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PAKISTAN
Dans les zones tribales, un Prix Nobel est une 'lueur d’espoir'
Ashfaq Yusufzai

PESHAWAR, Pakistan, 16 oct (IPS) - Pour les filles vivant dans les régions tribales tentaculaires du nord du Pakistan, la lutte pour l'éducation a commencé bien avant le jour fatidique où les talibans ont tiré sur une écolière de 15 ans dans la tête, et se poursuivra sans doute pendant plusieurs années encore.

Toutefois, la nouvelle selon laquelle Malala Yousafzai - une ancienne habitante de la vallée de Swat, dans la province de Khyber Pakhtunkhwa (KP), dans le nord - a reçu le Prix Nobel de la Paix le 10 octobre, a provoqué un regain de vigueur chez les personnes qui se battent contre la ligne dure de l'attitude des talibans envers l'éducation des filles.

Les habitants de la région ont déclaré à IPS qu’après avoir survécu à cette tentative d’assassinat le 9 octobre 2012, Yousafzai est devenue une icône, une représentante de l'état de la terreur qui est devenue une partie de la vie quotidienne dans la province.

En lui décernant le prix de la paix le plus prestigieux du monde, disent les experts, le Comité Nobel envoie un message fort à tous ceux qui restent bloqués dans les zones où le caractère sacré de l'éducation a été subordonné au danger de conflit.

Muhammad Shafique, un professeur à l'Université de Peshawar, la capitale de la province de KP, a dit à IPS que le prix décerné à Yousafzai a "mis en lumière l'importance de l'éducation".

"Ce sera une force de motivation pour les parents de renvoyer leurs filles à l'école", a-t-il ajouté.

Depuis que les militants ont commencé à traverser la frontière pakistano-afghane en 2001, à la suite de l'invasion et de l'occupation de l'Afghanistan par les Etats-Unis, les habitants de ces régions montagneuses subissent de plein fouet les campagnes extrémistes visant à imposer un régime islamique strict sur la population.

Au plus fort de la domination des talibans sur la vallée de Swat, entre 2007 et 2009, environ 224 écoles ont été détruites, privant plus de 100.000 enfants d'une éducation décente.

C'était au cours de cette période que Yousafzai, à peine 12 ans à l'époque, a commencé à enregistrer les difficultés qu'elle a rencontrées en tant que jeune fille en quête d'une éducation, faisant régulièrement des reportages pour le service ourdou de BBC depuis sa ville natale de Swat.

Son combat a trouvé un écho partout dans le nord du Pakistan, où des centaines de milliers de jeunes comme elle vivaient dans la peur constante de représailles pour avoir osé poursuivre leurs études.

Dans les Zones tribales sous administration fédérale (FATA), par exemple, les décrets pris par les talibans interdisant les écoles laïques, qu’ils considèrent comme un "stratagème" de l'Occident pour porter atteinte à l'islam, ont empêché 50 pour cent des enfants en âge d’aller à l’école de fréquenter.

Depuis la décennie qui a commencé en 2004, les talibans ont détruit quelque 750 écoles, 422 d'entre elles destinées exclusivement aux filles, selon une source au sein de la direction des FATA en charge de l'éducation.

Les FATA ont l'un des taux les plus faibles de scolarisation dans le pays, avec seulement 33 pour cent des enfants en âge d’aller à l’école qui reçoivent une éducation. Au total, environ 518.000 enfants dans les FATA ne font rien, selon les documents du gouvernement.

Le taux d’abandon a atteint 73 pour cent entre 2007 et 2013, puisque les familles fuyaient d'un district à un autre pour échapper aux talibans. La dernière vague de déplacement a vu près d'un million de personnes de l'Agence du Waziristan du Nord évacuer leurs maisons depuis le 15 juin et se réfugier à Bannu, une vieille ville de la province de KP.

Un rapport d'évaluation rapide publié par les Nations Unies en août a constaté que 98,7 pour cent des filles et 97,9 pour cent des garçons déplacés ne bénéficiaient d’aucune forme d'éducation dans les camps.

Déjà avec un taux misérable de scolarisation dans le primaire de 37 pour cent, Bannu est au bord d'une crise totale de l'éducation, avec 80 pour cent de ses bâtiments scolaires actuellement occupés par les réfugiés.

Ainsi, l'honneur fait à Yousafzai a touché des milliers de personnes, et a donné un nouveau souffle de vie à la campagne pour le droit à l'éducation. Depuis octobre 2012, les inscriptions dans la vallée de Swat ont augmenté de deux pour cent, selon le chargé de l'éducation à Swat, Maskeen Khan.

"Maintenant, nous espérons une énorme augmentation après ce prix", a déclaré ce responsable à IPS.

Naila Ahmed, une élève en classe de seconde originaire de l'Agence du Waziristan du Nord qui vit maintenant dans un camp de réfugiés à Bannu, estime que sa génération a été "malheureuse", forcée de grandir sans éducation.

La situation est si désastreuse qu'elle voit son déplacement comme une "bénédiction déguisée", puisque l’emménagement à Bannu lui a permis de s'inscrire dans une école privée pour la première fois depuis plusieurs années.

Elle est l'un des plus chanceux; peu de parents dans cette région infestée par le militantisme arrivent à supporter le coût de l'enseignement privé, indique-t-elle.

Yasmeen Bibi, 13 ans, est l’un des enfants dont les parents ne peuvent pas supporter la facture pour l'éducation. "Nous espérons que le gouvernement prendra des dispositions pour notre éducation", a-t-elle dit à IPS depuis sa maison de fortune dans un camp de réfugiés à Bannu, ajoutant que "Nous demandons à Malala de dépenser des fonds pour promouvoir l'éducation dans les FATA".

Ses mots nous ramènent à l'époque qui a suivi immédiatement la décision de Yousafzai de fuir le pays, lorsque beaucoup de gens de la vallée de Swat et de ses provinces avoisinantes se sentaient abandonnés par l'étoile montante, laissés derrière pour faire face à la colère des talibans due à la gloire retrouvée de l'adolescente.

Certains étaient d'accord avec l'affirmation des talibans selon laquelle elle avait "abandonné l'islam pour la laïcité" en acceptant l’offre de vivre et d’étudier au Royaume-Uni.

Au cours de ces derniers jours, cependant, toute sensation de malaise envers Yousafzai, désormais la plus jeune lauréate du Prix Nobel dans le monde, semble avoir disparu, remplacée par une sorte d'euphorie collective à la reconnaissance mondiale de son courage.

Dans toute la vallée de Swat, les écoles de filles ont distribué gratuitement des bonbons et fêté dans les rues le 10 octobre.

Mushatari Bibi, une ancienne camarade de classe de Yousafzai, a expliqué que la nouvelle a été comme "une lueur d'espoir" pour d'autres filles, qui prennent un grand risque chaque fois qu'elles quittent leurs maisons pour l'école.

Certaines personnes disent même que ce Prix Nobel, et l'espoir qu'il a suscité dans la population, représente un défi pour les fondements mêmes du pouvoir des talibans, puisque plus de gens se sentent désormais obligés de s’opposer aux militants qui empoisonnent la vie de millions de gens depuis plus d'une décennie.

Edité par Kanya D’Almeida

Traduit en français par Roland Kocouvi (FIN/2014)

 

 

 

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