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KENYA
Des indigènes cherchent à profiter des forêts
Peter Wahwai

RIFT VALLEY, Kenya, 9 nov (IPS) - La communauté Ogiek au Kenya dit qu'elle ne pourra plus croiser les bras et regarder les sociétés d'exploitation forestière profiter des ressources de son habitat traditionnel alors que les habitants vivent dans la pauvreté dans des camps de tentes autour de la forêt sans même les services les plus fondamentaux, comme l'assainissement.

Cette communauté est le groupe autochtone de chasseurs-cueilleurs qui ont été expulsés de la forêt Mau il y a trois ans.

"La communauté Ogiek vit et dépend de la forêt Mau depuis des temps immémoriaux", a déclaré à IPS, Joseph Towett, coordonnateur national du Conseil du bien-être des Ogiek. "Nous nous impliquons seulement dans des efforts de préservation à travers la plantation d'arbres, et nous ne bénéficions pas de l'argent provenant de cette forêt".

"Pourtant, nous ne voyons pas le gouvernement agir pour initier des projets de développement dans les localités de Mariashoni, Neiswet et de Tinet où la communauté Ogiek vit maintenant".

Actuellement 100 scieurs sont autorisés à abattre 50.000 hectares d’arbres exotiques et indigènes adultes dans la réserve forestière - la plus grande du pays couvrant 400.000 hectares. Les scieurs ont des permis de récolter les arbres adultes avant qu'ils ne tombent en ruine et de générer plus d'un million de shillings kényans, soit 11.000 dollars de recettes pour le gouvernement tous les mois.

Depuis les trois dernières années, quelque 20.000 Ogiek vivent à la périphérie de la forêt dans trois zones: Mariashoni, Neiswet et Tinet.

La communauté Ogiek a été expulsée de force de la forêt en 2009 après un arrêté du gouvernement visant à stopper la déforestation massive qui s’observe dans la région. Le gouvernement a promis de trouver d’autres terres pour les personnes expulsées. Mais en 2011, le ministre des Affaires foncières, James Orengo, a admis que des erreurs ont été commises dans le processus d'expulsion.

La communauté est obligée de se rendre dans d'autres villages pour accéder aux soins de santé et aux écoles. Les Ogiek affirment que parce qu'ils doivent voyager à pied, ils mettent quatre à six heures d’horloge pour se rendre dans le centre de santé le plus proche, tandis que les enfants font deux à quatre heures par jour pour aller et revenir de l'école.

Towett a indiqué que les Ogiek veulent que le Service des forêts du Kenya (KFS), l'agence gouvernementale qui protège les forêts, les autorise à récolter quatre hectares de 8.000 cyprès adultes.

Il a déclaré qu'ils comptaient conclure un accord avec une société privée d'exploitation forestière qui abattrait et achèterait les arbres auprès d’eux. La vente de tous les arbres devrait générer environ 350.000 dollars.

"Cet argent ira vers la construction des routes, des écoles et des centres de santé. Nous savons que ce n’est pas assez, mais il sera utilisé pour les projets les plus critiques... pour éviter les décès de femmes et d'enfants malades qui sont précédemment survenus du fait du manque de centres (de santé)", a-t-il déclaré.

Selon le KFS, il y a jusqu'à 100 scieurs autorisés, y compris trois grandes sociétés de bois, qui récoltent des arbres dans la forêt Mau. Les bûcherons doivent également payer au gouvernement, à travers le KFS, des frais supplémentaires compris entre 17 et 60 dollars par arbre coupé.

"Les bûcherons sont autorisés et ils opèrent sur plus de 50.000 hectares de plantation d'arbres", a expliqué à IPS, Cosmas Ikiugu, le directeur de la Commission de préservation de la forêt Mau. "Ils récoltent également des arbres indigènes adultes et ils génèrent plus d'un million de shillings kényans (11.000 dollars) de recettes par mois. Les recettes sont bonnes, mais pas aussi élevées comme l’affirment certains leaders Ogiek".

Le directeur du KFS, David Mbugua, a déclaré à IPS que selon la Loi 2005 sur les forêts, un vrai scieur doit répondre à plusieurs exigences stipulées par la loi. Cela comprend la possession des équipements d'exploitation forestière et des machines de traitement, et la capacité à fournir une preuve des paiements d'impôt. Telles sont, a-t-il dit, des exigences auxquelles les communautés Ogiek et d'autres ne satisfont pas.

Mbugua a affirmé que bien que la communauté ne puisse pas être autorisée à récolter des arbres, elle pourrait travailler avec le KFS pour trouver un moyen de profiter de la forêt.

"La communauté Ogiek a un vrai problème et je suis conscient de leurs préoccupations parce que nous avons discuté de ces sujets avec leurs leaders. Ils se sentent laissés pour compte dans le développement et estiment qu'ils ont le droit à une part des recettes provenant de la forêt Mau, ce qui est constitutionnel. Cependant, leur permettre d'entrer dans la forêt et de couper des arbres n'est pas la voie à suivre. Si nous leur permettons de faire cela, qu'en est-il des autres communautés qui vivent aussi non loin de la forêt?", a demandé Mbugua.

Il a indiqué que les Ogiek devraient envoyer au département de la responsabilité sociale des entreprises du KFS des propositions de projets qu'ils aimeraient voir mis en œuvre.

Mais Towett a affirmé que la corruption au KFS sévit. Il a fait savoir que sur les 100 scieurs autorisés, moins de 30 reçoivent des arbres parce qu'ils soudoient les responsables du KFS. Le service des forêts qui réglemente les fraiseurs est autorisé à récolter des arbres dans la forêt Mau. Les bûcherons abattent l’un après l’autre des arbres tous les mois, et certains bénéficient de plus de tours que d'autres. (FIN/2012)

 

 

 

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