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CAMEROUN
Le voile freine la participation électorale des femmes
Ngala Killian Chimtom

MORA, Cameroun, 12 nov (IPS) - Le nouvel enregistrement biométrique des électeurs au Cameroun peut finir par priver de leurs droits beaucoup d'électeurs potentiels, en particulier les femmes, dans le nord majoritairement musulman du pays où des pratiques culturelles peuvent empêcher qu'on prenne leurs photos.

"C'est une question épineuse", a déclaré à IPS, Adji Massao, le représentant régional du Grand Nord de l'organe de gestion des élections du pays, Elections Cameroun (ELECAM).

L’enregistrement biométrique des électeurs, qui implique l'utilisation de scanners d'empreintes digitales et d’appareils photo numériques pour saisir les données biométriques des requérants, a commencé dans cette nation d’Afrique centrale le 1er octobre à Yaoundé, la capitale du pays, et sera introduit dans toutes les 360 municipalités à travers le Cameroun.

Afin de s'inscrire pour voter lors des élections législatives et locales de février 2013, les citoyens sont tenus d'avoir ou d'obtenir une carte d'identité nationale, qui nécessite une photo. En outre, des photos format passeport doivent être prises des personnes qui s'inscrivent pour voter et les gens ne sont pas autorisés à porter des bonnets, des lunettes, des voiles ou tout ce qui pourrait nuire à leur identité faciale.

Dans cette partie du pays, les femmes sont à peine autorisées à sortir, encore moins à enlever leurs voiles de la tête puisque leurs maris ne le leur permettent pas, même si elles-mêmes sont prêtes.

Aisha Ibrahim, une ménagère à Mora, une petite localité située dans la région de l'Extrême Nord du Cameroun, selon toute probabilité, ne pourra pas s'inscrire pour voter en février 2013.

Son mari, Alhadj Moustapha, a indiqué à IPS qu'il n'est pas à l'aise de voir sa femme enlever son voile en présence d'un autre homme. "C’est risqué", a-t-il dit.

"Une vraie femme musulmane doit couvrir ses cheveux et son visage", a-t-il déclaré d’un air irrévocable, envoyant un message clair selon lequel il ne permettrait jamais à sa femme de se dévoiler en public.

Les pratiques culturelles dans cette société patriarcale ont tendance à confiner les femmes à la maison, les empêchant de participer pleinement aux activités de la société. Permettre aux femmes d'obtenir des cartes d'identité nationales pourrait également être potentiellement contrariant pour les hommes qui veulent un contrôle absolu sur leurs épouses.

Moustapha décrit la situation de manière plutôt brusque: "Les femmes ayant une carte d'identité nationale pourraient être difficiles à contrôler. N'oubliez pas qu'il s'agit d'un document clé nécessaire à toute personne pour voyager... et votre femme peut juste fuir de la maison et aller ailleurs... Je ne peux pas prendre un tel risque".

Cependant, Ibrahim a voté plusieurs fois dans différentes élections au Cameroun sans carte d'identité.

"Quand il s’agissait de voter, la loi à l’époque permettait à tout électeur sans carte d'identité nationale de se présenter avec au moins deux témoins", a souligné Massao. Ibrahim a pu voter conformément à ces procédures.

"Mon mari et son ami m'ont encadrée lorsque nous sommes allés au centre de vote", a chuchoté Ibrahim à IPS. Et jetant un regard furtif autour, comme si elle était sur le point de trahir un secret précieux, elle a dit, avant de s’éloigner rapidement: "Ils m'ont demandé de voter pour le parti au pouvoir".

Et elle n'était pas la seule. Selon Massao, 40 pour cent des personnes qui se sont inscrites pour l'élection présidentielle de 2011 dans la région l'ont fait sans carte d'identité. La plupart d'entre elles, a-t-il souligné, étaient des femmes.

Ce n'est pas étonnant que John Fru Ndi, le leader du principal parti de l'opposition du pays, le Front social démocrate (SDF), ait qualifié ce processus d'enregistrement de "fraude gigantesque".

"La méthode ne disposait pas d’un mécanisme intégré pour détecter les inscriptions multiples et par conséquent il y avait plusieurs cas où certains individus peu scrupuleux se sont inscrits plus d'une fois", a-t-il déclaré à IPS.

"C'est pourquoi le SDF a lutté sans relâche pour l’introduction d'un système biométrique dans l'enregistrement des électeurs".

En attendant, l’organe de gestion des élections prend déjà des mesures pour s'assurer que des pratiques culturelles ne portent pas atteinte au droit de vote des femmes.

"Nous sommes vraiment préoccupés par la situation", a confié à IPS, Thaddeus Minnang, chef des opérations à ELECAM.

"Quant aux femmes qui ne devraient pas enlever leur voile en présence des hommes et qui ne quittent même pas leurs domiciles, nous envisageons d'envoyer des responsables femmes d’ELECAM dans ces domiciles et de procéder à l'enregistrement. De cette façon, nous garantirons la participation totale des femmes au processus", a expliqué Minnang.

Mais son optimisme est tempéré par le fait que de nombreuses femmes dans cette partie du pays ne disposent pas non plus d’une carte d'identité nationale et doivent en faire la demande d’abord afin de se faire enregistrer.

"Les femmes doivent s'inscrire pour voter. Pour cela, elles ont d'abord besoin d’obtenir leurs documents officiels. Cependant, il y a encore parmi nous des femmes sans identification appropriée", a déclaré à IPS, la ministre de l’Autonomisation de la Femme et de la Famille, Cathérine Abena. (FIN/2012)

 

 

 

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