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ENVIRONNEMENT
Un oiseau qui s’est envolé – pour toujours
Correspondants de IPS**

CAJÍO, Cuba/RIO DE JANEIRO, 19 nov (IPS) - La disparition d'une seule espèce (un poisson au large des côtes de Cuba, un oiseau dans la forêt brésilienne) crée un vide qui peut déclencher toute une série de conséquences, depuis l'altération des écosystèmes jusqu’à l'augmentation de la faim.

"Je peux résumer les choses pour vous en une phrase: il y a moins de tout", déclare Lázaro Andrés Gorrín, un pêcheur. Il gagne sa vie à partir des eaux du golfe du Batabanó, qui baignent la côte de son humble village de pêcheurs, Cajío, dans le sud-ouest de Cuba.

La pêche est la source traditionnelle de revenus de plus de 577 villes et villages côtiers à Cuba, mais elle est un moyen de subsistance en danger à cause de la réduction des stocks de poissons dans tout le pays.

"Maintenant, il faut une journée entière pour attraper assez de poissons juste pour couvrir le fond de la glacière, ce qui signifie très peu de revenus", a indiqué Gorrín pendant qu'il montrait à Tierramérica* les quelques petits vivaneaux gazon (Lutjanus synagris) qu’il avait attrapés ce jour-là. "Vous ne pouvez pas subvenir aux besoins d’une famille avec ceci", a ajouté sa femme, qui l’attendait sur la rive afin de l'aider à transporter sa prise à la maison.

La surpêche est la principale cause de la diminution des stocks de vivaneaux gazon dans le golfe du Batabanó, ainsi que la disparition presque totale du mérou de Nassau (Epinephelus striatus) dans tout son habitat, entre autres pertes.

La baisse des stocks de poissons est très manifeste depuis 1990. Parmi les autres contributeurs figurent la pollution, l’augmentation des températures de la mer et la salinité plus élevée, puisque la construction de barrages sur les fleuves entraîne moins d'eau douce qui coule vers les côtes cubaines.

La taille des poissons a diminué, et les espèces qui sont moins populaires dans la population sont devenues plus prédominantes, selon une recherche effectuée par Rodolfo Claro, un marin scientifique.

C'est pourquoi Gorrín, 41 ans, et d'autres pêcheurs côtiers "pensent sérieusement" mener leur activité dans les rivières, lacs et les réservoirs ou même chercher de nouvelles façons pour gagner leur vie.

Cependant, certains d'entre eux croient qu'ils sont trop vieux pour abandonner ce moyen de subsistance que leurs ancêtres leur ont transmis.

C'est le cas de Roberto Díaz, 53 ans, qui travaille aux côtés de Gorrín. Tous les jours, dans un petit canot à moteur, les deux hommes se dirigent vers une zone à environ 65 kilomètres au large des côtes de Cajío, où ils pêchent avec des lignes de pêche en nylon et des filets maillants rustiques.

"Je suis toujours ici bien qu’il devienne plus difficile de se faire un bon revenu chaque jour. Il existe aussi beaucoup de règlements. Il y a une interdiction d'attraper un certain nombre d’espèces différentes, et sur l'utilisation de certains équipements et méthodes", a expliqué Díaz à Tierramérica.

Il y a 15 ans, Gorrín et Díaz, membres d'une coopérative de pêche, allaient sur des radeaux remplir leur glacière tous les jours de vivaneaux, mérous et d'autres espèces de poissons qui abondaient dans la région.

Mais les eaux autour de Cuba étaient gravement surexploitées entre les années 1960 et 1980.

En 1985 seule, 78.000 tonnes de poissons ont été récoltés au large des côtes du pays. Depuis ce temps, et au milieu de la crise économique qui a commencé dans les années 1990, le secteur de la pêche a diminué et des interdictions ont été établies pour certaines zones et espèces.

En 2012, la production totale de poissons, y compris les poissons cultivés, était de 48.498 tonnes. Les vivaneaux gazon représentaient seulement 1.694 tonnes, et les mérous de Nassau, seulement 26 tonnes.

En 2007, l'utilisation de la senne a été interdite en raison de la destruction qu'elle causait à l'habitat marin.

"Les chalutiers et les sennes épuisaient les vivaneaux gazon", a souligné Díaz.

Puisqu’il y a très peu d'emplois formels dans la pêche, il y a eu une augmentation de l'activité de pêche informelle et de subsistance, qui prend également un peu dans les stocks de poissons. Parfois, elle est clandestine, alors que dans d'autres cas, elle est légalisée en tant que pêche sportive.

Tierramérica a parlé à un électricien de la municipalité de Quivicán, près de Cajío, qui va pêcher le week-end pour compléter le régime alimentaire de sa famille, utilisant une chambre à air de tracteur comme radeau. Il ne peut pas s'aventurer sur plus de 400 mètres de la côte, a- t-il noté.

"Même si je le voulais, je ne pourrais faire cela que pour [gagner] ma vie", a expliqué cet électricien, qui a requis l’anonymat. Bien que la pêche ait commencé comme un passe-temps pour lui lorsqu’il était enfant, elle sert aujourd'hui un objectif plus essentiel: mettre de la nourriture sur la table de sa famille. "Je ne sais pas si ce que je fais est légal", a-t-il commenté.

Ce système d’appui à la vie qui génère l'air, l'eau et la nourriture de la planète est doté d’environ 8,7 millions d'espèces vivantes. On sait très peu sur une grande partie de ces espèces. Certaines ont disparu avant que nous ne sachions même qu’elles existaient; d'autres, alors qu’elles venaient d'être découvertes.

Adieu un moyen naturel de maîtrise des insectes

A quelques milliers de kilomètres au sud de Cajío, dans la Forêt Atlantique dans le nord-est du Brésil, l'oiseau appelé Anabate d'Alagoas (Philydor novaesi) ne se voit plus. Mesurant 18 centimètres de long et de couleur rouge-brun, cet oiseau a été découvert pour la première fois en 1979 dans l'état d'Alagoas.

A l'époque, l'espèce était "relativement facile à trouver" aux abords des clairières dans la forêt, a déclaré la biologiste Tatiana Pongiluppi, une coordonnatrice de projet à 'SAVE Brasil', une organisation pour la conservation, qui fait partie de 'BirdLife International', un partenariat mondial.

Son nom provient du fait qu'il "glane" sa nourriture - principalement des insectes - à partir des feuilles, écorces, fentes et des débris.

Des enquêtes menées en 1992 et 1998 ont révélé que l’espèce était déjà devenue rare. Et elle a été aperçue pour la dernière fois le 13 septembre 2011, lorsqu’elle a été filmée par le photographe Ciro Albano.

Anabate d’Alagoas jouait un rôle important dans la maîtrise de la population des insectes. Il attirait également les ornithologues du monde entier, générant ainsi des revenus liés au tourisme.

* Cet article a été publié par les journaux latino-américains qui font partie du réseau Tierramérica.

** Un reportage d’Ivet González (Cajío), Fabíola Ortiz (Rio de Janeiro) et de Milagros Salazar (Lima). (FIN/2013)

 

 

 

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