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DEVELOPPEMENT
Partager les connaissances indigènes de tous les coins du globe
Milagros Salazar

ARWIN, Australie, 1 juin (IPS) - Les peuples indigènes Shipiba, qui combattent l'exploitation forestière aveugle dans la région de la jungle amazonienne du Pérou, et des délégués de la communauté Ando-Kpomey au Togo, qui a créé et protège une forêt de 100 hectares, se sont réunis à Arwin, une ville du nord de l'Australie, pour partager leurs expériences cette semaine.

"Sans la forêt, nous ne sommes rien - c'est comme perdre la vie elle-même", a déclaré Juan Chávez, un Shipibo indien originaire de la région d’Ucayali, dans l’est du Pérou, dans une conversation avec IPS au cours d'une pause lors de la conférence du Réseau des indigènes du monde (WIN, son sigle anglais) qui a pris fin mercredi, 29 juin, à Darwin.

Chávez et d'autres travaillent depuis 15 ans pour empêcher six communautés shipibos de se laisser séduire par l'exploitation forestière illégale en vue d’un profit rapide, et pour aider à restaurer la tradition de ce groupe indigène dans la préservation des forêts.

Pour cela, ils ont conçu des plans communaux de développement, basés sur la relance des connaissances traditionnelles sur la gestion des terres, des ressources forestières et en eau, avec l’appui de l'Association pour la recherche et le développement intégral (AIDER), une ONG péruvienne.

Les 1.200 représentants indigènes venus de quelque 50 pays ont concentré leur attention mardi, la deuxième journée de cette conférence de trois jours du WIN, sur des cas réussis de relance des cultures et connaissances ancestrales et traditionnelles, en partant du principe que "le développement durable ne dépend pas que de la modernité; il est également important de se tourner vers nos racines", comme l'a indiqué Chávez.

Certains des cas, comme l'expérience des Shipibos présentée par Chávez, ont remporté des prix de l'Initiative Equateur, qui regroupe les Nations Unies, des gouvernements, la société civile, des entreprises et des organisations locales pour reconnaître et fomenter des solutions locales de développement durable.

"Nous ne sommes pas de pauvres diables; nous parvenons aussi à des solutions", a souligné Manuel Tacuis, un chef indigène équatorien, dans son exposé lors de l'une des sessions du WIN. La délégation venue de l'Equateur était la plus grande provenant de l'Amérique latine, avec celle du Brésil.

Pendant que les représentants des communautés indigènes et locales du monde entier échangeaient leurs expériences, il était devenu de plus en plus clair que la vie quotidienne et les défis rencontrés par les populations des zones rurales d’Afrique n’étaient pas si différents de ceux des peuples indigènes de la forêt amazonienne.

La communauté d’Ando-Kpomey du Togo, un pays d’Afrique de l’ouest, a commencé, il y a plus d’une décennie, à restaurer la forêt sur leur terre, qui avait été détruite par l'incendie saisonnier des prairies par des chasseurs.

Koku Agbee Koto, 35 ans, un représentant passionné de la communauté, a déclaré à IPS que la pratique destructrice avait été considérablement réduite finalement.

Jusqu'à présent, plus de 100 hectares ont été reboisés, profitant à environ 2.500 villageois, a-t-il dit.

Mais les représentants du Togo et du Pérou ont convenu que les connaissances traditionnelles n’étaient plus suffisantes pour gérer de façon durable les terres et s'adapter aux changements climatiques.

"Nous devons apprécier les deux cultures: indigène et scientifique", a souligné Chávez, après avoir admis qu'il y avait encore une résistance de son peuple à reconnaître ce que la science pourrait apporter.

Les délégués indigènes et communautaires ayant participé à la conférence du WIN ont démontré leur ouverture.

Koto, du Togo, a constamment pris note des différentes expériences partagées par les populations indigènes et locales à travers le monde, s’est servi de son anglais limité pour demander plus d’informations, des numéros de téléphone et adresses électroniques, a parlé "un peu d’espagnol" avec Chávez, tout en discutant facilement en français lorsqu’il rencontre les délégués venus d’autres pays francophones d’Afrique.

Koto a été impressionné par le succès d'un projet d'écotourisme dans la communauté Anja Miray à Madagascar, qui selon lui, pourrait être reproduit dans son village.

Le site des forêts et de l'écotourisme géré par la communauté de la Réserve Anja, un autre lauréat du Prix de l’Equateur, génère des revenus pour les personnes âgées, les enfants et les segments vulnérables de la communauté, qui sont aidés avec des services de base et des bourses, tout en restaurant la forêt et en freinant la désertification.

Víctor Samuel Rahaovalahy, l'un des responsables de la réserve gérée par l'association Anja Miray, a déclaré à IPS qu'ils recherchaient toujours des moyens de générer plus de revenus et des méthodes plus efficaces pour s'adapter aux changements climatiques.

"Nous avons besoin de plus de renforcement des capacités, non seulement pour ma communauté, mais pour celles qui sont aux alentours également", a souligné Rahaovalahy. "Nous devons tous nous unir pour lutter contre la désertification de façon coordonnée", a-t-il ajouté, affirmant que les communautés locales et les gouvernements doivent collaborer plus étroitement pour obtenir des résultats. (FIN/2013)

 

 

 

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