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SENEGAL
Une loi suscite l’espoir chez les personnes handicapées
Souleymane Faye

DAKAR, 19 avr (IPS) - Daouda Diouf, 26 ans, étudiant en lettres à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, au Sénégal, se contente quelquefois de copier les cours de ses camarades de promotion, à cause d’un handicap physique l’empêchant parfois d’accéder à l’étage de l’amphithéâtre.

Ousmane Houzin Diatta, 34 ans, étudiant dans un institut de commerce à Dakar, vit aussi avec un handicap physique. Il se déplace à l’aide d’un fauteuil roulant. «Si les cours se tiennent à l’étage de l’amphithéâtre, je rampe sur les escaliers pour y aller. Ce n’est pas du tout facile», confie Diatta à IPS.

En 2010, le parlement sénégalais a adopté la Loi d’orientation sociale (LOS) qui devait exempter les étudiants et élèves handicapés des «dispositions des textes et règlements relatifs à la limite d’âge et aux renvois des établissements scolaires, de formation professionnelle et d’enseignement supérieur».

«Il est tenu compte de leur statut particulier pour la détermination des conditions de passage des examens et concours», stipule cette loi. Mais, les membres de la Fédération nationale des associations de personnes handicapées du Sénégal (FNAPHS) attendent impatiemment l’application de la loi dont le décret a été signé par le président Macky Sall en septembre 2012.

Le chef de l’Etat tiendra, dans le premier semestre de 2013, un conseil présidentiel sur le handicap, au cours duquel «sera définie la stratégie nationale de promotion des personnes handicapées», a annoncé à IPS, Mamadou Lamine Faty, directeur de la promotion et de la protection des personnes handicapées au ministère de la Santé et de l’Action sociale.

Le gouvernement envisage de passer à l’application de la LOS, après l’adoption de la «stratégie», selon Faty.

La LOS appelle l’Etat à délivrer aux personnes handicapées une «Carte d’égalité des chances», qui leur permettra de «bénéficier des droits et avantages en matière d’accès aux soins de santé, de réadaptation, d’aide technique, financière, d’éducation, de formation, d’emploi et de transport».

De même, en vertu de la LOS, un quota de 15 pour cent des postes dans la fonction publique sénégalaise doit aller aux personnes handicapées. Selon le ministère de la Santé et de l’Action sociale, le handicap mental et/ou physique touche sept pour cent de la population sénégalaise.

«Nous allons continuer à faire du plaidoyer auprès des autorités, pour que la loi soit appliquée le plus rapidement possible. Nous autres handicapés avons activement participé à son élaboration», déclare à IPS, Banda Dièye, secrétaire général de la FNAPHS.

Cette loi «a été élaborée dans un esprit d’approche inclusive, mais bon nombre d’acteurs en ignorent la quintessence. Il faut la vulgariser, pour que les services techniques et les collectivités locales puissent garantir une prise en charge correcte des personnes handicapées, au moment de son application», recommande Benoit Couturier, directeur de programme pour le Cap-Vert et le Sénégal, à 'Handicap International', une ONG internationale.

La LOS, «c’est seulement sur le papier. Et nous nous tuons pour nous soigner... Elle va peut-être résoudre nos problèmes», commente Daouda Cissé, un artiste-chanteur handicapé vivant dans la banlieue dakaroise.

La LOS «vise à garantir l’égalité des chances des personnes handicapées, ainsi que la promotion et la protection de leurs droits contre toutes formes de discrimination». Sont discriminatoires les «actes qui ont pour conséquence l’exclusion, ou peuvent causer la réduction des chances ou un préjudice aux personnes handicapées», indique le Journal officiel du Sénégal du 30 octobre 2010.

Le gouvernement veut, «dans un document qui sera élaboré lors du conseil présidentiel sur le handicap, avec l’aide de nos partenaires techniques et financiers, arriver à connaître le montant nécessaire à la prise en charge des bénéficiaires» de cette loi, affirme Faty.

«Nous sommes vigilants et ferons de sorte que cette loi ne soit pas comme le Plan Sésame (un programme d’assistance médicale pour les démunis, en 2006), dont avaient illégalement profité certaines personnes», avertit Dièye.

«Si l’Etat n’est pas prêt à déployer les moyens financiers, techniques et humains nécessaires à son application, la loi d’orientation sociale sera inefficace. On ne peut pas, avec un budget insuffisant, prendre en charge les bénéficiaires. Il faut que l’Etat se dote des outils d’application» de la loi, avertit Diogoye Sène, un travailleur social du Centre national d’action anti-mines du Sénégal, basé à Ziguinchor, (sud du Sénégal).

Le gouvernement doit veiller à bien garantir les avantages offerts par la LOS, d’autant plus que «les personnes handicapées constituent un groupe social très bien organisé et influent», affirme Sène à IPS. «Elles vont se battre pour que la loi soit rigoureusement appliquée».

«Au Sénégal, les personnes en situation de handicap restent encore discriminées et/ou fortement exclues. Elles rencontrent des difficultés pour accéder aux services de base (santé, éducation, logement...), à l’insertion socioéconomique et aux structures devant les prendre en charge», souligne Couturier.

«Je me demande si, quelle que soit sa volonté, l’Etat aura la capacité de mobiliser les moyens pouvant garantir aux personnes handicapées les services offerts par la loi d’orientation sociale», s’inquiète Sène. (FIN/2013)

 

 

 

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