 pour cent actuellement.

Au Kenya, la sécurité alimentaire est une grande préoccupation pour au moins 10,8 millions de personnes, bien que la prévalence ait également diminué pour passer de 33 pour cent à 24,3 pour cent au cours des 25 dernières années.

Mais ce sur quoi les experts ne s’accordent toujours pas, c’est le degré auquel les changements climatiques affectent la sécurité alimentaire.

"Les changements climatiques constituent un facteur aggravant, pas la cause principale, de l'insécurité alimentaire et de la faim", déclare à IPS, Randall Purcell, un conseiller principal à l'Unité de récupération du PAM au Kenya.

"Le temps a toujours été chaud et sec dans les grandes régions du Kenya, ce qui rend le pays plus vulnérable aux sécheresse".

Toutefois, les dernières données scientifiques montrent qu'au cours des 15 dernières années "les sécheresses [arrivent] plus tôt et de manière plus imprévisible", ajoute Purcell. "Avant, l’on pouvait prédire qu’une grave sécheresse [se produirait] tous les cinq à sept ans, aujourd’hui, c'est tous les trois ans".

Et la même chose s’applique aux précipitations.

Le GIEC a prévu une légère augmentation des précipitations en Afrique de l'est, mais il s'attend aussi à ce qu'elles soient plus irrégulières et sporadiques.

Il devient donc plus difficile de dire quand, où, et quelle quantité de pluie tombera, comme l’on remarqué des agriculteurs comme Kakiyi.

Luigi Luminari, un conseiller technique à l'Autorité nationale de gestion de la sécheresse (NDMA), une organisation paraétatique créée en 2011 pour coordonner une réponse plus efficace aux épisodes de sécheresse périodiques et de périodes de sécheresse au Kenya, est convaincu que "les changements climatiques affectent les conditions météorologiques, mais nous avons encore besoin de plus de preuves".

Représentant de la FAO au Kenya, Luca Alinovi, aussi préfère être prudent et explique à IPS les difficultés que les scientifiques rencontrent lorsqu’ils lient les changements climatiques à leurs conséquences.

"Dans la plupart des pays africains, la quantité de données solides sur la météo est très [limitée], il est donc très difficile de dire avec certitude si un événement spécifique implique un changement structurel ou c'est seulement un cycle qui se répète toutes les quelques décennies. En outre, beaucoup de mesures ne sont pas effectuées avec des stations au sol mais avec des estimations", indique Alinovi.

Indépendamment de ce que les données peuvent révéler, le fait est que le Kenya a souffert de trois grandes sécheresses depuis 2001 et le gouvernement kényan, en collaboration avec la Banque mondiale, l'Union européenne et les acteurs concernés, essaie de mettre en œuvre une nouvelle approche pour corriger la situation.

"La NDMA a mis en place un système d'alerte précoce au niveau des comtés pour faciliter la collecte des données environnementales et socio-économiques afin que nous puissions activer nos plans d'urgence avant que les pires effets de la sécheresse n’apparaissent", explique Luminari.

Mais la détection n'est que la moitié de la solution. L'autre moitié est basée sur la prévention. "Les changements climatiques peuvent être aussi une occasion, pas seulement une menace", affirme Alinovi.

"L'agriculture innovante offre beaucoup de solutions aux fermiers. Par exemple, si les précipitations sont plus irrégulières, vous pouvez trouver des moyens pour récolter l'eau et l'utiliser quand cela vous convient mieux; ou comme le maïs ne résiste pas à la sécheresse, vous pouvez commencer à planter d'autres cultures résistantes à la chaleur comme le sorgho ou le millet, qui peuvent fournir un bon chiffre d'affaires également".

Sur son lopin de terre d'environ 0,3 hectare, Kakiyi a commencé à utiliser des fosses zai, une technique agricole exportée d'Afrique de l'ouest qui consiste à creuser des trous de deux pieds sur deux. Dans ces fosses, elle met un mélange de sable et de fumier pour aider à améliorer l'infiltration de l'eau de ruissellement des saisons des pluies.

En utilisant cette technique, qui demande beaucoup de travail, mais pas cher, Kakiyi a pu accroître la productivité de son lopin de terre de 10 fois.

Edité par Nalisha Adams

Traduit en français par Roland Kocouvi

*Cet article fait partie d’une série parrainée par le Réseau des connaissances sur le climat et le développement (CDKN). (FIN/2014)

 

 

 

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