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CUBA
La santé mentale, une autre victime du changement climatique
Patricia Grogg

SANTIAGO DE CUBA , 24 déc (IPS) - "La ville semblait avoir été bombardée. En allant au bureau, j'ai croisé des gens qui avaient le même regard choqué comme moi. Nous nous regardions, et même si nous étions des étrangers, nous demandions: 'Comment allez-vous? Quelque chose est-il arrivé à votre maison?' C'était une sorte de solidarité chaleureuse qui m'a fait beaucoup de bien".

C'est ce qu'une journaliste de Santiago de Cuba a déclaré à IPS, quand elle a décrit au moins un aspect positif des réactions collectives après la catastrophe dont a été victime cette ville de l'est de Cuba, le 25 octobre dernier, lorsque l'ouragan Sandy, malgré les alertes météorologiques et les avertissements du gouvernement, a pris au dépourvu une grande partie de la population.

Les estimations des pertes économiques causées par la tempête dans la région-est de Cuba n'étaient pas encore été publiées. Mais les dommages étaient considérables, et 11 personnes ont été tuées.

Mais il y a une autre dimension moins remarquable: l'impact psychologique, qui peut être noté dans les yeux des gens quand ils parlent d’avoir tout perdu - leurs maisons, leurs meubles, leurs appareils ménagers, et même leurs souvenirs.

Isabel de la Cruz, 70 ans, vivant à Guantanamo, qui a également été durement affectée, a expliqué à IPS: "J'étais réellement effrayée. Je me suis traînée vers une armoire lorsque le vent a déchiré la toiture de ma chambre. Mes voisins m'ont sortie de la maison et m'ont aidée à traverser la rue pour aller à l’endroit où d'autres familles dont les maisons ont été endommagées, avaient trouvé refuge".

Dépression, anxiété, désespoir, irritabilité et agressivité sont tous des symptômes présentés par des personnes qui ont vécu une catastrophe naturelle dans le monde entier.

"Il suffit juste d’y penser, nous nous sommes endormis dans la beauté et nous nous sommes réveillés avec la bête", a déclaré un habitant qui a travaillé dans un hôtel entièrement détruit par la tempête.

"Les gens sont déprimés et désorientés", a souligné le père Eugenio Castellanos, le prêtre catholique du sanctuaire de Notre-Dame de la Charité de El Cobre, le saint patron de Cuba. "J'ai remarqué des déséquilibres psychologiques en raison des pertes subies, chez plus d’une personne", a-t-il confié à IPS.

Le prêtre estime que 90 pour cent des maisons de El Cobre, un village près de Santiago de Cuba, a senti l'impact de Sandy.

Juan González Pérez, un leader spiritualiste local, a affirmé à IPS que des violences ont éclaté dans certaines régions les jours qui ont suivi l'ouragan, en particulier au moment où les gens font la queue pour acheter des produits de base qui étaient devenus rares.

"Nous avions été privés d'électricité pendant plusieurs jours, et ils ont commencé par vendre du pétrole pour faire la cuisine", a déclaré Pérez. "Bien qu'il y en avait suffisamment pour tout le monde, il y avait des disputes et des conflits dans le rang. Quand les gens sont désespérés, ils ont tendance à être agressifs".

Il affirme avoir dit à ses disciples "de se mettre ensemble, de s'entendre, de partager avec ceux qui n'en ont pas assez, et de ne pas céder au désespoir".

A Mar Verde, une plage environnante où Sandy a fait sa chute à 15 km de Santiago, Dr Elizabeth Martínez a assisté plus de 100 personnes qui devraient être logées dans des cabanes d'été, qui n'ont pas été détruites parce qu'elles sont installées bien loin de la rive.

"L'impact psychologique est énorme. Mais personne n’a été tué ici, et personne n'est malade", a-t-elle dit.

Après le passage de l’ouragan, les efforts de santé se sont concentrés principalement sur la prévention des épidémies. "Nous organisons des réunions sur la santé dans le quartier, nous enseignons aux gens comment éviter les maladies transmissibles, et l'importance de purifier l'eau avant de la boire", indique-t-elle.

Selon des experts, un tiers ou la moitié d’une population exposée aux catastrophes naturelles souffre d’une sorte de problème psychologique, même si dans la majorité des cas, il serait considéré comme une réaction normale face à des événements extrêmes.

Mais à cause de l'impact du changement climatique, les phénomènes météorologiques comme les ouragans menacent de prendre de l’ampleur.

"Quand j'ai retrouvé mes voisins aux étages inférieurs, nous étions sous le choc. Mais quelqu'un avait dit: 'Nous allons pénétrer dans le hall d'entrée qui est bloqué par ces arbres tombés', et nous avons commencé par travailler, même si au début personne ne parlait", a déclaré une femme qui travaille dans l'industrie du tourisme. Les premiers jours qui ont suivi la tempête, beaucoup de gens étaient dans les rues pour enlever les décombres et faire le nettoyage.

A cause de la grande fréquence et l'intensité des tempêtes tropicales, les autorités sanitaires de Cuba avaient commencé par se concentrer, dans les années 1990, sur l'impact psychologique des ouragans et d'autres catastrophes naturelles. En 2008, lorsque le pays a été frappé par trois ouragans, le gouvernement avait ordonné qu'une plus grande attention soit accordée à la question par les autorités sanitaires.

Dans un article sur le sujet, Dr Alexis Lorenzo Ruiz a expliqué que les aspects psychologiques et sociaux des catastrophes sont pris en compte, à la fois dans la formation du personnel et dans la planification des programmes de santé qui touchent l'ensemble du pays, en mettant l'accent sur les secteurs les plus vulnérables tels que les enfants, les adolescents et les personnes âgées. (FIN/2012)

 

 

 

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