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RD CONGO
Des enfants mendient pour nourrir leurs parents ou tuteurs
Badylon K. Bakiman

KIKWIT, RD Congo, 28 nov (IPS) - «Depuis hier nous n’avons pas mangé. Maman est malade. Voudriez-vous me donner ne fût-ce que 200 francs congolais (0,21 dollar) qui pourront nous permettre d’acheter du pain», demande Matthieu Vuma, d’une voix douce, à un passant. L’homme lui remet 300 FC (0,32 dollar) après l’avoir grondé un peu.

Le jeune garçon de 11 ans explique à IPS que sa famille reste à Kanzombi, un quartier quasi-rural de la commune de Lukemi, à l’est de Kikwit, la principale ville du Bandundu, la province du sud-ouest de la République démocratique du Congo (RDC).

Un peu maigre et l’air anxieux, Matthieu se tient à côté de l’hôtel Walir dans la commune de Lukolela, d’où il va mendier auprès des passants. Son gain était, le 11 novembre, de 800 FC (0,82 dollar) obtenus auprès des personnes de bonne volonté.

«Si je rentre bredouille à la maison, maman va me gronder. Peut-être je ne vais pas manger», raconte-t-il. Il ajoute que c’est depuis plusieurs mois qu’il mendie par contrainte, mais il n’est pas content du fond de son cœur.

Matthieu fait partie d’une centaine d’enfants de 10 à 14 ans que des familles exploitent aussi bien à Kikwit que dans plusieurs autres localités de la RDC. La Ligue de la zone Afrique pour la défense des droits des enfants et des élèves, une ONG régionale, estime à près de cinq millions les enfants concernés dans tout le pays, sur une population de quelque 70 millions d'habitants.

Selon la même Ligue, près de 70 pour cent de ces enfants ne sont pas scolarisés faute de moyens. Aucun enfant étranger n’est concerné par ce phénomène qui a commencé vers les années 1990 où des pillages, organisés par des inciviques dans des magasins et certaines maisons d’habitation, avaient donné un coup dur à l’économie.

Ainsi depuis au moins deux décennies, la plupart des Congolais vivent dans une grande pauvreté avec moins d’un dollar par jour. Ils constituent plus de 60 pour cent de la population, selon le Document de stratégie pour la réduction de la pauvreté, publié en 2011 par le gouvernement.

Malgré les activités liées à l’informel qu’exercent plusieurs parents et jeunes, il est difficile de joindre les deux bouts du mois. Alors, au lieu que ce soit les parents ou tuteurs qui nourrissent les enfants, c’est à l’inverse qu’on assiste.

Julienne Mavanga, 13 ans, rencontrée par IPS dans la commune de Kazamba, au nord-ouest de Kikwit, vend des bananes. «Ma mère est déjà décédée. Je reste avec ma tante... Elle m’appelle souvent sorcière parce que je mange beaucoup. Elle me demande de m’habituer à chercher l’argent. Si les bananes que je vends ne s’écoulent pas, je suis obligée de demander quelque chose aux gens de bonne volonté», affirme-t-elle.

Patience Lutshaka, une mère dont les enfants mendient, essaie de se justifier. «Je suis veuve depuis huit ans. Il n’y a personne pour m’aider. L’Etat ne paye pas les veuves ni même les chômeurs. Je ne parviens pas à élever mes cinq enfants. Ils doivent apprendre à travailler».

Mais Constant Muke, un autre parent, ne partage pas cet avis. Il n’arrive pas à comprendre comment des gens peuvent envoyer dans les rues leurs enfants pour mendier. Pour lui, il s’agit d’une irresponsabilité pure et simple.

«Personne n’a le droit de faire travailler des enfants, surtout ceux de moins de 16 ans. Les parents et les autorités doivent protéger tous les enfants et non les exposer aux différents dangers», renchérit Médard Kimwanga, directeur provincial de la Ligue de la zone Afrique pour la défense des droits des enfants et des élèves au Bandundu.

Kimwanga estime que le phénomène de mendicité pour les mineurs constitue la «pire forme de travail des enfants», une très mauvaise occupation infligée aux enfants qui ont «droit à la nourriture, à l’éducation, à la santé et à l’intégrité physique et morale».

Pour lui, les parents qui exploitent ainsi les enfants, doivent être déférés devant la police de protection de l’enfant. A son tour, cette police doit instruire le dossier pour l’envoyer au tribunal pour enfant, ajoute-t-il.

«Pour bien combattre cette pratique, le gouvernement doit rehausser le niveau de vie de la population et appuyer les structures qui travaillent pour la promotion et la défense des droits des enfants», souligne Arsène Ngondo, président de la société civile au Bandundu-sud.

Jean-Christophe Malela, chargé de la communication du gouvernement provincial du Bandundu, affirme à IPS: «Etant donné que c’est la pauvreté qui est à la base de ce phénomène, le gouvernement provincial a un vaste programme concernant l’agriculture l’année prochaine. Plusieurs parents seront impliqués et auront des revenus qui vont les aider à ne plus utiliser les enfants».

Répondant aux questions des députés nationaux, le 12 novembre, sur le budget 2013 de la RDC, qui s’élève à près de sept milliards de dollars, le Premier ministre, Augustin Matata Mponyo, a déclaré: «Quant aux besoins de promotion du genre et d’amélioration du statut de la femme et de l’enfant, ils seront couverts avec un crédit de 19,8 milliards de FC (21,5 millions de dollars), soit trois pour cent prévus au budget».

L’espoir commence peut-être à naître: même si ce taux est faible, il est supérieur à celui de 2012 qui était de 2,5 pour cent pour à peu près le même budget. (FIN/2012)

 

 

 

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