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DEVELOPPEMENT
La Banque mondiale refuse l’appel à stopper les accords fonciers
Carey L. Biron

WASHINGTON, 9 oct (IPS) - La Banque mondiale a rejeté un appel à suspendre son implication dans l'acquisition à grande échelle de terres agricoles suite à la publication d'un grand rapport de l'organisation humanitaire internationale Oxfam sur l'impact négatif de la spéculation foncière internationale dans les pays en développement.

"Nous partageons les inquiétudes qu’Oxfam a soulevées dans son rapport", a indiqué la banque dans une réfutation publique inhabituellement longue du rapport d'Oxfam. "Toutefois, nous ne sommes pas d’accord avec l'appel d'Oxfam pour un moratoire sur les investissements...du Groupe de la Banque mondiale dans des entreprises agricoles à grande échelle, en particulier pendant une période de hausse rapide des prix des aliments à travers le monde".

"Un moratoire focalisé sur le Groupe de la banque cible précisément ces acteurs qui s’efforcent d’améliorer les pratiques - les gouvernements progressistes, les investisseurs, et nous. Prendre une telle mesure n’aiderait en rien à réduire les cas de pratiques abusives et dissuaderait vraisemblablement les investisseurs responsables désireux d'appliquer nos normes élevées", a indiqué la réfutation.

Au cours de la dernière année, des agences humanitaires, organisations non gouvernementales (ONG) locales et des groupes de contrôle du développement ont prévenu que des investisseurs internationaux s'engagent de plus en plus dans des accords fonciers massifs et parfois prédateurs dans le monde en développement, en particulier en Afrique. Ces acquisitions sont en partie accusées d’intensifier l’insécurité alimentaire.

Les prix des aliments approchent une fois de plus des niveaux record. A la fin août, la Banque mondiale a prévenu qu'en raison de conditions météorologiques défavorables dans certaines parties de l'Europe et des Etats-Unis, le coût mondial de certaines cultures de base approchait les derniers niveaux enregistrés en 2008.

Curieusement, les entreprises multinationales intéressées par la production de cultures vivrières pour répondre à ce besoin font une grande partie des récents investissements. Cependant, selon Oxfam, deux-tiers des investissements faits entre 2000 et 2010 étaient exclusivement des cultures d'exportation, tandis que d'autres terres sont exploitées pour répondre à la demande internationale croissante pour les biocarburants.

"Déjà une superficie de la taille de Londres est vendue à des investisseurs étrangers tous les six jours dans des pays pauvres", a souligné Oxfam, notant qu'au Libéria, les accords fonciers ont "englouti" 30 pour cent du pays au cours des cinq dernières années.

Le rapport n’a pas rejeté le bien qui peut potentiellement provenir de l'investissement privé, mais a prévenu que les fortes augmentations des prix des aliments de 2008 à 2009 ont conduit au triplement des accords fonciers, puisque "la terre était de plus en plus considérée comme un investissement rentable", même s’il n’a pas réussi en grande partie à profiter aux communautés locales.

Ralentir la spéculation

"Le monde est confronté à une ruée effrénée vers la terre qui expose les populations pauvres à la faim, la violence et la menace d'une pauvreté à vie. La Banque mondiale est dans une position unique pour stopper cette situation", a déclaré le 4 octobre, Jeremy Hobbs, directeur exécutif d'Oxfam, soulignant que la banque investit dans la terre et conseille les pays en développement à la fois.

Oxfam demande à la Banque mondiale d’arrêter temporairement ses investissements dans les terres agricoles pour lui donner le temps de passer en revue les conseils qu'elle offre aux pays en développement, et de mettre en place des politiques plus fortes pour ralentir ou stopper la spéculation et les projets "d’accaparement des terres" dans lesquels on dit qu’elle est impliquée.

L’investissement de la Banque mondiale dans l’agriculture aurait triplé au cours de la dernière décennie. Cependant, depuis 2008, des communautés locales ont également porté 21 plaintes formelles contre des projets financés par la banque qui, selon elles, ont violé leurs droits.

De toute façon, la réaction de la banque à l'appel pour un moratoire a démontré un refus catégorique: "Le Groupe de la banque n’appuie pas les acquisitions ou investissements fonciers spéculatifs qui profitent de la faiblesse des institutions dans les pays en développement ou qui ont méprisé les principes de l'investissement agricole responsable".

La banque a également noté que 90 pour cent de son investissement dans l'agriculture est focalisé sur les petits fermiers, et que le travail agricole de sa branche du secteur privé, la Société financière internationale (SFI), a fourni 37.000 emplois. En 2050, a-t-elle averti, la population mondiale devrait augmenter de deux milliards d’habitants, nécessitant une augmentation de 70 pour cent de la production alimentaire mondiale.

Toutefois, la banque a reconnu que ses systèmes massifs sont imparfaits et a mis en lumière une révision prochaine des lignes directrices connexes qui "réexamineraient et actualiseraient ses politiques de sauvegardes environnementales et sociales".

"Nous sommes d'accord que des cas d'abus existent, en particulier dans des pays où la gouvernance est faible, et nous partageons la conviction d'Oxfam que dans beaucoup de cas, les pratiques doivent assurer une participation plus transparente et inclusive en cas de transferts fonciers", a indiqué la réfutation.

Une impulsion depuis le bas

Le niveau auquel ces sauvegardes sont suivies reste néanmoins volontaire, a expliqué Anuradha Mittal, la directrice exécutive de 'Oakland Institute', un groupe de réflexion basé aux Etats-Unis qui a été à l'avant-garde des derniers avertissements de la société civile sur les effets de la spéculation foncière dans le monde en développement.

"En 2009 et 2010, nous étions en train d’identifier clairement le rôle que le Groupe de la Banque mondiale joue dans la promotion et la facilitation de ces investissements à grande échelle, ignorant complètement l'impact social et économique", a-t-elle déclaré à IPS, se référant à deux rapports sur lesquels s'appuie le nouveau travail d’Oxfam.

"Oxfam réitère que ce type d'investissement est un mauvais investissement dans les communautés, dans l'agriculture, et malheureusement la banque choisit d'ignorer les preuves évidentes qui ont été présentées". Les responsables de la banque n'ont pas répondu aux requêtes pour un commentaire supplémentaire. (FIN/2012)

 

 

 

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