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MALI
Mauvaise récolte, inflation et urgence humanitaire au nord
Emmanuel Haddad

NIAMEY, 30 jan (IPS) - Après l’intervention militaire pour la libération des villes du Nord-Mali, les populations sont confrontées à une urgence humanitaire. Et les organisations non gouvernementales présentes à Gao et Tombouctou estiment qu’il faudra agir au plus vite pour éviter le pire.

«Depuis l'an dernier, les Maliens ont été victimes d'une triple crise: d'abord la sécheresse et de mauvaises récoltes, puis une crise politique et enfin les combats qui ont éclaté lorsque des groupes islamistes radicaux ont pris le contrôle du nord», a déclaré Kristalina Georgieva, commissaire européenne responsable de la coopération internationale, de l'aide humanitaire et de la réaction aux crises, lors de son passage à Bamako, la capitale malienne, le 22 janvier.

L’interrelation entre ces trois crises inquiète aujourd’hui les organisations humanitaires déployées dans le nord du Mali. La Commission européenne a annoncé qu’elle débloquerait 20 millions d’euros d’aide humanitaire pour ce pays d’Afrique de l’ouest.

Mais en attendant, les populations manquent de tout à Gao et Tombouctou, les deux plus grandes villes du nord fraîchement libérées par les armées française et malienne de l’occupation des groupes terroristes - Al Qaïda au Mahgreb islamique (AQMI), le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest (MUJAO), et Ansar Dine.

«Il n’y a pas de denrées alimentaires depuis 15 jours dans la ville de Gao. Or la situation était déjà compliquée à la base», témoigne Lucile Grosjean, porte-parole d’Action contre la faim (ACF) au Mali.

Grosjean explique: «A cause de l’occupation du nord par les groupes djihadistes, les agriculteurs n’ont pas reçu le soutien technique habituel du ministère de l’Agriculture pour améliorer leur production de riz en plus des plantations sur les rives du fleuve Niger. La récolte est donc moins importante que les années précédentes».

En outre, indique-t-elle, «beaucoup de marchés à bestiaux sont fermés, le déplacement vers l’Algérie et le Niger compliqué et le terme des échanges négatif». Les éleveurs estiment que la faible demande et le prix élevé des produits qu'ils peuvent acheter - en échange de la vente de leur bétail - ne leur conviennent pas.

«D’ailleurs, beaucoup craignent le vol de leur bétail. Des vols ont en effet été signalés et la situation reste floue à Gao, avec des pillages dans la ville et des zones rurales aux alentours peu sécurisées», ajoute la porte-parole de l’ACF.

Gao est la région qui a le plus souffert de l’occupation des hommes du MUJAO, selon des sources humanitaires présentes au Mali. Après le départ précipité du groupe terroriste suite aux bombardements français, l’accès aux denrées alimentaires est devenu une cause d’inquiétude majeure. Mais ce n’est pas la seule.

«L’autre problème, c’est la hausse des prix. Ils ont augmenté de 30 pour cent en général et de 66 pour cent pour le carburant en seulement dix jours. Après la fermeture des banques, des commerçants faisaient le voyage de Bamako pour transporter des liquidités au nord, mais depuis le début des bombardements, plus rien», affirme Grosjean.

«Il n’y a plus d’argent à Gao, sans compter que les principaux commerces étaient tenus par des Arabes et des Touaregs. Après les pillages qui ont suivi le départ du MUJAO, ils ont quitté la ville et caché leur stock (de marchandises) jusqu’à nouvel ordre», souligne-t-elle.

L’urgence d’une solution politique

A Tombouctou, la situation humanitaire est moins alarmante, mais la crainte de représailles est grande. Comme à Gao, des scènes de pillages ont été rapportées dans des commerces tenus par les habitants arabes et touaregs, après l’arrivée des troupes françaises et maliennes, le lundi 28 janvier.

Outre les pillages par des habitants, 'Human Rights Watch' a dénoncé des exactions de la part de militaires maliens sur les Arabes et Touaregs perçus comme des complices présumés des islamistes terroristes. Aussi, la France a-t-elle demandé le déploiement rapide d’observateurs internationaux afin d’éviter que les tensions interethniques ne fassent basculer le Nord-Mali dans le chaos.

Aujourd’hui, le calme semble pourtant revenu et sur place, le marché continue à être bien achalandé, selon des organisations humanitaires. Avec la fin des bombardements, les ONG vont pouvoir reprendre leurs activités de santé dans la région, l’objectif primordial étant le rétablissement de l’accès aux soins.

«Nous attendons encore un ou deux jours pour rouvrir le centre de santé de Gao car l’afflux risque d’être massif», déclare la porte-parole d’ACF au Mali, une ONG déployée à Gao, Ansongo et Bourem, dans le nord.

Après l’intervention militaire, l’urgence d’une reprise des pourparlers politiques est sur toutes les lèvres au sein des agences humanitaires présentes au Mali.

En effet, depuis le coup d’Etat du 22 mars 2012, l’aide au développement au Mali a été bloquée, notamment par l’Union européenne (UE). De 2,26 milliards d’euros, le budget 2012 du pays a été ramené à 1,5 milliard d’euros, et les premiers secteurs à avoir subi des coupes budgétaires ont été l’agriculture et l’assainissement de l’eau, selon Nicolas Gros-Verheyde, spécialiste de la politique étrangère de l'UE.

Un an après la crise alimentaire qui a sévi dans l’ensemble du Sahel, ce type de mesure a tout d’une bombe à retardement, selon des analystes.

Le vote à l’unanimité des députés maliens, le 29 janvier, d’une «feuille de route» politique, suivi de l’annonce d’élections «transparentes et crédibles» avant le 31 juillet, par le président par intérim Dioncounda Traoré depuis le sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, donnent l’espoir que la crise humanitaire, qui plane sur le Nord-Mali, pourrait encore être évitée. (FIN/2013)

 

 

 

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