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MALI
Les soldats tchadiens au Niger avant leur départ au front
Emmanuel Haddad

NIAMEY, 21 jan (IPS) - Elle est l’armée la plus «aguerrie» et la mieux préparée aux combats dans le désert: 200 soldats tchadiens sont déjà à Niamey, au Niger, et s’apprêtent à rejoindre les forces franco-africaines mobilisées pour libérer le Nord-Mali de l’emprise des groupes islamistes armés.

Le nord du Mali – près des deux-tiers du pays - est occupé depuis un an par des groupes terroristes appartenant à Al Qaïda au Mahgreb islamique (AQMI), au Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest (MUJAO), et à Ansar Dine. Ils font subir plusieurs sortes d’exactions aux populations de la région en appliquant strictement la loi islamique.

«L’armée tchadienne, c’est la meilleure armée d’Afrique en ce moment. C’est simple, ils ont toujours connu la guerre et en plus, ils en sont fiers! Moi, je les admire pour ça...», déclare avec enthousiasme Boubacar Tidjani, un jeune étudiant nigérien en relations internationales, à l’annonce de l’arrivée, vendredi 18 janvier, des 200 premiers soldats tchadiens à Niamey, la capitale du Niger.

Au total, 2.000 soldats tchadiens seront envoyés par N’Djamena pour soutenir les troupes françaises et maliennes engagées contre les groupes terroristes du Nord-Mali ainsi que les forces de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO) qui les rejoignent déjà au compte-goutte. Et la position géographique de Niamey est telle que les troupes tchadiennes peuvent rejoindre directement le Nord-Mali sans passer par Bamako, la capitale.

La participation de l’armée tchadienne laisse espérer une accélération du dénouement de la crise au Nord-Mali, tant sa réputation guerrière la précède. «Si les islamistes du Nord-Mali sont des fous de Dieu, ils trouveront plus fous qu’eux dans quelques jours dans le désert», a averti un des soldats du contingent tchadien à Radio France internationale, lundi.

L’armée tchadienne est globalement composée de 30.000 hommes et elle est régulièrement mise à contribution par ses voisins pour mettre un terme aux rébellions qui les menacent. Sa dernière intervention remonte à décembre 2012, en appui au régime du président centrafricain François Bozizé, menacé par les rebelles de la coalition Seleka.

Sa force tient aussi à son potentiel aérien, six avions bombardiers Soukhoi, et plusieurs hélicoptères d’attaque - des MI-17 et MI-24. Enfin, l’armée tchadienne est rompue aux affrontements sous le climat désertique qui prévaut au Nord-Mali. Elle a résisté à de nombreux mouvements de rébellion internes au Tchad, où le climat est identique à celui du Mali, et elle a défendu sa frontière avec la Libye entre 1983 et 1987, dans un conflit frontalier qu’elle a finalement remporté.

Un nouveau front?

L’étape de Niamey a été confirmée dès vendredi par un membre de l’armée tchadienne, qui annonçait à l’Agence France presse que «nos éléments sont partis à bord de trois avions, les chars sont transportés dans un C-130, les pick-up dans un Antonov et les troupes ont été embarquées dans un Boeing de la compagnie Toumai Air Tchad».

Actuellement, le contingent tchadien présent à Niamey attend d’être rejoint par les troupes du Niger et du Burkina Faso.

Lors d’une conférence organisée, le samedi 19 janvier à Niamey, Moussa Tchangari, le secrétaire général d’Alternative Niger, une organisation de la société civile, abordant les conséquences régionales de l’intervention militaire au Nord-Mali, a évoqué la forte probabilité de l’ouverture d’un second front au Nord-Niger, afin de prendre en étau les groupes terroristes pourchassés par les armées française et malienne.

Entre le Nord-Mali et le Nord-Niger, il existe «un continuum qui laisse craindre qu’après le Mali, le prochain pays sur la liste des groupes narcoterroristes soit le Niger», a affirmé Olivier de Sardan, chercheur au Laboratoire d’études et de recherches sur les dynamiques sociales et le développement local (LASDEL), intervenant à la conférence d’Alternative Niger. Or l’armée nigérienne n’a ni la réputation ni les effectifs de l’armée tchadienne.

Malgré sa fréquente contribution pour repousser les hommes d’AQMI et du MUJAO le long de sa frontière avec le Mali, l’armée nigérienne ne prévoit toutefois d’envoyer que 500 hommes au sein de la Mission internationale de soutien au Mali (MISMA). En cas d’ouverture d’un second front depuis le Niger, le renfort tchadien sera bienvenu, estiment des analystes.

Il reste toutefois deux craintes relatives à la participation tchadienne au règlement de la crise militaire au Nord-Mali. La première crainte est liée aux abus que ses membres sont souvent accusés de perpétrer contre les populations civiles. L’organisation de défense des droits de l’Homme 'Human Rights Watch' a notamment recueilli des témoignages dans ce sens lors de l’intervention tchadienne en République centrafricaine en 2008.

La seconde préoccupation est liée aux répercussions possibles pour le Tchad. Selon la politologue Helga Dickow, de l’Institut Arnold Bergstraesserde Fribourg, citée par la radio allemande Deutsche Welle, «Boko Haram aurait déjà menacé indirectement le président (Idriss) Déby d’une déstabilisation du Tchad, en cas d’envoi de troupes tchadiennes au Mali». Boko Haram est le groupe islamiste terroriste qui actuellement sévit dans le nord du Nigeria et qui a des liens avec AQMI. (FIN/2013)

 

 

 

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