Inter Press Service News Agency
00:25 GMT    
   Accueil
   Afrique Australe
   Afrique Centrale
   Afrique de l'Est
   Afrique
            de l'Ouest
   Droits de
            l'homme
   Développement
   Environnement
   Population
   Santé
   Education
   Finance
   Politique
   Energie
   Culture
 
 
   ENGLISH
   ESPAÑOL
   FRANÇAIS
   ARABIC
   DEUTSCH
   ITALIANO
   JAPANESE
   NEDERLANDS
   PORTUGUÊS
   SUOMI
   SVENSKA
   SWAHILI
   TÜRKÇE
RSS / SML
PrintSend to a friend

RD CONGO
Des paysans sans terre aux abois au Bandundu
Badylon K. Bakiman

KIKWIT, RD Congo, 11 fév (IPS) - Quelque deux millions de paysans démunis n’ont pas pu défricher de champs en 2012 suite à une augmentation systématique du prix des portions de forêts ou louées par des chefs de terre dans le Bandundu, dans le sud-ouest de la République démocratique du Congo (RDC).

«Je n’ai ni semé ni récolté des arachides, ou du manioc l’année dernière comme je le faisais d’habitude, car un champ de 30 ares que nous louions à 75.000 francs congolais (81,5 dollars) en 2011 est passé à 85.000 FC (92,3 dollars) en 2012. Je n’avais plus de force», regrette, tête baissée, Faustine Mukunji, une veuve de 49 ans habitant la commune de Kazamba à Kikwit, la capitale de la province du Bandundu.

Mère de sept enfants dont deux non scolarisés faute de ressources, Mukunji cultivait son champ à Mvunda, un village situé à 10 kilomètres de Kikwit, où plusieurs paysans se rendent souvent pour leurs activités agricoles.

Mukunji affirme à IPS que jusqu’en 2009 la location de ce champ de 30 ares coûtait 42.000 FC (45,6 dollars), mais en 2010 ce prix est monté jusqu’à 60.000 FC (65,2 dollars). «Cela provoquait déjà des vertiges chez les paysans», dit-elle à IPS.

Louis Mulonda, 52 ans, qui mène ses activités à Mudikongo et Mipangu, non loin de Kikwit, vit la même situation. «En 2010 nous louions un champ de 35 ares à 43.000 FC (46,7 dollars), mais en 2011 le prix a augmenté à 65.000 FC (70,6 dollars) et à 83.000 FC (90,2 dollars) en 2012. Cela nous a paralysés», témoigne-t-il, en colère.

Yvonne Mbatakata, qui réside à Imbongo, à 70 km de Kikwit, se plaint aussi. «Les chefs de terre exagèrent... Ils augmentent les prix de la même façon: 55.000 FC (59,7 dollars) en 2010, 75.000 FC (81,5 dollars) en 2011, et 90.000 FC (97,8 dollars) en 2012 pour une portion de 50 ares», indique-t-elle à IPS.

Ces trois plaignants dont deux femmes figurent parmi les quelque deux millions de paysans sans terre et démunis qui ont connu des difficultés l’année passée dans la province du Bandundu sur une population d’environ 12 millions d’habitants. Cette situation a aggravé la pauvreté dans la région.

Mukunji déclare à IPS qu’un de ses frères, qui est magasinier dans une entreprise, l'aidait parfois à régler ses problèmes quotidiens: nourrir, scolariser et soigner ses enfants.

Mulonda dit qu'il se débrouille en vendant des nattes et paniers qu'il fabrique lui-même pour gagner quelques ressources.

Plus de 60 pour cent de la population en RDC vivent des activités agricoles, mais le problème foncier constitue une sorte d’épine dans leurs travaux.

En effet, des chefs de terre et chefs coutumiers, détenteurs ou non des contrats d’emphytéose (de bail emphytéotique) délivrés par l’Etat, vendent des portions de forêts aux paysans. Mais depuis 2010, les prix varient systématiquement à la hausse, et les paysans pauvres sont aux abois.

Pourtant, «l’Etat exerce une souveraineté permanente, notamment sur le sol, le sous-sol, les eaux et les forêts; sur les espaces aérien, fluvial, lacustre et maritime congolais ainsi que sur la mer territoriale et sur le plateau continental», stipule l’article 9 de la constitution.

Interrogé par IPS, Pierrot Musimankoy, un des chefs de terre, tente de donner une explication sur l’augmentation des prix: «Nous sommes souvent dérangés par l’Etat avec des redevances annuelles qui varient entre 15.000 FC (16,3 dollars) et 30.000 FC (32,6 dollars) selon les cas, à payer au ministère des Affaires foncières, et d’autres taxes au ministère de l’Environnement et Conservation de la Nature. C’est pourquoi nous ajoutons ces montants sur les prix», dit-il.

Mais, Jean-Marie Kitambu, chef de division et conservateur des titres immobiliers au ministère des Affaires foncières au Bandundu, ne partage pas cette explication. «Même si les chefs de terre et coutumiers ont des contrats d’emphytéose, ils sont toujours considérés comme des sentinelles de l’Etat en gérant certains espaces forestiers et fonciers. Augmenter les prix est inacceptable. Nous allons les sensibiliser par tous les moyens», déclare-t-il à IPS.

«A partir de 2013, le gouvernement provincial va appliquer une nouvelle politique appelée 'ménage agricole'», affirme Léonie Ndundu, ministre provincial de l’Agriculture.

Selon elle, cette nouvelle politique consiste à faire labourer, par des tracteurs, plusieurs hectares de terre. Puis, des familles démunies et d’autres qui seront intéressées prendront gratuitement entre 30 et 50 ares des champs où elles vont semer des produits agricoles.

Et «sur les 100 pour cent de récoltes, 30 pour cent iront au gouvernement provincial et 70 pour cent aux familles des paysans. Cela pourra contourner la situation des chefs de terre», ajoute Ndundu. Selon elle, les 30 pour cent serviront à amortir et entretenir les engins, à payer la main-d'œuvre et à pérenniser l'action gouvernementale.

«N’est-il pas possible pour l’Etat d’uniformiser les prix des champs?», demande Jean-Baptiste Mbwengele, président de la Coopérative de production et vente, une plate-forme de 240 associations paysannes du Bandundu.

«Quant à l’augmentation des prix, c’est une matière à soumettre au Conseil des ministres. Je la partagerai d’abord avec mon collègue des Affaires foncières», indique Jean-Chrisostome Vahamwiti, ministre de l’Agriculture et du Développement rural de la RDC. (FIN/2013)

 

 

 

  Dernières Nouvelles
News in RSS
ILES DU PACIFIQUE: L’égalité des sexes préoccupe les dirigeants de la région
BRESIL: Le "Dalaï Lama de la forêt tropicale" confronté à des menaces de mort
SYRIE: Le TNT et la ferraille vident la capitale industrielle du pays
OUGANDA: Aider les femmes séropositives à éviter des grossesses non désirées
INDE: Les droits fonciers et l’éducation peuvent-ils sauver une ancienne tribu?
CAMEROUN: La récurrence de l’épidémie de choléra souligne des écarts de développement
KENYA: Une femme se bat pour trouver le vrai contraceptif
AFRIQUE: Contraception, le maillon le plus faible de la prévention du VIH
SANTE: Le Nigeria prend conscience de la menace du SIDA dans le pays
KENYA: L’extraction de sable, un travail dangereux, attire les jeunes
More >>