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CAMEROUN
Des promesses faites aux victimes de gaz, rien que 'du vent'
Monde Kingsley Nfor

WUM, Cameroun, 23 juil (IPS) - Ismaela Muhamadu avait six ans quand il a perdu ses parents et ses frères et sœurs dans l’explosion d’un gaz toxique au lac Nyos, dans le nord du Cameroun. L'explosion a tué plus de 1.800 personnes et 3.000 bovins et espèces sauvages dans un rayon de 25 kilomètres.

Mais aujourd’hui, 27 ans plus tard, cet homme de 33 ans, qui a deux femmes et huit enfants, vit toujours dans le camp de réinstallation d’Upkwa, dans la division du Menchum, dans la région du Nord-Ouest. Pendant près de trois décennies, les victimes de l'explosion de gaz et leurs descendants, qui sont maintenant au nombre de 12.000, vivent dans des huttes de boue dans sept camps qui manquent d’infrastructures de base pour la santé, l'éducation et autres.

En 1986, le lac Nyos a libéré des quantités toxiques de dioxyde de carbone dans l'atmosphère, qui selon les scientifiques, était une conséquence de l'activité volcanique dans le lac.

Adolphe Lele Lafrique, gouverneur de la région du Nord-Ouest et chef du Comité local de gestion de la catastrophe du lac Nyos, a rassuré les médias publics, la Radio et télévision du Cameroun, en juin que les victimes du lac Nyos retourneraient bientôt dans la zone, mais beaucoup sont sceptiques par rapport à cette promesse.

"Je n'ai pas confiance en ces promesses de réinstallation. Je suis dans ce camp depuis 27 ans et nous manquons encore des choses essentielles telles que les hôpitaux, l'eau et un appui durable aux moyens de subsistance. Je ne pense pas que la vie là-bas soit meilleure", a déclaré Muhamadu à IPS.

Beaucoup luttent pour survivre dans ces camps. Les gens de ces communautés traditionnellement pastorales ont été contraints de pratiquer l'agriculture sur de petits lopins de terre afin de gagner leur vie.

"En tant que Bororos, tout ce que nous savons, c'est le pâturage du bétail. Mais quand nous sommes arrivés dans le camp, nous n'avions pas d'autre choix que de devenir agriculteurs, mais beaucoup ne peuvent pas survivre avec l'agriculture parce que les Bororos n'aiment pas l'agriculture", a expliqué à IPS, Salifu Buba, 57 ans, qui vit dans le camp de Kumfutu, dans la division du Menchum. Mais il ne veut pas retourner dans ce qui était autrefois sa maison.

"Je préfère souffrir ici que de mourir à Nyos. Ce dont nous avons besoin, c’est le soutien, pas la réinstallation. Nous n'avons pas de droits aux pâturages, les 30 à 50 mètres carrés alloués à chaque ménage ne suffisent même pas pour l'agriculture, sans parler de pâturage", a indiqué Buba.

Buba a expliqué que lorsque la communauté du lac Nyos a été déplacée en 1986, le gouvernement a donné aux éleveurs traditionnels des outils et des bœufs pour l’agriculture – un domaine dans lequel ils avaient très peu de connaissances.

Il pense que le gouvernement aurait dû trouver une solution plus durable à leurs problèmes en donnant à chaque famille une ou deux vaches à élever.

Au camp de réfugiés d’Ipalim, les opinions diffèrent. Certains de la communauté locale bantoue, qui pratique l’agriculture de subsistance et dépend de la vente des cultures de rente telles que le maïs, les haricots, le taro et les plantains pour leur subsistance, tiennent à revenir à Nyos.

Stephen Nju, 47 ans, a déclaré à IPS: "J’aimerais revenir à la terre de l'abondance, car avec les quelques mètres carrés de terre que chaque famille a reçus dans les camps, il est difficile de pratiquer de l'agriculture. Nous demandions des terres agricoles auprès de la communauté qui nous a acceptés ici, mais nous sommes toujours considérés comme des étrangers et nous avons plusieurs incidents de conflit entre agriculteurs et éleveurs".

Lydia Nzeh, 55 ans, qui est aussi originaire du camp d’Ipalim, a dit à IPS qu'elle ne voulait pas rester dans le camp puisqu’il était très isolé et ne disposait pas de services de base.

"Nous avons appris que de grands travaux sont en cours à Nyos pour dégazer le lac et fortifier le barrage et que les zones environnantes paraissent maintenant très belles. Mais nous attendons toujours que les promesses de retour à Nyos soient honorées. Ce camp est très isolé, nous n'avons pas de routes d'accès et de centres de santé".

Beaucoup disent que l'annonce de réinstallation d’environ 80 pour cent des 12.000 victimes est illusoire, que le site n'est pas apprêté, et ne sera pas non plus prêt pour accueillir les victimes de sitôt.

David Neng de 'Environment Watch', une ONG locale dans la division du Menchum, a indiqué à IPS que l'annonce de réinstaller les victimes à Nyos est douteuse.

"Beaucoup d’autres choses doivent être faites sur le plan de la construction des infrastructures et des services publics qui accueilleront les gens. Les problèmes liés aux droits fonciers et la distribution des ressources naturelles aux victimes ainsi qu’à ceux qui se sont précipités pour s'installer à Nyos quelques années après la tragédie, doivent être résolus", a souligné Neng. (FIN/2013)

 

 

 

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