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CUBA
Malgré les risques, des familles de pêcheurs ne veulent pas quitter la mer
Ivet González

LA HAVANE, 31 mars (IPS) - La route qui mène à Guanímar, un village de pêcheurs sur la côte sud de Cuba, est aussi étroite que l'avenir de ses 252 habitants, qui ne veulent pas quitter la zone malgré sa vulnérabilité aux ouragans, vagues de tempête et aux inondations.

"S’ils ne peuvent pas pêcher, les gens ici ne sauront pas comment gagner leur vie", déclare à Tierramérica, d’un air angoissé, Maricela Pérez, 63 ans, qui vit à quelques mètres de la plage.

"Nous ne pouvons pas accepter de vivre ailleurs. Nous sommes nés et avons été élevés ici", affirme Mayelín Hernández, une femme au foyer qui est retournée à la côte il y a deux ans.

Elle dit que la plupart des familles qui ont été réinstallées dans des zones plus sûres par le gouvernement local sont retournées à cet endroit fait de 152 cabanes précaires, pour continuer à pêcher dans le golfe de Batabanó comme le faisaient leurs ancêtres.

"Elles ferment leur maison à Alquízar (une ville voisine) et passent plus de temps ici, dans les 'quimbos'(des cabanes construites avec des matériaux récupérés dans les ruines des maisons détruites par les ouragans)", souligne Hernández, 41 ans, qui est issue d'une famille de pêcheurs. Elle a laissé une petite propriété rurale située à neuf kilomètres de la côte pour retourner à la plage.

Le vieux dilemme de tout laisser derrière pour des raisons de sécurité a refait surface avec les nouveaux règlements sur le zonage qui sont en train d’être mis en œuvre à Cuba pour les zones résidentielles, ou commerciales ou les zones protégées, telles que le littoral.

Cette politique vise à lutter contre les pratiques irrégulières et illégales de construction et d'utilisation des terres et à actualiser les registres fonciers et les plans de zonage pour 168 municipalités de Cuba.

Guanímar se situe le long d'une portion de littoral au sud de La Havane qui, avec la côte nord de la capitale, est la zone la plus vulnérable aux inondations et aux vents violents pendant les tempêtes dans cet archipel situé sur le corridor des ouragans.

Les scientifiques estiment que d'ici à 2050, le niveau de la mer en augmentation aura couvert 2.3 pour cent supplémentaire du territoire national.

Les nouvelles lois en matière de zonage mettent la priorité sur le littoral de 5.746 km du pays, ce qui inclut Isla de la Juventud - la deuxième plus grande île de l'archipel cubain - et 2.500 petits récifs et îlots, et sur l'application de six lois spécifiques, notamment le décret-loi 212 sur la gestion des zones côtières, en vigueur depuis 2000.

Ces lois interdisent les activités qui renforcent l'érosion des sols naturels, telles que la construction ou l'utilisation de véhicules dans les dunes; les routes ou les murs parallèles à la rive; l'abattage des mangroves; et l'introduction des espèces exotiques.

Un exemple d'une application stricte de la loi est la ville de Holguín, à 690 km au nord-est de La Havane, où le tourisme pour le soleil et la plage est en plein essor. En juillet 2013, les autorités locales avaient démoli 212 bâtiments publics qui avaient été construits sur les dunes.

"L'objectif, c’est de protéger l'environnement et mener des actions d'adaptation au changement climatique", explique à Tierramérica, Yailer Sánchez, un inspecteur de l'environnement dans l'Unité environnement du gouvernement.

La construction de bâtiments privés sur le sable constitue la violation la plus fréquente du décret-loi 212, selon Sánchez. L'objectif des autorités est de détruire tous les bâtiments illégaux et de reloger les habitants dans les deux prochaines années.

A cause de la nature sensible de la question, le gouvernement affirme que les 245 communautés côtières dans la région bénéficieront d’un "traitement spécial" au cours du processus.

Mais l'application des nouvelles lois sur le zonage a changé le lourd calme qui règne habituellement sur Guanímar, sauf pendant les quatre mois d'été, lorsque des milliers de personnes affluent vers sa plage, des visiteurs remplissent toutes les maisons et cabanes, et que les habitants mènent des affaires rapides en vendant du poisson frit et d’autres casse-croûtes savoureux.

"C'est la meilleure plage ici", affirme Hernández. "Pourquoi ne pas le reconnaître: nous ne voulons pas partir. Nous avons rapidement pris la mesure de cela lorsque (les autorités) sont venues dire qu'elles allaient déplacer tout le monde avec les maisons à 50 mètres de la mer... la mienne se trouve à 53 mètres", ajoute-elle.

Narciso Manuel Rodríguez, un pêcheur de 59 ans qui possède sa propre barque, déclare: "Ils disent qu'ils vont donner aux gens des maisons loin d'ici. Mais je préfère évacuer pendant les tempêtes et revenir, comme je l'ai toujours fait".

La politique consiste à déplacer les habitants des zones à risque, et à bloquer la construction de nouvelles maisons.

La fille de Rodríguez a été réinstallée à Alquízar après que l'ouragan Charley a détruit sa maison le 13 août 2004.

Un autre groupe de familles de Guanímar a été relogée dans cette ville en 2008 après que la zone a été touchée par les ouragans Gustav et Ike.

Gustav "a frappé avec tout ce qu'il avait" quand il est passé à quatre kilomètres de la côte, indique ce pêcheur.

En octobre 1944, Guanímar a connu l'une des pires tempêtes de l'histoire de Cuba, qui atteignait six mètres de hauteur et a pénétré l’intérieur du pays jusqu'à 12 km.

Quand il y a une menace d'ouragan ou de raz-de- marée, les 57 familles qui vivent le long de la plage emballent leurs affaires, y compris leur petit bétail et animaux domestiques, sur des camions du gouvernement local.

"Pendant ces temps, les gens estiment que le risque est réel", souligne Ricardo Álvarez, conseiller municipal de Guanímar.

La population locale "n’est pas très bien informée des problèmes environnementaux. Nous ne recevons même pas de journal ici", dit-il.

Álvarez affirme que les gens ont besoin d'informations et devraient participer davantage à la prise de décision. "Il est important de comprendre que ces choses sont difficiles pour les personnes à faire face", ajoute-il.

La boutique gouvernementale qui vend des aliments de base et autres produits fournis à des prix subventionnés dans le cadre du système de cartes de rationnement devra également être retirée des dunes, comme conséquence des nouvelles lois sur le zonage.

"Les services sont en train d’être progressivement perdus", se plaint Álvarez.

L'école primaire a fermé il y a six ans. Et un hôpital de physiothérapie qui offrait un traitement basé sur la boue médicinale, qui a été dévasté par les ouragans en 2008, n’a jamais été reconstruit.

"Les gens se sont habitués à vivre avec le danger, et ont leurs raisons de vouloir rester là où ils sont", indique à Tierramérica, María Elena Perdomo, une biologiste. "Il faut un travail de sensibilisation pour convaincre les gens, et au moment venu, des mesures juridiques peuvent être prises également".

* Cet article a été publié par les journaux latino-américains qui font partie du réseau Tierramérica.

** Le mur de bord de mer à Guanímar accélère l'érosion et la perte de terres. Crédit: Jorge Luis Baños/IPS (FIN/2014)

 

 

 

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