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MALI
Les jeunes abandonnent les champs pour les sites d’orpaillage
Soumaila T. Diarra

BAMAKO, 24 mai (IPS) - Des milliers de jeunes gens au Mali ont abandonné leurs villages et la production agricole au profit de l’orpaillage, menaçant de compromettre l’agriculture dans plusieurs régions du pays.

Mais, les autorités maliennes entendent inverser cette tendance en décidant de fermer, du 31 mai au 31 octobre, les mines d’or artisanales, une période qui correspond à la saison des pluies et aux travaux agricoles intenses. Les mines sont déjà fermées début-mai dans certaines régions du pays qui compte 244 sites d’orpaillage répertoriés.

Depuis qu’il est de retour dans sa localité d’origine de Taliko, non loin de Bamako, la capitale malienne, N’Fa Sacko, un jeune de 23 ans, cherche à refaire sa vie autrement. «J’étais dans la mine d’or de Kobada (dans le sud du pays). J’ai quitté le site parce que nous avons été chassés par des agents de la gendarmerie», a-t-il raconté à IPS.

«Je ne veux plus retourner dans une mine. Dès qu’il commencera à pleuvoir, je vais aider mes frères à labourer nos champs», dit-il.

Sacko avait quitté les champs de ses parents en 2012 pour s’installer sur la mine artisanale de Kobada, fermée le 9 mai par un déploiement d’agents de sécurité. «Malheureusement, nous avons vidé les lieux, laissant derrière nous tous nos matériels de travail», ajoute-t-il.

Le 17 mai, Mahamadou Touré, chef de cabinet du ministère des Mines, expliquait à la presse que les autorités maliennes ont pris cette décision après avoir constaté que certains, au lieu d’une exploitation artisanale, s’adonnaient à une vraie exploitation mécanisée de l’or sur ce site sans en avoir l’autorisation.

La ruée des jeunes sur l’or est devenue une préoccupation au Mali. Interrogé par IPS, Belco Tamboura, membre de la Chambre des mines du Mali, affirme qu’il est difficile d’estimer le nombre des jeunes ayant abandonné les champs pour les mines artisanales.

«Selon une étude réalisée en 2012 par la Chambre des mines, l’orpaillage occupe pas moins de deux millions de personnes au Mali dont la majorité est constitué de jeunes ruraux», a-t-il indiqué.

Mais il y a aussi un nombre important d’enfants, comme le souligne un rapport de l’organisation de défense des droits 'Human Rights Watch' (HRW) publié en décembre 2011, qui estime que 20.000 à 40.000 enfants âgés de six à 16 ans travaillent sur les sites d’orpaillage au Mali.

Mais cette donnée a été démentie par le gouvernement malien en avril 2013. Il ne reconnaît même pas l’existence du travail des enfants dans les mines. Le chef d’une mission d’enquête malienne, le colonel Aladji Diakité, affirme que si des enfants se trouvaient sur les sites d’orpaillage, ils accompagnaient leurs parents.

La fermeture du site de Kobada, qui comptait plus de 5.000 personnes, semble anticiper la décision des autorités maliennes de freiner la ruée des jeunes sur les mines d’or. Le gouvernement a ordonné aux autorités locales des zones d’orpaillage de fermer les sites pendant la période des activités agricoles. Ils seront rouverts à l’exploitation artisanale à la fin des travaux champêtres.

Selon Tamboura, dans la seule zone cotonnière de Sikasso (sud du Mali) où 80 sites d’orpaillage ont été recensés, le gouverneur de région et les autres autorités locales sont d’accord pour fermer les mines artisanales du 31 mai au 31 octobre.

Cheick Oumar Coulibaly, un sociologue basé à Bamako, affirme que les raisons de la ruée des jeunes sur l’orpaillage sont liées aux systèmes de production non adaptés à la réalité socioéconomique du milieu rural. «Ils ne permettent pas aux jeunes ruraux de sortir de la pauvreté. Les jeunes ont besoin de revenus que l’agriculture ne leur apporte pas».

«L’activité agricole est souvent considérée comme dévalorisante pour certains jeunes; les sites d’orpaillage sont des zones à forte tentation. Et le goût du gain rapide pousse des jeunes vers l’orpaillage», explique Coulibaly à IPS.

Certains analystes dénoncent aussi le laxisme des autorités locales. «Des représentants de l’Etat au niveau des communes accordent l’autorisation aux orpailleurs de mener leurs activités», ajoute-t-il.

Si des jeunes ont pu faire fortune dans les mines artisanales, certains, par contre, n’y ont rencontré que des difficultés.

«Ma situation financière et sanitaire ne faisait que se dégrader, contrairement à certains de mes camarades du village qui ont quitté les sites d’orpaillage avec beaucoup d’argent», explique Youssouf Karantao, un jeune originaire de Djéné (centre du pays).

Selon HRW, sur les sites d’orpaillage beaucoup de jeunes sont exposés à des maladies car des produits toxiques, comme le mercure, sont utilisés pour extraire de l’or.

Karantao qui se trouve d’abord à Bamako, avait quitté son village et son métier de pêcheur parce qu’il ne gagnait plus autant d’argent qu’il voulait. «C’est ce qui m’a poussé à aller tenter ma chance dans la mine de Kobada comme tous les jeunes du village», déclare-t-il à IPS. Il compte retourner dans son village pour se consacrer à la pêche et à l’agriculture.

Sacko prend aussi le même engagement. «Aujourd’hui, je ne pense qu’à retourner dans les champs», dit-il. Karantao et Sacko ont indiqué qu’ils ne retourneront plus sur les sites d’orpaillage et veulent rester chez eux pour toujours.

Mais, ce n’est pas le cas pour tous les orpailleurs. Interrogé par IPS, Sekou Camara, un des occupants de la mine de Kobada, déclare à IPS qu’il retournera sur le site dès que possible. «Je retournerai à Kobada après l’hivernage. Ce qu’on peut gagner sur une mine d’or est plus important que ce que l’agriculture rapporte». (FIN/2013)

 

 

 

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