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SIERRA LEONE
Des jeunes au chômage se tournent vers les drogues
Tommy Trenchard

FREETOWN, 22 jan (IPS) - L'air est rempli de l'odeur de la marijuana puisque Gibrilla, 23 ans, roule habilement un gros joint à la base des gangs 'Members of Blood' (Les membres du sang - MOB) dans un quartier pauvre de Freetown, la capitale de la Sierra Leone.

Il fait partie d'une génération de jeunes aux prises avec un manque chronique d'emplois, dont bon nombre se sont tournés vers la consommation de drogues de routine comme un moyen de passer le temps et de faire face aux stress de la vie dans ce qui est encore l'un des pays les plus pauvres au monde.

"La plupart des jeunes gars fument la 'diamba' (marijuana) ici", déclare Gibrilla, montrant le bas-quartier de 'Susan’s Bay'. Il affirme qu'il fume depuis qu'il avait 11 ans, et consomme habituellement environ 15 joints chaque jour. "Je prends mon premier (joint) vers cinq heures du matin au réveil", a-t-il indiqué à IPS. "Cela m’amène à me sentir bien".

La hausse du taux de chômage en Sierra Leone alimente une culture de la consommation de drogues chez les jeunes citadins du pays. Des experts disent que cette tendance est responsable des actes de crimes violents, alors que les médecins généralistes sont préoccupés par des répercussions graves sur la santé pour les consommateurs de longue durée, ce pourquoi le pays est mal équipé.

Dans une autre partie de la ville, Patrick, qui estime son âge dans "la vingtaine", boit une gorgée de gin dans un sachet plastique pendant qu’il parle de sa relation avec les drogues.

"Je consomme la cocaïne, la marijuana, du brun-brun (héroïne) et l’alcool", a-t-il dit à IPS. "Je n'ai pas choisi de vivre comme ça. Je menais la vie de la rue... Parfois, je n'avais même pas un endroit pour dormir. Je n'avais rien".

Patrick sent maintenant qu'il a besoin de drogues et d'alcool juste pour passer la journée. "Je me sens désespéré quand je ne les ai pas", explique-t-il.

Son ami Alimu, fortement tatoué, avec les initiales de son gang inscrites dans ses cheveux, parle d'une dépendance similaire. "Je ne veux pas arrêter", dit-il. "J'en ai besoin maintenant".

Alimu n'est pas sûr de la quantité qu’il prend tous les jours, mais affirme qu'il dépense seulement tout l'argent qu'il trouve sur les drogues et l'alcool.

Le commissaire adjoint de la Police de Sierra Leone, Ibrahim Samura, indique qu’il est alarmé par la "recrudescence de la toxicomanie et la dépendance".

"C'est pire qu'avant... les amphétamines, le cannabis et l'héroïne sont tous un problème", déclare-t-il, ajoutant que le cannabis est le plus largement disponible. "Le cannabis est maintenant cultivé dans presque tous les districts. Dans certains endroits dans le nord, il est même utilisé comme monnaie pour les échanges".

Samura souligne qu'il y avait une forte augmentation de la consommation de drogues et de la toxicomanie pendant et après les 11 années de guerre civile dans le pays. "Les gens consommaient des drogues pour faire face au stress de la guerre", explique-t-il.

Dr Edward Nahim travaille sur les questions de drogues et de santé mentale en Sierra Leone depuis plus de 40 ans. Il est d’accord que le problème est, dans une certaine mesure, lié à la guerre civile. "Le conflit lui-même pourrait être un facteur contributif, parce que dès que vous avez appris de mauvaises habitudes, il devient difficile (d’arrêter)".

Mais il explique aussi que la toxicomanie en Sierra Leone est liée à un manque d’opportunités d'emploi. "C’est plus fréquent chez les chômeurs vagabonds, parce qu'ils n'ont pas de travail à faire. (Ce sont) ceux qui passent le plus clair de leur temps dans les... bases de consommation de drogues ou ghettos", dit-il.

Des jeunes démunis et traumatisés consomment même des drogues, juste pour "tuer l'ennui", indique Samura.

Le chômage des jeunes en Sierra Leone se situe au taux astronomique de 70 pour cent, selon la Banque mondiale, et beaucoup de toxicomanes à Freetown affirment que si le gouvernement leur offre des emplois, ils ne sentiront plus le besoin de consommer des drogues et l'alcool.

"Si j'ai un emploi, j’arrêterai de fumer", déclare Gibrilla. "Mais quand je ne vais pas au travail le matin, je m'assieds simplement pour fumer du diamba".

Ibrahim Jones, un habitant de 'Susan’s Bay' portant un bracelet sur lequel il est écrit 'Lutter contre la drogue', pense aussi que la réduction du chômage est essentielle pour régler la consommation de drogues. "Les gens fument parce qu'il n'y a pas d'emplois", a-t-il confirmé.

Samura dit qu'il est préoccupé par la relation entre les drogues illicites et les crimes violents. Il voit la consommation des drogues comme étant étroitement liée à une augmentation du "gangstérisme" en Sierra Leone.

"Il y a plus de 250 gangs criminels dans ce pays", a-t-il déclaré à IPS, affichant une liste avec des noms tels que 'Gang Killers', 'Blood Drain', 'Hisbola' et 'Da Elusive Thugs'.

Il croit que la consommation de drogues "les pousse à se comporter de façon anormale et faire des choses qu'ils ne feraient pas dans leur état normal". Drogués, ces jeunes "ont le courage de tuer, ils seront (assez) braves pour poignarder".

La combinaison de cannabis de premier choix et d'autres drogues, ensemble avec l’alcool local bon marché mais puissant, a également de graves répercussions de santé mentale pour les consommateurs à long terme.

"La toxicomanie est un grand problème en psychiatrie en Sierra Leone aujourd'hui", déclare Nahim, qui dirige une petite clinique de santé mentale à Freetown. Il dit que près de 80 pour cent de ses patients, qui ont tous entre 10 et 35 ans, souffrent de troubles psychotiques induits par les drogues.

"Au moment où ils atteignent environ 40 ans, ils meurent de complications physiques et psychologiques à cause de ces drogues", admet-il.

Il ajoute que le problème est pire chez les jeunes hommes, "mais les filles se lancent dedans maintenant". (FIN/2013)

 

 

 

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