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IRAN
Un programme d’armes nucléaires qui n’a jamais existé
Gareth Porter

WASHINGTON, 15 avr (IPS) - Lorsque Carmen M. Ortiz, la procureure générale de l’Etat du Massachusetts, aux Etats-Unis, a descellé l'acte d'accusation d'un citoyen chinois au Royaume-Uni pour violation de l'embargo contre l'Iran, elle a fait ce qui semblait être une nouvelle accusation par les Etats-Unis d'un programme iranien d'armes nucléaires.

Le communiqué de presse sur l'acte d'accusation annonçait qu'entre novembre 2005 et 2012, Sihai Cheng avait fourni des pièces qui ont des applications nucléaires, y compris des produits fabriqués aux Etats-Unis, à une société iranienne, 'Eyvaz Technic Manufacturing', qu'il a décrit comme "impliqué dans le développement et l’approvisionnement en pièces pour le programme d'armes nucléaires de l'Iran".

Reuters, Bloomberg, 'Boston Globe', 'Chicago Tribune' et 'The Independent' ont tous relayé cette déclaration comme étant un fait. Mais la communauté du renseignement des Etats-Unis, depuis sa célèbre Estimation du renseignement national en novembre 2007, a continué à être très claire dans le registre concernant sa conclusion que l'Iran n'a pas eu de programme d'armes nucléaires depuis 2003.

Il y avait clairement quelque chose qui clochait dans la déclaration du ministère de la Justice.

Le texte de l'acte d'accusation révèle que la référence à un "programme d'armes nucléaires" était déjà une autre itération d'une ruse par la rhétorique souvent utilisée dans le passé pour présenter le programme d'enrichissement par des centrifugeuses à gaz de l'Iran comme équivalant au développement d'armes nucléaires.

L'acte d'accusation ne fait pas vraiment référence à un programme d'armes nucléaires iranien, comme l’a insinué le communiqué de presse d’Ortiz. Mais il dit que la société iranienne en question, 'Eyvaz Tehnic Manufacturing', "a fourni des pièces pour le développement d’armes nucléaires de l'Iran".

L'acte d'accusation affirme qu’Eyvaz a fourni "des aspirateurs" à deux installations iraniennes d'enrichissement d'uranium à Natanz et Fordow et "des transducteurs de pression" à 'Kalaye Electric Company', qui a travaillé sur la recherche et le développement de centrifugeuses.

Mais même ces déclarations ne sont soutenues par rien d’autre que la référence à une décision prise par le Conseil de l'Union européenne (UE) le 2 décembre 2011 qui n'a fourni aucune information appuyant cette déclaration.

La crédibilité de la déclaration de l'UE a été affaiblie, par ailleurs, par le fait que le document décrit Eyvaz comme un "producteur d’aspirateurs". Le site web de la compagnie montre qu'elle produit des équipements pour industries pétrolières, gazières et pétrochimiques, y compris des appareils de réglage de niveau, des commutateurs, des valves de contrôle et des purgeurs de vapeur.

Révélant davantage la nature politique de l’affirmation de l'acte d'accusation des armes nucléaires, il cite deux documents "qui désignent" des entités pour leurs liens avec le programme nucléaire: la Résolution 1737 du Conseil de sécurité des Nations unies et une décision du ministère des Finances des Etats-Unis deux mois plus tard.

Aucun de ces documents n’a insinué un lien quelconque entre Eyvaz et les armes nucléaires. La résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée le 23 décembre 2006, faisait référence à l'enrichissement de l'Iran comme "une prolifération d'activités nucléaires sensibles" dans 11 endroits différents dans le court texte et a listé Eyvaz comme l'une des entités iraniennes à être sanctionnées pour son implication dans ces activités.

Et en février 2007, le ministère des Finances des Etats-Unis a désigné 'Kalaye Electric Company' comme un "proliférateur d’Armes de destruction massive" simplement en raison de ses "efforts de recherche et de développement en appui au programme nucléaire de développement des centrifugeuses de l'Iran".

Cette désignation effectuée par le ministère des Finances a été réalisée conformément à un décret 13382, pris par le président George W. Bush, qui est appelé "Bloquer les avoirs des proliférateurs d’armes de destruction massive et de ceux qui les soutiennent". Ce titre donnait l'impression à l'observateur occasionnel que les gens sur la liste avaient été pris dans des activités réelles de prolifération d’armes de destruction massive.

Mais ce décret qu’il fallait a permis au gouvernement américain de sanctionner toute personne étrangère simplement parce que cette personne a été identifiée comme s’étant engagée dans des activités qui selon lui "constituent un risque de contribuer sensiblement" à "la prolifération d’armes de destruction massive ou de leurs moyens de livraison".

La suggestion d'airain de l'administration Obama selon laquelle elle accusait un individu pour avoir exporté des produits américains vers une société qui a été impliquée dans "le programme nucléaire" de l'Iran est tout simplement une nouvelle version de la même astuce linguistique utilisée par l'administration Bush.

Les acrobaties linguistiques ont commencé avec la position politique selon laquelle le programme de développement des centrifugeuses de l'Iran constituait un "risque" de prolifération d’armes de destruction massive; que le "risque" de prolifération était alors confondu avec les activités de prolifération nucléaire, quand cela a été transformé en "développement d’armes nucléaires".

Le changement linguistique final était de convertir "développement d'armes nucléaires" en "programme d'armes nucléaires".

Ce genre de rhétorique trompeuse au sujet du programme nucléaire iranien a commencé avec l'administration Bill Clinton, qui a estimé, en effet, que le développement d’armes nucléaires pourrait être déduit du programme d'enrichissement de l'Iran.

Bien que Cheng et Seyed Abolfazl Shahab Jamili, un Iranien, aient clairement violé les lois américaines en achetant et en importants des transducteurs de pression à partir des Etats-Unis et en les envoyant à Eyvaz en Iran, une lecture attentive de l'acte d'accusation indique que la preuve qu’Eyvaz a fourni des transducteurs au programme nucléaire iranien est au mieux faible.

L'acte d'accusation dit que Cheng a commencé à faire des affaires avec Jamili et son entreprise Nicaro en novembre 2005, et qu'il a vendu des milliers de pièces chinoises "ayant des applications nucléaires" qui avaient été demandées par Eyvaz. Mais toutes les pièces énumérées dans l'acte d'accusation sont des articles à double usage qu’Eyvaz aurait pu commander pour le matériel de production pour les clients de l'industrie pétrolière et du gaz.

L'acte d'accusation insinue qu’Eyvaz commandait les parties afin de les transmettre à l'installation d'enrichissement de l'Iran à Natanz, mais ne fournit aucune preuve réelle de cette intention. Il cite Jamili comme informant Cheng en 2007 que son client anonyme avait besoin des pièces pour "un très grand projet secret". En 2008, il a dit à Cheng que le client "développait un système très dangereux et que la fuite de gaz agit comme une bombe!".

Les auteurs ne lient aucune de ces déclarations à Eyvaz, mais ils suggèrent que c'était une référence faite aux centrifugeuses à gaz et insinuent donc que cela doit avoir été Eyvaz. "Pendant l'enrichissement de l'uranium par l’utilisation des centrifugeuses à gaz", explique l'acte d'accusation, "des produits chimiques extrêmement corrosifs, qui pourraient provoquer un incendie et des explosions, sont fabriqués".

Toutefois, cette déclaration est très trompeuse. Il n'existe aucun risque réel que des fuites de gaz à partir des centrifugeuses causent des incendies ou des explosions, comme l’a indiqué à IPS, dans une interview, Scott R. Kemp, un expert du nucléaire à l’Institut de technologie du Massachusetts. "Le seul risque d'une fuite de gaz [dans l'enrichissement par des centrifugeuses] c’est pour la centrifugeuse elle-même", a dit Kemp, "parce que le gaz pourrait fuir dans la centrifugeuse et l’amener à tomber en panne".

Par contre, un risque important d'explosion et d'incendie à partir de fuites de gaz existe dans l'industrie du gaz naturel. Ainsi, même si le client dont on a fait référence dans les citations avaient été Eyvaz, ils auraient été compatibles avec les ventes de cette société aux clients de l'industrie du gaz.

* Gareth Porter, un historien et journaliste d'investigation spécialisé dans la politique de sécurité nationale des Etats-Unis, a reçu le prix 2011 de Gellhorn, basé au Royaume-Uni, pour le journalisme pour ces articles écrits sur la guerre américaine en Afghanistan. Son nouveau livre intitulé "Manufactured Crisis: the Untold Story of the Iran Nuclear Scare" (Une crise fabriquée de toute pièce: l’histoire jamais racontée de la menace nucléaire iranienne), a été publié le 14 février. (FIN/2014)

 

 

 

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