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AFRIQUE
Dettes au Brésil: l’annulation n’est pas toujours gratuite
Fabiana Frayssinet

RIO DE JANEIRO, 11 sep (IPS) - Le gouvernement brésilien projette d'annuler près de 900 millions de dollars de dette d’une dizaine de pays africains comme un geste de solidarité. Mais d'autres y voient juste un moyen d'étendre l'influence économique et politique du géant d'Amérique du sud.

La décision prise par le gouvernement de gauche de Dilma Rousseff, actuellement en étude au Congrès, profitera notamment à la République du Congo, qui doit 350 millions de dollars, la Tanzanie (237 millions) et la Zambie (113 millions).

Les autres bénéficiaires sont la Côte d'Ivoire, le Gabon, la Guinée-Bissau, la Mauritanie, la République démocratique du Congo, la République de Guinée, São Tomé et Príncipe, le Sénégal et le Soudan.

La décision a été qualifiée par Rousseff de "voie à double sens qui profite à la fois aux pays africains et au Brésil".

Mais elle n'a pas été interprétée de la même manière par l'opposition, et certains législateurs cherchent à bloquer l'approbation du Congrès.

Les cas qui ont été remis en cause incluent ceux de la République du Congo, du Gabon et du Soudan, qui sont confrontés à une action en justice internationale pour des cas de corruption et même de génocide.

Les autorités de ces pays sont des "figures corrompues qui achètent des voitures de luxe, Louis Vuitton et Mercedes Benz. Annuler la dette des gouvernements qui bénéficient de tels privilèges envoie le mauvais message", a déclaré le sénateur José Agripino du Parti démocrate, une formation de l'opposition.

Une déclaration faite par le ministère brésilien des Affaires étrangères affirme que l’annulation de la dette est basée sur les règles et principes du Club de Paris des pays créanciers riches, visant à alléger le fardeau de la dette des pays pauvres.

Le communiqué indiquait que la décision n'était pas seulement quelque chose qui s'est produite au Brésil dans le vide, mais faisait partie d'une "pratique internationale avec des objectifs clairs pour éviter que le fardeau de la dette ne soit un obstacle à la croissance économique et aux efforts de lutte contre la pauvreté".

Dans un entretien accordé à IPS, Williams Gonçalves, spécialiste en sciences politiques à l'Université de l'Etat de Rio de Janeiro, a déclaré que l'argument avancé au sujet des dictatures et "des gouvernements soi-disant corrompus...n'a rien à voir avec les relations internationales".

Gonçalves a affirmé que les critiques "n'étaient pas scandalisés" lorsque les Etats-Unis et d'autres puissances économiques "protégeaient et finançaient des dictatures en Amérique latine".

"Et aujourd'hui, ils protègent des régimes similaires au Moyen-Orient", a-t-il dit. "Les défenseurs des droits de l'Homme et de la démocratie n’élèvent pas non plus leurs voix".

La politique étrangère du Brésil défend le respect de la souveraineté nationale, a souligné Gonçalves.

"Fixer des conditions politiques et s'ingérer dans les systèmes politiques locaux est une pratique courante des Etats-Unis et d'autres grandes puissances", a-t-il déclaré. "Tout comme nous ne voulons pas que quiconque se mêle de notre vie politique, nous supposons que les autres pensent la même chose", a-t-il ajouté.

Il existe d’autres aspects de la controverse.

Le sénateur Alvaro Dias du Parti de la social-démocratie brésilienne a mentionné les objectifs économiques.

L’annulation de la dette rouvrirait des lignes de crédit à la Banque nationale de développement économique et social du Brésil (BNDES) et renforcerait l'implication des principaux consortiums d'entreprises brésiliennes dans les pays africains en question.

Les échanges commerciaux entre le Brésil et l'Afrique sont passés de cinq milliards de dollars en 2000 à 26,5 milliards de dollars en 2012, selon les chiffres du ministère des Affaires étrangères.

En Afrique, les entreprises publiques et privées brésiliennes ont investi dans des secteurs comme le pétrole, l'exploitation minière et les grands travaux d'infrastructure.

Marcelo Carreiro, un professeur d'histoire à l'Université fédérale de Rio de Janeiro, a déclaré à IPS que la politique africaine du Brésil a "des objectifs stratégiques" tels que "l'extension d'une zone de sécurité stratégique et l'expansion de l'accès au marché".

Cela se traduit par le choix des pays, dont la plupart sont en Afrique de l'ouest, géographiquement à travers l'océan depuis le nord-est pauvre mais en croissance rapide du Brésil, a-t-il expliqué.

Cela pourrait donner lieu à "la création d'une sphère géostratégique brésilienne dans l'Atlantique sud, responsable de l'expansion, de façon conceptuelle, de la frontière de ce pays vers la côte africaine", a-t-il dit.

Cela permettrait de sauvegarder "non seulement sa zone de pré-sel stratégique (les gisements de pétrole ultra-profonds cachés sous une épaisse couche de sel au large des côtes du Brésil), mais aussi la vaste étendue de la côte atlantique, dans une 'mare brasiliensis'", protégeant ce pays contre un accès futur des ennemis à son territoire.

Le professeur d'histoire a déclaré que "ce nouveau découpage de l'Afrique" est indiqué par l'inclusion "du seul pays sur la planète gouverné par un dirigeant accusé de génocide", le président du Soudan, Omar al-Bashir, qui est recherché par la Cour pénale internationale.

"Le Soudan est triplement attractif pour le Brésil: il est riche en pétrole, dans le besoin de la construction civile, et avide de produits industriels et agricoles", a souligné Carreiro.

"C'est peut-être le marché le plus avantageux en Afrique, pour l'économie brésilienne", a-t-il ajouté. (FIN/2013)

 

 

 

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