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CAMEROUN
Sauver un lac qui tarit
Ngala Killian Chimtom

GULFE, Cameroun, 28 fév (IPS) - En approchant le bassin du lac Tchad depuis Gulfe, une petite localité à 45 kilomètres de Maroua, la capitale de la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, l’atmosphère de désespoir est palpable: un air poussiéreux, des vents violents et soutenus, des plantes qui se fanent et des dunes de sable indiquant que cette zone autrefois luxuriante subit un changement terrible.

Rien ne rompt l’étendue de la végétation clairsemée sauf des arbres fanés occasionnels et certains arbustes brûlés.

Entouré par le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Nigeria, le lac Tchad s’étendait autrefois sur 25.000 kilomètres carrés, mais au cours de la dernière moitié du siècle passé, il a diminué de 90 pour cent, sa superficie totale couvrant maintenant seulement 2.500 kilomètres carrés.

Comme conséquence des faibles précipitations, le Chari et le Logone – les deux principaux fleuves qui alimentent le lac – apportent de moins en moins d’eau chaque année.

Les bergers et les pêcheurs qui dépendent, depuis des générations, de la richesse du sol de ce bassin ont désormais du mal à survivre, puisque le grand lac tarit sous leurs yeux.

Sur les rives du lac, Mahamat Aboubakar sort un petit poisson-chat noir d’un grand filet.

"Avant, vous aviez besoin de lancer le filet seulement quelques fois pour obtenir des milliers de poissons", déclare Aboubakar à IPS. "Mais aujourd’hui, cela peut prendre toute une journée de travail pour obtenir cette quantité", dit-il, montrant la maigre prise, qui vaut environ deux dollars et qui est susceptible d’être son seul revenu pour la journée.

Remontant à l’époque où le lac était salubre et grouillant de vie, ce pêcheur de 64 ans pouvait gagner jusqu’à 50 dollars. Aujourd’hui, il ne peut s’attendre à ce que sa prise s’amenuise – et lui-même devenir plus pauvre – puisque l’eau du lac continue de refluer.

"C'est une catastrophe", déclare à IPS, Sanusi Imran Abdullahi, directeur exécutif de la Commission du bassin du lac Tchad (CBLT) - un organisme régional créé par les pays riverains du lac pour réglementer l'utilisation de l'eau et des autres ressources naturelles dans le bassin.

"Cela fait déjà des ravages sur les habitants vivant autour du lac", ajoute-t-il. Afin d'éviter une situation potentiellement catastrophique, "nous travaillons pour sauver le lac Tchad et les 30 millions d’habitants dont les moyens de subsistance dépendent des ressources naturelles" de ce plan d'eau.

Il est impossible d’imputer cette crise à un seul facteur, estiment les experts.

Paul Ghogomou, un écologiste à l'Université de Yaoundé, au Cameroun, déclare à IPS que "la désertification, les changements climatiques ainsi que le détournement continu de l'eau des fleuves qui alimentent le lac en sont responsables".

Il explique que l'eau provenant du fleuve Chari au Cameroun - qui, alimenté par son affluent, le Logone, fournit plus de 90 pour cent de l'eau du lac Tchad – est en train d’être détournée pour des projets d'irrigation dans la région environnante.

Pendant ce temps, les barrages construits le long des fleuves Jama'are et Hadejia, dans le nord-est du Nigeria, sont aussi "en partie responsables de cette diminution", dit-il.

Abdullahi de la CBLT ajoute que la pression démographique tire également le maximum du lac jusqu'au point de rupture.

"Il y a 40 ans, la population dans la région du lac Tchad faisait environ 17 millions d'habitants. Maintenant, nous dénombrons quelque 30 millions. Alors, la demande croissante de la population, le nombre croissant de bétail ainsi que l'évaporation massive due aux changements climatiques ont tous contribué pour réduire ensemble le lac", note-il.

Pour le moment, les agriculteurs et les pêcheurs font preuve de résilience, s'adaptant le mieux qu'ils peuvent à une crise imminente.

Ahmadou Bello, un pêcheur à Gulfe, s’est simplement tourné vers l'agriculture, produisant des cultures telles que le niébé, le maïs, le riz et les poivrons sans utiliser d'engrais.

Montrant cette ferme prospère d’un geste de la main, il raconte à IPS que le lac en disparition a "laissé derrière une terre très fertile".

Mais si le lac ne revient pas, même l'humidité restante laissée par ses eaux en reflux s'évaporera, et les fermiers se retrouveront avec peu d'options pour un moyen de subsistance.

Les eaux peuvent-elles être renouvelées?

Afin d’appliquer des solutions plus durables, les pays membres de la CBLT – le Tchad, le Cameroun, le Niger, le Nigeria et la République centrafricaine (RCA) - ont élaboré un plan ambitieux pour reconstituer le lac avec l'eau provenant de l'Oubangui, un affluent du fleuve Congo.

Abdullahi affirme que le projet comprendra "la construction d'un barrage de rétention à Palambo (en amont de Bangui, la capitale de la RCA) pour servir de zone hydrographique. Le débit élevé par le pompage entrera ensuite dans le fleuve Fafa - un affluent de l'Ouham - et par gravité à travers un canal (de flux) d'alimentation long de 1.350 kilomètres, dans le fleuve Chari au Cameroun puis dans le lac Tchad.

"Il y a tellement d'eau dans le (fleuve) Congo qui va dans l'océan. Nous allons juste en prendre une fraction pour sauver la vie de 30 millions de personnes qui dépendent du lac pour leur survie", indique-t-il.

Il a en outre expliqué que le projet permettrait également d'augmenter la fourniture d'électricité, d'assurer le transport fluvial afin d’acheminer les marchandises de l'est vers l’ouest à travers l'Afrique et de développer l'irrigation et l'agro-industrie dans la région.

"Donc, le programme n'est pas (conçu) seulement pour apporter de l'eau au lac Tchad, mais aussi pour améliorer l'activité économique et les moyens de subsistance des gens à l'intérieur du bassin du Congo", souligne-t-il à IPS.

Mais le manque de ressources financières est susceptible de retarder la mise en œuvre du projet – selon Abdullahi, le projet coûtera la somme astronomique de 14,5 milliards de dollars.

En attendant, les chefs d’Etat de la région ont affiché un certain engagement politique, la CBLT se tourne principalement vers la communauté internationale pour une aide. (FIN/2013)

 

 

 

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