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GUYANE
Le développement sobre en carbone commence par payer
Desmond Brown

ROSEAU, Dominique , 2 fév (IPS) - Imaginez la Guyane et la Dominique sans forêts et fleuves, ou Antigua, la Barbade et Sainte-Lucie, sans plages, dans les Caraïbes.

Atherton Martin, un écologiste et ancien ministre de l'Agriculture de la Dominique, déclare que le changement climatique devrait être en train de forcer les pays des Caraïbes à avoir un regard critique sur la façon dont ils gèrent leurs ressources naturelles, de peur qu'elles ne disparaissent en fin de compte.

"Ce que les principes du changement climatique nous disent, c'est que fondamentalement, lorsque vos systèmes de ressources naturelles sont affaiblis ou détruits par les changements climatiques, votre économie est ainsi détruite", a-t-il expliqué à IPS.

Mais tout n'est pas sombre. Martin croit que les changements climatiques pourraient potentiellement profiter aux Caraïbes de deux façons - premièrement, en forçant un changement de mentalité dans lequel les pays prennent le devant au lieu de réagir simplement; et deuxièmement, en permettant aux gouvernements de construire des économies plus fortes en accédant à des millions de dollars dans le fonds du changement climatique.

Il a souligné la pression de la Guyane pour devenir une économie sobre en carbone, notant que le pays a déjà tiré plus de 70 millions de dollars de crédits carbone sur seulement 10 pour cent de ses systèmes forestiers.

"Ils espèrent tirer au total plus de 250 millions de dollars au cours de l’année 2013 et ceci est un accord conclu sur les crédits carbone et l'évaluation de la séquestration avec un pays seulement, la Norvège", a indiqué Martin.

En juillet 2009, la Guyane a lancé une stratégie sobre en carbone visant à promouvoir le développement économique, tout en luttant au même moment contre les changements climatiques.

Lors du lancement, le président Bharrat Jagdeo a appelé à une plateforme sur laquelle des pays en développement comme la Guyane ne sont pas considérés comme de simples bénéficiaires de l'aide, mais comme des partenaires égaux dans la recherche de solutions pour le climat.

Une économie sobre en carbone, c’est celle dans laquelle les activités économiques sont adaptées pour réduire la quantité de dioxyde de carbone qui autrement irait dans l'atmosphère, et dans laquelle d'autres activités et modes de vie cherchent à minimiser les effets du changement climatique.

Environ 80 pour cent des forêts de la Guyane, soit quelque 15 millions d'hectares, sont restées intactes au fil du temps. Une étude d'experts, commandée par la Guyane, estime que le pays gagnerait quelque 580 millions de dollars par an s’il s'engageait dans des activités économiques qui pourraient entraîner la destruction des forêts, mais que la valeur économique pour le monde, si ces mêmes forêts étaient laissées intactes, équivaudrait à 40 milliards de dollars.

Jagdeo a décrit les forêts de la Guyane comme un atout mondial, qui abrite au moins 8.000 espèces végétales et animales qui en font l'une des zones les plus riches en biodiversité au monde. Les forêts agissent également comme des puits d'absorption du dioxyde de carbone, l’un des gaz à effet de serre qui contribuent au réchauffement de la planète.

Avec des incitations économiques appropriées pour une faible déforestation, la Guyane éviterait des émissions de 1,5 gigatonne de CO2 par an.

Au début de l’année dernière, la Banque interaméricaine de développement (IDB) a approuvé un projet de renforcement institutionnel de la Stratégie de développement sobre en carbone de la Guyane. Cette approbation signifie que près de six millions de dollars iront à la Guyane pour la mise en œuvre, suite à un montant initial de 1,06 million de dollars décaissé au pays depuis la Norvège pour des travaux préparatoires.

Le Fonds REDD+ (Réduction des émissions issues de la déforestation et la dégradation des forêts) de la Guyane (GRIF), a été créé en octobre 2010 afin de financer les projets de la stratégie sobre en carbone du pays.

Ce projet permettra de renforcer la capacité technique et administrative des institutions chargées de la mise en œuvre de la stratégie, et de développer un système de Suivi, d’information et de vérification (MRV) au niveau national.

Le partenariat entre la Norvège et la Guyane est le deuxième plus grand partenariat sur la REDD+ dans le monde, selon le gouvernement guyanais.

Martin a souligné qu'il y a des arrangements avec la Banque mondiale, l'Organisation des Etats américains (OEA), d'autres institutions financières et les Nations Unies, qui pourraient permettre aux pays des Caraïbes de gagner des financements comme conséquence de leurs activités de résistance aux changements climatiques.

"Ils pourraient valoriser leurs ressources naturelles sur la base de leur séquestration du CO2 et ensuite convertir cette propriété de séquestration en argent liquide, puisque la Guyane le fait, ou le convertit en une salle de négociation élargie sur la réduction des dettes et en en une salle de négociation élargie sur l'obtention de plus de prêts concessionnels", a-t-il dit.

Bernard Wiltshire, un avocat et président-fondateur de la Fondation écologique Waitkbuli, basée à la Dominique, est d’accord qu'une nouvelle façon de penser est nécessaire.

Il a déclaré à IPS que les pays des Caraïbes ont désormais besoin de construire des "industries appropriées" et de s'impliquer dans "le bon type de tourisme", par exemple.

"La Dominique pourrait avoir une industrie touristique qui pourrait dépasser de loin Antigua. Antigua a le soleil, le sable et la mer, etc., mais la Dominique possède la mer et en plus de cela, elle en a beaucoup plus que Antigua", a indiqué Wiltshire.

"Tout le monde dit que le soleil, le sable et la mer sont ce dont vous avez besoin pour le tourisme et ignore le tourisme de la nature, le tourisme des aventures, le tourisme du patrimoine et le tourisme du bien-être", a-t-il souligné. (FIN/2013)

 

 

 

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