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UKRAINE
Récession et répression augmentent la colère
Une analyse de Pavol Stracansky

KIEV, Ukraine, 22 fév (IPS) - Comme la capitale de l’Ukraine, Kiev, vit les pires violences dans son histoire postsoviétique, certains manifestants préviennent que le mécontentement accumulé à l’égard du régime, qui a entraîné la crise actuelle, est peu susceptible de disparaître du jour au lendemain, même si une solution à l’impasse actuelle est trouvée.

Lorsque les manifestations anti-gouvernementales ont commencé en novembre 2013, elles étaient apparemment une réaction de masse à la décision prise par le président Viktor Ianoukovitch de tourner le dos à la première étape de l'adhésion du pays à l'Union européenne (UE).

Mais elles sont devenues peu après autant une expression de dégoût et de frustration à l’égard du régime en place qu’une décision politique quelconque.

"Tout cela a commencé avec la décision soudaine de ne pas signer l'accord avec l'UE, mais c’était motivé par d’autres problèmes que cela [cette décision]. Tout le monde en avait totalement marre du régime Ianoukovitch", a déclaré à IPS, Valerii Drotenko, un manifestant de 45 ans.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2010, les libertés civiles sont érodées, les opposants politiques sont confrontés à une dure répression, et l'indépendance et l'intégrité des organismes d'application de la loi ont pratiquement disparu, indiquent des groupes locaux et internationaux de défense des droits.

Au même moment, la perception d’une corruption massive, le copinage et le népotisme au sein du régime s’est accrue parmi la population en général. Les critiques ont souligné la concentration par Ianoukovitch du pouvoir politique dans son propre bureau et la transformation de sa propre famille en une force riche socialement dominante, dans le même temps.

Pour couronner tout cela, l'économie de l'Ukraine est désespérément en difficulté depuis la crise financière en 2008. Sa monnaie est proche de l'effondrement, les échanges commerciaux et les déficits budgétaires ont explosé et le pays est coincé dans une récession depuis les 18 derniers mois.

Masha Kostishyn, 34 ans, un économiste au chômage qui vit à Kiev, a déclaré à IPS: "Les gens ayant eu assez de Ianoukovitch, la corruption et la situation économique ont toutes provoqué la colère qui a amené les gens dans les rues. Mais tout cela serait plus civilisé si la situation économique était meilleure. Telle qu’elle se présente, elle aide seulement pour le moment à créer le chaos et la colère".

La situation économique désastreuse de l'Ukraine, accompagnée de l'incapacité à attirer des investissements étrangers, a poussé le pays à être de plus en plus dépendant des échanges commerciaux avec la Russie, en particulier dans l'est de l'Ukraine où est concentrée une grande partie de l'industrie lourde du pays.

Déjà culturellement proches - un sixième de la population ukrainienne est d'origine russe - cela a donné à Kremlin un levier supplémentaire pour renforcer son influence politique sur Kiev.

Mais, disent les experts, cela a seulement éloigné une grande partie de la population du gouvernement, en particulier en Ukraine occidentale qui a toujours été considérée comme plus pro-européenne.

La volte-face soudaine à la fin de novembre, lorsque Ianoukovitch s'est retiré de l'accord et semblait promettre la direction future du pays à son voisin de l'est, a été le point de rupture pour bon nombre de personnes qui craignaient que l’Ukraine ne devienne un peu plus qu'un Etat fantoche du Kremlin qui embrasse le modèle russe du capitalisme d'Etat, et de la répression politique et sociale.

Les violences et les meurtres de janvier, en particulier l'affreuse effusion de sang ces derniers jours, n’ont fait qu'approfondir le ressentiment général envers le régime.

Mais alors que l'opposition tient à ses appels pour le départ de Ianoukovitch, même si elle est satisfaite en fin de compte dans ses exigences, beaucoup de manifestants affirment qu'ils n’ont pas beaucoup foi en les remplaçants potentiels.

Le principal parti d'opposition, La Patrie, est considéré par certains comme étant un peu plus qu'une autre partie corrompue de la classe politique.

Drotenko a déclaré à IPS: "Les autorités sont criminelles de par leur nature [mais] l'opposition est juste l’autre face de la même médaille".

"Ils étaient très à l'aise dans leur rôle d’opposition 'fantoche' ou 'ornementale', étant payés par les mêmes oligarques que le parti au pouvoir, ignorant les voix du peuple de la même manière que Ianoukovitch l’a fait".

Il a ajouté: "La plupart des gens qui manifestent à Kiev sont loin d'être des partisans zélés de l'opposition".

D'autres ont souligné la politique radicale d'extrême droite du parti Svoboda qui est l'un des principaux mouvements d'opposition impliqués dans les manifestations.

Certains manifestants ont condamné l’absence de cohésion et l'inaction des leaders de l'opposition au cours de ces derniers mois pour n’avoir pas rapidement mis fin à la crise dans les premières semaines des manifestations.

"Ianoukovitch est certainement stupide et doit être accusé à cause de ses actions criminelles, mais l'opposition est aussi coupable pour n’avoir pas pris rapidement et de façon décisive des mesures dans les semaines qui ont suivi le début des manifestations", a souligné Drotenko. (FIN/2014)

 

 

 

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