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NEPAL
Les femmes dalits confrontées à plusieurs formes de discrimination
Mallika Aryal

KATMANDOU, Népal, 4 fév (IPS) - Maya Sarki, une habitante de Belbari, dans l'est du Népal, rentrait chez elle un soir d'été en 2013 lorsqu’elle a été attaquée. Elle a été jetée par terre et son agresseur a tenté de la violer.

Elle a crié. Les gens du coin sont venus à son secours et la tentative a été déjouée. Sarki a reconnu la voix de son agresseur comme étant celle d'un voisin et a porté plainte à la police.

Le lendemain, Sarki a été accueillie par une foule, conduite par son agresseur présumé, au marché du village. On l’appelait par des noms désobligeants, ses vêtements ont été déchirés, et de la suie a été étalée sur son visage. Elle a été enguirlandée de chaussures, battue, et promenée à travers le village. Après cet incident, Sarki a fui le village.

A Dailekh, dans l'ouest du Népal, Sushila Nepali, 28 ans, a été violée par un instituteur local pendant des années. Elle a été forcée d’avorter deux fois, mais est tombée de nouveau enceinte et a donné naissance à deux enfants. Reniée par sa famille, Nepali vit dans la rue et quémande l’abri et la nourriture.

Sarki et Nepali sont originaires de différentes parties de ce pays de l'Himalaya, mais ce qu’elles ont de commun, c’est leur groupe de classes sociales - les deux appartiennent à la communauté dalit socialement marginalisée. L'agresseur de Sarki et le violeur de Nepali étaient tous les deux des Hindous de caste élevée.

Il y a environ 22 communautés dalits au Népal. Des chercheurs et organisations dalits affirment qu'ils représentent 20 pour cent des 27 millions d’habitants du pays. Les Dalits sont considérés comme étant au bas des 100 groupes ethniques et classes sociales du Népal.

Ils sont les plus pauvres, avec 42 pour cent des Dalits en dessous du seuil de la pauvreté contre 23 pour cent de non-Dalits.

Après une longue impasse politique, le Népal est retourné aux urnes en novembre 2013. Après deux longs mois de négociation, de nouveaux députés s'assoient et rédigent en fin une nouvelle constitution maintenant. Mais les experts disent que même dans la nouvelle assemblée, la communauté dalit est la plus sous-représentée, seulement sept pour cent des 575 membres de l'Assemblée constituante étant dalits.

Rajesh Chandra Marasini, chargé de programme au 'Jagaran Media Centre', une alliance de journalistes dalits formée pour combattre la discrimination fondée sur la caste, s'inquiète que les questions liées aux Dalits ne soient, une fois de plus, priorisées dans la nouvelle constitution.

"Je crains que les nouveaux députés dalits ne prennent la ligne du parti et deviennent une simple présence physique", a-t-il déclaré à IPS. "Je crains que le plaidoyer pour les Dalit ne devienne une réflexion après coup".

Le Code civil 1854 du Népal avait légalisé le système des castes et déclaré la communauté dalit comme étant 'intouchable'. Dans une structure hiérarchique hindoue, une telle étiquette dicte là où les Dalits peuvent vivre, là où ils peuvent étudier et là où ils peuvent se faire des amis.

En 1963, la discrimination fondée sur la caste a été abolie au Népal et la Commission nationale pour les Dalits a été formée. En 2011, la Loi sur la discrimination basée sur la caste et l'intouchabilité a été adoptée.

Cependant, les Dalits continuent d'être marginalisés.

"Les violences contre la communauté dalit sont ignorées ou passent non signalées et inaperçues au Népal", a déclaré Padam Sundas, président de la Fondation Samata au Népal, une organisation de recherche et de défense qui travaille pour les droits de cette communauté marginalisée au Népal.

Les Dalits ne sont toujours pas autorisés à mener des activités communautaires telles que l'adoration dans les mêmes temples que les Népalais de classe sociale plus élevée. Les membres des castes supérieures ne mangent pas la nourriture touchée par les membres de la communauté dalit ou n’utilisent pas le même robinet communautaire que les Dalits utilisent pour l'eau. Et les femmes sont les plus touchées.

"Les femmes dalits sont au bas de la hiérarchie des castes et de genre au Népal", a indiqué Bhakta Bishwokarma, président de l'Organisation nationale pour le bien-être social des Dalits au Népal (NNDSWO), qui travaille pour l’élimination de la discrimination basée sur la caste au Népal.

"La souffrance des femmes dalits est de trois ordres – la société les discrimine parce qu'elles sont des femmes, ensuite elles sont victimes de discrimination parce qu'elles appartiennent à la communauté dalit, et au sein de leur propre communauté, elles souffrent une fois de plus d'être des femmes", a expliqué Bishwokarma à IPS.

Les activistes des droits des femmes affirment que les femmes dalits sont les plus vulnérables.

"Si vous étudiez les cas de femmes accusées d'être 'sorcières', il s’agit généralement de femmes dalits. Ce sont elles qui sont facilement victimes de la traite; ce sont elles qui travaillent dans des conditions terribles", a souligné Durga Sob de l'Organisation féministe dalit (FEDO) qui travaille en étroite collaboration avec le gouvernement sur les problèmes de genre des Dalits.

Les activistes disent que lorsque les victimes dalits de violence veulent porter plainte à la police, elles sont découragées.

"On leur dit que l'implication des autorités chargées d'appliquer la loi perturberait l'harmonie sociale, et les victimes sont encouragées et acceptent plutôt une réconciliation informelle", a déclaré Bishwokarma. "Personne n'est tenu responsable d’un acte discriminatoire quelconque contre les Dalits".

La nouvelle de l'attaque contre Sarki a bénéficié d’une large couverture médiatique, et l'agression a été sévèrement condamnée. Quelques jours après l’éclatement de l'histoire, des activistes se sont rassemblés devant les bureaux des décideurs politiques du Népal et ont organisé une manifestation. Elle a vu une poignée d’activistes des droits des femmes et alliés debout avec des bannières, exigeant que le gouvernement agisse.

"Les activistes sont restés là pendant quelques jours, ont remis un mémorandum au gouvernement et le problème a connu une accalmie", a déclaré Bindu Thapa Pariyar de l'Association pour le développement des femmes dalits du Népal (ADWAN).

Des chercheurs indiquent qu'il existe de grandes raisons pour lesquelles les questions des Dalits ne sont pas remarquées.

"Nous avons toutes sortes de lois en place, mais elles ne sont jamais appliquées et même si nous avons essayé de les appliquer, les victimes n'obtiennent pas justice", a déclaré Sob de la FEDO.

Elle recommande que la législation soit simple et que les autorités locales chargées d'appliquer la loi soient formées afin qu'elles comprennent les droits des Dalits.

Certains activistes affirment que le mouvement des Dalits a perdu son élan.

"Nous ne pouvons pas penser à un activisme dalit avec une approche de 'mise en œuvre de projet soutenu par des donateurs', a déclaré Pariyar de l’ADWAN. "Lorsque l'argent du projet est fini, nous continuons mais cela ne signifie pas nécessairement que nous avons réalisé ce que nous avons décidé de faire". (FIN/2014)

 

 

 

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