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OPINION
L’armée sud-soudanaise doit être tenue responsable pour ses crimes
Skye Wheeler

JONGLEI, Soudan du Sud, 20 sep (IPS) - Le 31 juillet, des soldats sud-soudanais ont abattu deux femmes non armées, Anyibi Baba et Ateil Rio. Ces meurtres étaient les derniers dans un modèle de violations graves contre les civils par des soldats de l'Armée de libération du peuple soudanais (SPLA).

Cette armée combat un groupe rebelle Murle dans l'Etat de Jonglei, au Soudan du Sud.

Au moins 70 civils Murle et environ deux douzaines de membres du groupe ethnique Murle de l’armée et des forces sauvages ont été tués illégalement depuis décembre. La panique s'est emparée des Murle. Des milliers de personnes ont fui leurs maisons, craignant beaucoup les soldats pour revenir.

Tragiquement, les violences à Jonglei n'ont rien de nouveau. Les conflits ethniques motivés par des vols de bétail ont coûté la vie à des milliers de personnes et déplacé des dizaines de milliers de gens.

Des attaques et contre-attaques entre membres armés des groupes ethniques Dinka Bor, Lou Nuer et Murle, au cours des trois dernières années, ont été particulièrement sanglantes et ont de plus en plus ciblé les femmes et les enfants. Parce que les autorités n’arrivent presque toujours pas à mener des enquêtes ou punir les criminels, ces groupes rendent leur propre justice dans un cycle cruel d'attaques de représailles brutales.

La réapparition d'un groupe rebelle Murle en 2012 et la contre-insurrection du gouvernement ont beaucoup compliqué la situation et les chances pour la paix à Jonglei, et ont plongé tout le comté de Pibor, le centre de l'effort anti-insurrection, dans une crise humanitaire, déplaçant des dizaines de milliers de Murle.

Mais en particulier les attaques contre les civils par des soldats ont amené les Murle à se sentir de plus en plus persécutés par leur propre gouvernement. "Nous ne sommes pas ceux qui vont voler, nous ne sommes pas ceux qui se rebellent contre le gouvernement, mais nous sommes ceux qui sont tués", m’a déclaré une femme. Les attaques des soldats contre les civils apparaissent souvent comme des représailles.

Dans un cas, des soldats qui revenaient en mai d'un échange de tirs avec des rebelles dans la brousse, ont exécuté 12 hommes, dont trois chefs, dans le village de Manyabol. En conséquence, tout le village a fui. Les soldats ont également brûlé et pillé des maisons, agences humanitaires et des hôpitaux, puis ont détruit et occupé des écoles. "Ils ne veulent rien de bon pour les Murle", a affirmé un homme.

Le président Salva Kiir a condamné les exactions, déclarant que "quelque chose ne va" lorsque les civils ont peur de leurs propres soldats. L'armée a pris des mesures pour réduire les exactions. A la mi-août, sa cour a condamné deux soldats pour avoir tué Baba et Rio.

Elle a agi rapidement dans ce cas, contrairement à la série d’autres exactions commises depuis fin-2012. Le 20 août, l'armée a également annoncé l'arrestation du général de brigade, James Otong, pour les graves exactions commises par des soldats dans sa chaîne de commandement entre avril et juillet.

Ces premières mesures devraient aider l’armée sud-soudanaise à envoyer un message clair selon lequel les meurtres et les pillages ne seront pas tolérés. Mais l'armée devrait aller jusqu’au bout, en tenant pour responsables d'autres soldats ayant commis des abus et en déployant des autorités de la justice militaire et civile dans la région.

L'armée doit également prendre des mesures immédiates pour améliorer sa relation avec la population civile composée en grande partie des Murle. Ces mesures pourraient inclure, par exemple, le déplacement des casernes loin des centres-villes.

L’impartialité dans l'approche des violences ethniques à Jonglei sera cruciale pour neutraliser la perception de la persécution parmi les Murle. Les autorités n'ont protégé aucun camp contre les attaques dans les conflits ethniques, mais elles ont encouragé les jeunes Lou Nuer à s'armer et n'ont rien fait pour stopper la mobilisation de milliers de Lou Nuer qui ont attaqué des régions Murle en juillet.

Comme les attaques se poursuivaient, l'armée a indiqué qu'elle ne serait pas en mesure de protéger les civils Murle, dont la plupart avaient fui dans la brousse à cause du conflit et des exactions de l'armée. Plusieurs rapports inquiétants et crédibles ont même allégué que l'armée a fourni des munitions aux combattants Lou Nuer.

Il faut une stratégie à long terme pour que la police, les tribunaux et d'autres parties du système de justice puissent fournir une réparation à toutes les victimes et mettre fin aux vols de bétail à Jonglei.

Mais pour l'instant, les dirigeants du Soudan du Sud devraient renforcer et soutenir les efforts visant à lutter contre les exactions des forces gouvernementales là-bas et protéger tous les civils vulnérables. L'armée doit démontrer à tous les Sud-Soudanais qu'elle est là pour les protéger, et non leur faire mal.

* Skye Wheeler est une chercheuse sud-soudanaise à 'Human Rights Watch', qui a publié le 13 septembre un rapport intitulé: "'Ils nous tuent': Des exactions contre les civils dans le comté de Pibor, au Soudan du Sud". Il documente sur 24 incidents de meurtres illégaux de près de 100 membres du groupe ethnique Murle entre décembre 2012 et juillet 2013. (FIN/2013)

 

 

 

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