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ETHIOPIE
Le pays étrangle les organisations de défense des droits
Ed McKenna

ADDIS-ABEBA, 28 nov (IPS) - Le monde a reçu des signaux contradictoires sur la situation des droits humains en Ethiopie lorsque dans la même semaine, elle était élue au Conseil des droits de l’Homme (CDH) de l’ONU, et une importante organisation caritative allemande a fermé son bureau dans le pays pour protester contre un environnement politique restrictif.

"Si les conditions pour être élu au sein du CDH, c’est la situation des droits humains d'un pays – alors l'Ethiopie n'aurait pas dû être nommée... La situation des droits humains dans ce pays est désastreuse", a déclaré à IPS, Endalkachew Molla, directeur du 'Human Rights Council' (Conseil des droits humains - HRCO), la plus vieille organisation de défense des droits de l’Homme en Ethiopie.

L’Ethiopie, avec quatre autres pays africains - le Kenya, le Gabon, la Côte d'Ivoire et la Sierra Leone - a été élue le 12 novembre pour servir comme membre du CDH pour un mandat de trois ans à partir du 1er janvier 2013.

Dans la même semaine, l'un des grands groupes allemands de défense des droits civils, la Fondation Heinrich Böll (HBF), a décidé de fermer son bureau en signe de protestation contre les restrictions des droits humains dans ce pays de la Corne de l'Afrique. Cette fermeture est la plus importante jusqu'à présent en Ethiopie.

Du nom du lauréat allemand du Prix Nobel de littérature, la HBF est une organisation non gouvernementale (ONG) qui fait la promotion de la démocratie et des droits humains, avec 30 bureaux à travers le monde.

"Notre mission (consistant à) travailler avec les partenaires locaux pour la démocratie, l'égalité entre les sexes et le développement durable, ne peut plus être menée. La fermeture du bureau de l’Ethiopie est un signe de protestation de la fondation contre les restrictions actuelles sur les droits civils et la liberté d'expression", a indiqué Barbara Unmüßig, directrice de la HBF, dans un communiqué publié le 7 novembre.

Unmüßig faisait référence à la loi controversée sur les ONG, adoptée en 2009 appelée "Charities and Societies Proclamation" (Loi sur les organisations et associations caritatives".

Cette loi restreint le travail, les activités et le financement des organisations de défense des droits humains en Ethiopie. Elle interdit à toute organisation de défense des droits de l’Homme de recevoir plus de 10 pour cent de son financement de sources étrangères.

A cause de cette loi, le bureau de la HBF, qui a ouvert ses portes en 2006, a été contraint de réduire son mandat sur trois ans en passant de la promotion de la démocratie et de l'égalité de genre pour mener des activités essentiellement environnementales afin de se conformer à la nouvelle loi, selon le directeur national de la fondation, Patrick Berg.

D’autres lois restrictives en Ethiopie

D'autres lois adoptées après 2005 comprennent la 'Mass Media Proclamation' (Loi sur les médias) et la 'Anti-Terrorism Proclamation' (Loi sur la lutte contre le terrorisme), mises en vigueur en 2008 et 2009 respectivement.

Ces lois ont attiré de l'opprobre pour leur langage vague et ambigu. Une manifestation pacifique et des dissidences peuvent être considérées désormais comme du terrorisme, et un reportage critique réalisé par les médias peut être interprété comme "encourageant le terrorisme". A ce jour, 11 journalistes ont été reconnus coupables d'infractions liées au terrorisme en Ethiopie, en vertu de la loi sur la lutte contre le terrorisme.

"Nous sommes autorisés à fournir une formation professionnelle aux femmes, mais pas autorisés à les aider à revendiquer leurs droits constitutionnels. Notre mandat est d'encourager un débat politique inclusif - mais la loi actuelle rend cela impossible", a déclaré Berg à IPS.

En outre, une récente ligne directrice de la loi stipule qu'au maximum 30 pour cent du budget d'une ONG peut être consacré aux coûts administratifs. Berg a étudié la définition de ce que signifie un coût administratif et il était effrayé de constater que la définition était suffisamment vaste pour tenir compte de la majorité des coûts engagés par son organisation.

"Du jour au lendemain, notre travail principal consistant à produire et diffuser des informations ainsi qu’à fournir de l'espace pour un dialogue public est désormais vu comme une tâche administrative. Il n'y a aucun moyen de se conformer à ces règles sans changer notre identité. Nous ne sommes pas prêts à faire cela", a souligné Berg.

En 2009, la HBF avait accepté de travailler conformément à ces restrictions dans l'espoir de parvenir à un accord avec le gouvernement éthiopien qui restaurerait le champ d’action précédent de l'organisation. Cependant, après trois ans de négociations infructueuses, la fondation a finalement décidé de fermer ses portes.

La "Loi sur les organisations et associations caritatives" est devenue célèbre pour avoir octroyé au gouvernement la latitude d'interférer, de surveiller et de s'impliquer directement dans la gestion et les activités des organisations.

Actuellement, il y a près de 3.000 groupes internationaux de la société civile, d’ONG et d’organisations caritatives qui opèrent dans le pays, et 400 d'entre eux ont été prévenus qu’ils opèrent contre les règles et règlements de la loi.

L'importance de la préservation des droits humains dans des pays comme l'Ethiopie a été soulignée par le secrétaire général adjoint de l'ONU, Jan Eliasson, qui a déclaré à IPS que "les quatre principaux piliers d'un monde post-OMD (Objectif du millénaire pour le développement) en 2015 sont la paix, le développement, l’Etat de droit et les droits humains. Si l'un de ces piliers est faible, alors toute la structure est faible".

Le porte-parole du gouvernement éthiopien, Bereket Simon, a expliqué à IPS que "le but de la loi sur les ONG est de limiter l'intervention étrangère, afin de mieux permettre aux citoyens de participer à la vie politique". Selon Bereket, la récente nomination au CDH "donne plus d'énergie au gouvernement pour poursuivre la démocratie et (le respect) des droits humains en Ethiopie".

Cependant, Endalkachew estime que la restriction de l’implication étrangère dans les droits humains crée une logique qui est incompatible avec la Déclaration universelle des droits de l'Homme adoptée par l'ONU en 1948.

"Les droits humains ne connaissent pas de frontières, ils sont universels. C'est un agenda pour tous les êtres humains. Pourquoi les droits humains en Ethiopie ne peuvent-ils pas avoir le même accès illimité aux ressources comme le font l'agriculture et les infrastructures?", a-t-il demandé. (FIN/2012)

 

 

 

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