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ASIE
Le financement pour l’environnement oublie les communautés indigènes
Amantha Perera

BALI, Indonésie, 22 sep (IPS) - Lorsqu'elle parle des forêts de sa région natale, Kalimantan, la partie indonésienne de l'île de Bornéo, l'expression du visage de Maridiana Deren change. Cette femme calme, presque timide est transformée en une personne chargée d'émotion, les poings serrés et elle regarde les yeux écarquillés toute personne qui l'écoute.

"La 'boohmi' (terre) est notre mère, la forêt, notre air, l'eau, notre sang", déclare cette activiste, qui s’attaque aux compagnies minières et pétrolières qui opèrent dans son île natale depuis plus d'une décennie.

Deren, qui se compte parmi les Dayaks, travaille en tant qu’infirmière et a eu de nombreux démêlés avec de puissantes entités commerciales organisées et riches. Elles ont été parfois violentes - elle a été une fois poignardée et à une autre occasion percutée par une moto.

Après des années de combat contre des sociétés riches, Deren est maintenant confrontée à un nouvel adversaire, celle qu'elle trouve encore plus difficile à aborder - son propre gouvernement.

"Ils veulent [désigner] nos forêts comme zones de conservation, et les amener loin de nous", indique-t-elle à IPS.

Elle affirme que sous le couvert du programme appelé REDD+ (Réduction des émissions dues à la déforestation et la dégradation des forêts), qui fournit des incitations financières aux pays en développement pour réduire les émissions de carbone, les gouvernements empiètent sur les terres ancestrales des peuples autochtones dans des régions reculées comme Kalimantan.

Le programme REDD, qui a pris effet à la clôture des négociations de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) à Bali, en Indonésie, en 2007, fonctionne en calculant la quantité de carbone stockée dans une zone forestière donnée et en émettant des 'crédits carbone' pour la préservation ou la gestion durable de ces stocks de carbone.

Les crédits carbone peuvent être ensuite vendus aux entreprises pollueuses du Nord qui souhaitent compenser leurs émissions nocives. Aujourd’hui, selon les communautés autochtones à travers le monde, le programme est devenu juste une autre façon pour les parties intéressées de dépouiller les petites communautés de leurs terres ancestrales.

Ce n'est pas seulement en Indonésie que de gros efforts multinationaux de conservation de l'environnement de plusieurs millions de dollars affectent les intérêts des communautés locales. Dans la région de l’Asie et du Pacifique, l'Inde et les Philippines vivent des conflits d'intérêts similaires, une tendance qui se répète à l'échelle mondiale, selon des experts et des chercheurs.

En Inde, les activistes affirment que les gouvernements successifs tentent d'utiliser la Loi sur la conservation des forêts de 1980 pour arracher des forêts aux communautés autochtones depuis des décennies.

"Maintenant qu’ils peuvent utiliser la REDD+ comme une raison supplémentaire pour arracher les forêts, cela devient un problème majeur où des communautés qui dépendent et prennent soin des forêts depuis des générations sont privées de celles-ci", a déclaré à IPS, Michael Mazgaonkar, un membre du conseil consultatif indien à 'Global Greengrants Fund', un fonds basé aux Etats-Unis, spécialisé dans les petites subventions aux communautés locales.

Dans l'Etat de Manipur, dans le nord de l’Inde, par exemple, la Commission des droits de l'Homme en Asie signale que le défrichement des forêts afin de construire le barrage de Mapithel sur le fleuve Thoubal dans le district d’Ukhrul a, depuis 2006, ignoré les objections des communautés autochtones de la région.

Voir des entités mondiales bien huilées saper les intérêts des communautés à la base, sous le couvert du 'développement' est une situation fréquente, selon Mary Ann Manahan, une chargée de programme aux Philippines de 'Focus on the Global South', un groupe de réflexion.

Elle prend l'exemple de l'aide fournie par la Banque asiatique de développement (BAsD) à la suite du typhon Haiyan qui a dévasté le pays à la fin de 2013.

"C'était un crédit d'un milliard de dollars, qui est venu avec toutes sortes de conditions. Il stipulait quel type d'entreprises pourraient être [engagées] avec le financement" et la façon dont les fonds pourraient être dépensés, a-t-elle souligné.

"En faisant cela, le crédit a limité la façon dont les communautés locales auraient pu bénéficier du fonds sous forme d'emplois et d’autres avantages", a ajouté Manahan.

Selon Liane Schalatek, directrice associée de la Fondation Heinrich Böll d'Amérique du nord, qui vise à promouvoir la démocratie, les droits civils et la durabilité de l'environnement, près de 300 milliards de dollars sont alloués chaque année au financement de l'environnement à travers le monde, mais "comment cet argent est dépensé n’est pas claire".

Ce qui est clair, c'est que la majeure partie de ce financement va aux gouvernements et aux grandes entreprises, alors que seulement une petite partie de cet argent atteint toujours les communautés qui vivent dans les zones qui sont censées être protégées ou réhabilitées.

"Des milliards de dollars sont dépensés sur des projets respectueux du climat dans le monde entier, mais très peu de cette somme dégouline jusqu'au niveau des communautés qui sont affectées", a expliqué à IPS, Terry Odendahl, directrice exécutive de 'Global Greengrants Fund'.

Elle et d'autres plaident pour que les donateurs aient un regard beaucoup plus près sur la façon dont les fonds sont alloués, et qui récolte les bénéfices. D'autres estiment que sans la contribution des communautés locales, la sagesse ancestrale datant des générations pourrait être perdue.

Mazgaonkar a indiqué l'exemple du développement dans la région des Sundarbans, la seule plus grande forêt de mangrove au monde, allant de l'Inde au Bangladesh dans le golfe du Bengale. La région a longtemps été vulnérable aux changements climatiques et à la prévalence croissante des catastrophes naturelles comme les cyclones, les typhons et à la levée des niveaux de la mer.

"Pour stopper les marées de tempête, un grand bailleur de fonds bilatéral a [récemment] construit un grand mur [sur l'île de Sagar, située sur le côté ouest du delta], qui a créé une nouvelle série de problèmes comme la pollution et l'épuisement des poissons".

Il a déclaré que le projet s’est poursuivi, bien que les femmes de la localité aient préconisé le développement des mangroves comme une solution plus viable au problème.

"Ce qui manque, ce sont les priorités sur comment et où nous dépensons l'argent", a déclaré à IPS, Maxine Burkett, une spécialiste de la politique sur les changements climatiques à l'Université de Hawaii, aux Etats-Unis, ajoutant qu'une politique claire doit être conçue par rapport au développement et à l'aide qui affecte les peuples autochtones.

En mars, l'Initiative des droits et ressources (RRI), un ensemble d'organisations qui travaillent sur les droits fonciers pour les habitants des forêts, a constaté que malgré le battage médiatique sur la REDD +, cela n'a pas entraîné l'augmentation prévue de la reconnaissance des terres indigènes. En fait, la reconnaissance des terres ancestrales était cinq fois plus élevée entre 2002 et 2008 qu'elle ne l'était entre 2008 et 2013.

Un rapport de la RRI qui analyse la capacité des communautés autochtones de bénéficier du commerce du carbone dans 23 pays à faible revenu et à revenu intermédiaire (PFR-PRI) a constaté que, "[L]es cadres juridiques existants sont incertains et opaques concernant le commerce du carbone en général, mais en particulier en termes des droits des peuples et communautés autochtones de s'engager avec, et de bénéficier du commerce du carbone".

Le rapport avertit qu'en raison de la nature opaque des lois d'échange de carbone, les gouvernements pourraient utiliser le cadre de Varsovie 2013 sur la REDD +, adopté lors de la Conférence de l'année dernière des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 19) qui s'est tenue dans la capitale polonaise , de transférer les droits des communautés autochtones à des entités étatiques.

Une nouvelle recherche de la RRI, publiée il environ deux semaines dans la perspective du Sommet sur le climat organisé par le secrétaire général de l'ONU, a dit que les 1,64 milliard de dollars promis par les donateurs pour développer le cadre de la REDD+ et les marchés du carbone pourraient garantir les droits des communautés autochtones vivant sur 450 millions d'hectares, un zone qui fait près de la moitié de la taille de l'Europe.

Pour que cela se produise, cependant, les droits fonciers des communautés autochtones doivent devenir une priorité parmi les principaux donateurs et institutions multilatérales.

"La sécurisation du régime foncier est une condition préalable pour le succès des initiatives sur le climat, la réduction de la pauvreté et la conservation des écosystèmes", estime RRI.

Edité par Kanya D’Almeida

Traduit en français par Roland Kocouvi (FIN/2014)

 

 

 

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