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RD CONGO
Solidarité autour des femmes qui souffrent de fistules
Maurice Wa ku Demba

LUBUMBASHI, 5 août (IPS) - Les hôpitaux publics soignent la fistule de plusieurs femmes sans rien exiger des malades dans la province du Katanga, dans le sud-est de la République démocratique du Congo (RDC). Ils ont opéré plus de 80 femmes dans la deuxième moitié de juillet.

Grâce à un mouvement de solidarité, quelque 400.000 dollars US ont été réunis cette année par des entreprises et des personnes de bonne volonté, et ont permis à ces femmes malades de recouvrer peu à peu une bonne santé et leur dignité. En effet, elles sont pour la plupart abandonnées par leurs proches – y compris leur mari - à cause des mauvaises odeurs qu’elles dégagent du fait de leur fistule.

Déjà jusqu’en mai 2013, 422 femmes avaient été opérées grâce aux cotisations de l’année dernière, qui s’élevaient à 280.000 dollars. En 2012, le Fonds des Nations Unies pour la population avait organisé une collecte spéciale après avoir trouvé, suite à une enquête, qu’il y avait un nombre important de femmes qui souffrent silencieusement de fistule au Katanga.

«Mungu wangu asifiwe!», lance et répète Marie-louise Lusamba en kiswahili (qui signifie en français "Que mon Dieu soit béni"!). Agée d’environ 23 ans, Lusamba est opérée d’une fistule obstétricale à l’hôpital général de référence de la commune de Kampemba à Lubumbashi, la capitale de la province. Six jours après l’opération, elle se portait mieux.

De son lit de malade cependant, Lusamba ne cesse de ruminer le calvaire enduré avec sa fistule. A chacun de ses mots, les larmes arrosent ses joues. Mais sa douleur rime aujourd’hui avec l’espoir.

«Je mettais au monde mon premier fils, une accoucheuse traditionnelle du quartier m’assistait. Au terme de trois jours de souffrances atroces, j’ai été emmenée à l’hôpital. Après avoir accouché d’un mort-né, je ne pouvais plus contenir ni les urines ni les matières fécales», raconte-t-elle à IPS.

Le mari de Lusamba qui ignorait l’origine de cette incontinence, a décidé de la chasser du toit conjugal trois mois après, estimant qu’elle était devenue sorcière.

«Aujourd’hui, je suis guérie d’une maladie honteuse sans avoir payé un frais», déclare Lusamba, heureuse.

Rebecca Bipendu, 19 ans, a été elle aussi opérée. Un matin de juillet, sa mère l’accompagne pour un contrôle médical à l’Hôpital général de la commune de Kenya. «Mon médecin me rassure que ma plaie évolue bien», confie-t-elle à IPS.

Selon Dr Elie Kabeya, médecin traitant de Bipendu, l’âge qu’avait sa patiente lorsqu’elle avait accouché - 17 ans - nécessitait la présence d’un personnel médical qualifié autour d’elle pour intervenir en cas de besoin.

«La fistule survient fréquemment chez les adolescentes parce que leurs grossesses précoces les exposent aux complications lors de l’accouchement». C’est pourquoi elles doivent se présenter dans des structures sanitaires appropriées, explique Kabeya à IPS.

Comme pour d’autres femmes, c’est après l’accouchement que le calvaire a commencé dans la vie de Bipendu. «Elle mouillait ses habits chaque fois», témoigne sa mère, Hélène Mwansa, 60 ans environ. «Personne parmi ses frères et sœurs ne voulait l’approcher parce qu’elle sentait mauvais», souligne-t-elle.

Dans cet état, la jeune fille qui vivait isolée avait déjà tenté de se pendre. Mais sa mère qui veillait sur elle l’en avait empêchée.

«Lorsque je circulais, chaque fois que des gens jetaient la salive par terre, je me disais que c’est moi qui sentais mauvais et je ne voyais pas à quoi bon continuer de vivre», explique Bipendu à IPS.

Selon le ministère congolais de la Santé, la province du Katanga compte plus de 6.000 femmes qui souffrent de fistule sur les 42.000 que compte la RDC. Et leur nombre augmente toujours.

Ces femmes que la maladie immobilise manquent pour la plupart de moyens financiers de se faire soigner, d’autres ignorent que leur affection est curable, souligne Dr Kabeya.

En effet, pour traiter une fistule - intervention chirurgicale et soins postopératoires -, la malade doit dépenser en moyenne 500 dollars et passer près de 15 jours à l’hôpital. «Ce qui n’est pas facile pour une femme qui vit isolée», ajoute Kabeya.

«Cette maladie diminue la femme, détruit son physique, son psychique, son économie, son présent et son futur», avait martelé l’épouse du gouverneur du Katanga, Carine Katumbi, lors de la première Journée internationale de la fistule organisée à Lubumbashi, le 22 juin 2013, avec un mois de retard.

Cette journée a mobilisé, autour du thème «En finir avec la fistule», des autorités de la province, des responsables d’entreprises, des organisations non gouvernementales, et des personnes de bonne volonté. Les participants avaient cotisé sur place les 400.000 dollars pour faciliter aux femmes fistuleuses du Katanga l’accès au traitement.

«Les fonds collectés doivent aider à la prise en charge des cas de fistules sur l’étendue de la province», a insisté Katumbi. Ils couvrent les honoraires des médecins, les soins opératoires et postopératoires, le transport des malades vers les hôpitaux.

«C’est bien de soigner la fistule, mais c’est mieux de la prévenir», souligne Dr Richard Mulamba, chirurgien à l’hôpital Kisanga, à Lubumbashi.

Avec des services de planification familiale, l’accessibilité aux soins obstétricaux, un personnel qualifié lors des accouchements, on peut éviter à une femme de perdre sa dignité, indique-t-il. Mais il conseille d’abord aux jeunes filles d’éviter des grossesses précoces. (FIN/2013)

 

 

 

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