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RD CONGO
Les communautés contraintes de nourrir l’armée et les rebelles
Taylor T. Kakala

GOMA, RD Congo, 21 fév (IPS) - "L’armée et les milices ne se battent parfois que pour le contrôle d’un marché ou d’un sentier qui mène aux champs", déclare Jean Ngoa, chef coutumier de Kitshanga, une cité du Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

Sur le sentier qui mène vers son champ, Denise Mambo, une habitante de Kitshanga, s’arrête devant une corde placée à même le sol. C’est la barrière 'lala salama' (qui signifie 'dors en paix', en swahili). C’est une taxe illicite souvent imposée par l’armée et les rebelles dans les zones de combat au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, au Maniema, au Katanga, et en Province orientale – notamment dans le district de l’Ituri – dans l’est du pays.

"Personne ne peut traverser la corde sans avoir payé (la taxe) 'lala salama'", déclare à IPS, un sergent des Forces armées de la RDC (FARDC), surnommé Django, le seul nom qu’on lui connaît.

Cette barrière oblige toute personne souhaitant accéder à ses champs, pour la récolte, à s’acquitter d’une taxe de 1.000 francs congolais (environ un dollar) auprès des hommes armés qui sont postés là, ou de l’équivalent de deux à trois kilogrammes de sa récolte pour celle qui revient du champ. Cette taxe illégale est appelée parfois 'appui à la sécurité'.

Dans les marchés, ces groupes armés prélèvent une taxe parallèle à celle de l’administration locale. Cette taxe varie de 0,2 à 10 dollars en fonction des marchandises des commerçant(e)s qui la paient les jours du marché, en général deux fois par semaine. La taxe de l’administration locale a les mêmes montants et se paie dans la même périodicité.

Depuis l’intégration bâclée des anciens rebelles au sein des FARDC en mars 2009, qui a débouché sur la rébellion du M23 en avril 2012, la société civile tire la sonnette d’alarme. La population civile est devenue l’une des sources de revenus les plus importantes pour nourrir les troupes régulières, les groupes armés et les milices d’origine rwandaise, comme les FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda).

Aujourd’hui, des milliers de civils sont victimes de pillages, viols, meurtres... dans les cinq provinces de l’est du Congo, qui ont en commun le swahili comme langue nationale et qui grouillent de milices, affirme Juvénal Munubo, un député de Walikale (Nord-Kivu) et membre de la Commission de défense et sécurité à l’Assemblée nationale de la RDC.

"Mais (ces civils) subissent également une exploitation financière au de-là du tolérable", ajoute-t-il à IPS.

Si le salaire moyen d’un soldat est passé de 10 à 60 dollars, entre 2006 et 2013, selon l’état-major des FARDC, les militaires trouvent que leur solde demeure insuffisante et est payée de façon irrégulière. Et ils n’ont rien trouvé de plus simple que de racketter les civils.

"Lorsqu’on a la chance d’être payé, nous recevons 60.000 dollars pour la solde de 1.000 hommes, officiers et hommes de rang compris", explique à IPS, le capitaine George Sakombi, du 810ème régiment, dans le Masisi, au Nord-Kivu.

"Nous étions dans une armée sans salaire", déclare à IPS, le lieutenant-colonel Vianney Kazarama, porte-parole militaire du groupe rebelle M23, qui avait pris et contrôlé Goma, la capitale du Nord-Kivu, du 20 au 30 novembre 2012. Les rebelles du M23 sont issus de l’ancien Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) qui avait signé un accord de paix avec le gouvernement congolais, le 23 mars 2009.

Reconnaissant l’inefficacité des FARDC, le général François Olenga, nommé chef d’état-major de la force terrestre en novembre 2012 pour remplacer le général Gabriel Amisi – accusé dans le rapport de l’ONU du 21 novembre 2012 d’avoir vendu des armes aux rebelles – essaie de rassurer les troupes. "Je vais veiller moi-même à ce que chaque militaire reçoive sa solde", a-t-il promis, en novembre, devant les médias depuis le Sud-Kivu.

Mais la taxe 'lala salama' est aussi une aubaine pour la création des groupes armés. Au Nord-Kivu, par exemple, de 2008 à 2013, leur nombre a doublé passant de 12 à 25, selon la société civile. Et au Sud-Kivu, ils sont passés de 11 groupes armés en 2008 à une vingtaine en 2013.

S’exprimant sous anonymat, un enseignant de Kashuga (Nord-Kivu), connu pour son marché bien fourni, déclare que le village a été attaqué à 12 reprises, entre avril et juillet 2012, successivement par les FARDC, l’Alliance des patriotes pour un Congo libre et souverain (APCLS) et le M26 qui exige aussi l’application de l’accord signé le 26 mars 2009 entre le gouvernement et les Patriotes résistants congolais (PARECO), devenu un parti politique.

"Resté seul à Kashuga, le M26 contraint toute personne âgée d’au moins 13 ans à payer 1.200 FC par mois (plus d’un dollars)", ajoute-t-il à IPS. Cette taxe est dénommée 'rengera buzima' (qui signifie 'protège la vie', en langue locale kinyarwanda).

Contrairement à la 'lala salama' qui n’exige aucune pièce justificative, "les miliciens (du M26) passent dans les camps de déplacés, les écoles et les églises pour demander à tout le monde d’exhiber son reçu de 'rengera buzima'", souligne l’enseignant.

A l’origine, 'lala salama' était le nom d’une émission, en 2000, sur les ondes de Radio Liberté à Kisangani (nord-est du pays). Animée à l’époque par un officier membre d’un groupement politique congolais de Kisangani proche de l’Ouganda, l’émission faisait porter la responsabilité des malheurs du Congo aux Rwandais et à leurs alliés de la RDC. (FIN/2013)

 

 

 

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