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KENYA
Des fermiers des bas-quartiers s’en sortent malgré des égouts
Miriam Gathigah

NAIROBI, 3 sep (IPS) - Au fond du bas-quartier tentaculaire de Kibera, au Kenya, se trouve la cabane qu’Alice Atieno appelle maison. C'est juste l’une des nombreuses petites cabanes mal éclairées construites les unes près des autres dans ce taudis surpeuplé où vivent environ un million de personnes sur quelque 400 hectares.

Mais du côté droit du seuil de sa porte, poussent des tiges de légumes aux feuilles vertes dans des sacs remplis de sable. Pour cette mère de six enfants, ces plantes de chou frisé constituent la source de son moyen de subsistance.

Ses enfants ont appris à organiser leur jeu sans heurter les plantes. "Les enfants dans le bas-quartier comprennent la faim, ils évitent les plantes. Ils savent que c'est de là que provient leur nourriture", déclare Atieno à IPS.

C'est de l'agriculture urbaine pour les habitants des bas-quartiers. "Je cultive des plants dans des sacs remplis de sable. Je produis généralement des légumes comme le chou frisé, les épinards, le poivron et les petites oignons", indique Atieno

Selon 'Map Kibera Trust', une organisation non gouvernementale qui cherche à améliorer la participation des habitants de Kibera dans les politiques en leur fournissant des informations. L’agriculture dans des sacs augmente le revenu hebdomadaire des ménages d'au moins cinq dollars et peut produire deux ou trois repas par semaine.

"Ceci est important puisqu’un ménage moyen gagne entre 50 et 100 dollars par mois", explique l'économiste Arthur Kimani.

Les statistiques de l’Institut de recherches en agriculture au Kenya montrent que plus de 10 millions de personnes, sur la population totale de 40 millions d’habitants de ce pays d'Afrique de l'est, souffrent de l’insécurité alimentaire - la majorité d'entre elles vivent de l'aide alimentaire. Pour ces personnes, l’agriculture dans des sacs se révèle être une solution très nécessaire.

Kiama Njoroge, un agent de vulgarisation agricole dans le centre du Kenya, indique que l'agriculture dans des sacs est saine et coûte peu, puisque les matériaux sont facilement disponibles et que la manière de produire des aliments sains par une main-d’œuvre faible est simple.

"Les aliments cultivés dans un sac sont également sans produits chimiques", souligne-t-il à IPS.

Peris Muriuki, un agriculteur produisant dans des sacs, approuve. "Un sac coûte environ 12 cents, certains fermiers achètent le sable pour près d'un dollar, mais la plupart d'entre nous le ramassent juste là où nous vivons. Les pierres sont facilement disponibles, sur les routes, et peuvent être même [trouvées sur] des chantiers de construction", affirme Muriuki à IPS.

Courtney Gallaher est un maître-assistant à 'Michigan State University' qui fait des recherches sur les systèmes alimentaires et l’agriculture durable. Ses travaux de recherche sur l'agriculture urbaine à Kibera révèlent que "la plupart des ménages de Kibera dépensent entre 50 et 75 pour cent de leur revenu total sur la nourriture. L'agriculture dans des sacs peut générer entre 20 et 30 dollars de revenus par mois pour les agriculteurs qui vendent une partie de leurs légumes, hormis les dépenses sur l'eau".

"Les bas-quartiers sont devenus célèbres pour l'agriculture au moyen des égouts, exposant des consommateurs qui ne doutent de rien à un grand risque pour des maladies telles que le choléra, les amibes, la fièvre typhoïde et même le cancer", déclare à IPS, Patrick Mutua, un expert en santé publique au ministère de la Santé.

Selon le ministère de la Santé, le taux de mortalité chez les moins de cinq ans au Kenya est d'environ 77 décès pour 1.000 naissances vivantes. Dans les bas-quartiers urbains locaux, cependant, il est de 151 pour 1.000 naissances vivantes. La diarrhée est l’une des principales causes de ces décès.

"Les égouts que ces agriculteurs utilisent proviennent des industries et contiennent des métaux lourds tels que le plomb et le mercure, exposant les consommateurs au risque de cancer et d'insuffisance rénale", explique à IPS, Patricia Mwangi, une autre experte en santé publique.

"Non seulement l'exposition au plomb interfère avec le développement du système nerveux, elle peut aussi entraîner des troubles permanents d’apprentissage et de comportement", explique Mwangi.

Mais les Kényans qui ne doutent de rien consomment des aliments riches en ces métaux lourds. Certains de ces aliments ont été cultivés par Fenice Oyiela, une habitante de Kibera.

Affichant une grande tolérance pour la forte puanteur des égouts à ciel ouvert, et sans se soucier des conséquences sur la santé, Oyiela utilise ses mains nues pour orienter les eaux usées à travers les auges étroites qu'elle a creusées sur son terrain.

Oyiela, qui produit des légumes tels que le chou frisé, l’amarante d’Afrique et la marante dans une conduite d'égout à proximité du bas-quartier de Kibera, affirme que sa base de marché est grande.

"Il y a des jours où je vends jusqu'à 10 sacs de légumes. Des camions les ramassent pour les amener vers les principaux marchés de produits alimentaires à Nairobi, tels que Marikiti, Gikomba et Muthurwa", indique Oyiela à IPS.

Les statistiques du ministère de l'Agriculture pour 2010 montrent que sur les 30 pour cent d’habitants de Nairobi engagés dans l'agriculture urbaine, la majorité utilise les eaux des égouts.

En conséquence, l'agriculture dans des sacs est en train de devenir une solution, en particulier chez des gens qui n’ont pas de terre à exploiter. (FIN/2013)

 

 

 

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