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Q&R
Des enfants échangés contre la protection en République centrafricaine
Kristin Palitza

LE CAP, Afrique du Sud, 30 août (IPS) - La protection des enfants demeure critique en République centrafricaine, où les parents donnent volontiers leurs enfants à des groupes armés en échange d'une protection et des services.

Cette affirmation a été faite par l’ambassadeur du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), Ishmael Beah, un ancien enfant soldat originaire de la Sierra Leone, qui a parlé à IPS lors de sa visite en Afrique du Sud.

Beah venait de rentrer d'un voyage en République centrafricaine (RCA) où il a été témoin de la libération de 10 enfants soldats dans la ville de Ndélé ravagée par un conflit, dans le nord du pays, mené par le groupe rebelle appelé Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP).

Cette décision intervient après que la CPJP a signé un accord de paix avec le gouvernement le 25 août - encore un autre petit pas vers la fin des années de violence dans le pays. La libération de ces enfants constituait la manifestation de l'engagement du groupe pour la paix. Cependant, on estime que plus de 2.500 garçons et filles travaillent encore pour divers groupes armés dans ce pays d'Afrique centrale.

Sept années de guerre civile ont entraîné une pénurie alimentaire, un effondrement de l’économie et un accès limité aux soins de santé et à l'éducation. En dépit de sa richesse minière, la République centrafricaine (RCA) demeure l'un des pays les moins développés au monde. En 2011, la RCA était classée 179ème sur 186 pays dans l'Indice de développement humain des Nations Unies.

En RCA, les parents donnent volontiers leurs enfants aux groupes armés en échange d'une protection et des services, même si cela se fait contre les droits humains de l’enfant. Cette situation fait qu’il est très difficile de négocier la libération des enfants, a déclaré Beah à IPS.

L’un des groupes armés opérant en RCA est l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) de l’Ouganda, dirigée par Joseph Kony qui est internationalement traqué. Deux leaders de la LRA sous Kony, Dominic Ongwen et Okot Odhiambo, qui sont recherchés par la Cour pénale internationale, se cacheraient en RCA.

La LRA intensifie ses attaques dans le pays depuis début 2012 et continue d'enlever des enfants pour en faire des combattants.

Beah était lui-même enrôlé de force dans la guerre civile en Sierra Leone, dans laquelle ses parents et deux frères ont été tués, alors qu’il avait 13 ans. Il a combattu aux côtés des groupes rebelles pendant deux ans jusqu'à ce qu'il soit retiré de l'armée et placé dans un centre de réinsertion.

Il vit aujourd’hui à New York, où il travaille en tant qu’activiste des droits humains. Son livre intitulé "Le chemin parcouru: Mémoires d’un enfant soldat" a été traduit en 35 langues et a été sur la liste des best-sellers du 'New York Times' pendant plus de 50 semaines.

Voici quelques extraits de son entretien avec IPS

Q: Vous avez été témoin de la libération de 10 enfants soldats en RCA, l'un des pays les plus pauvres au monde. Comment est la vie là-bas?

R: Le gouvernement de la RCA contrôle seulement la capitale, Bangui. Lorsque vous arrivez à Ndélé, vous comprenez comment il est possible pour un groupe armé d’y opérer; c'est parce que le gouvernement ne fournit pas de services sociaux et économiques. La pauvreté est très prononcée, il n'y a pas de ressources ni d'opportunités.

Donc, c’est le groupe armé dans la région, la CPJP, qui fournit quelques services. C’est pourquoi le groupe est très enraciné dans la communauté. Vous les voyez se promener avec des armes partout.

Q: Les groupes armés font-ils partie du tissu social?

R: Oui, exactement. Toutefois, les enfants ne veulent pas se battre. Dès que vous les amenez loin des commandants, ils vous disent: "Je ne veux pas faire cela". Mais il n'y a pas d’autres solutions que de rejoindre le groupe armé. La communauté dépend d’eux. Et les rebelles ont toutes les opportunités.

Q: Comment se passe une opération de libération?

R: Les militaires ne veulent pas libérer les enfants. Ils les cachent. Lorsque vous arrivez dans un camp militaire, les enfants qui étaient identifiés n’y sont plus. Il y a des négociations avec les commandants jusqu'à ce que, peu à peu, ils sortent les enfants. Après cela, vous devez partir immédiatement, parce que certains parents des enfants vivent dans les communautés (et appartiennent aux rebelles).

Les enfants sont amenés dans un centre de transit et de réinsertion à Ndélé, où ils reçoivent une thérapie psychosociale ainsi qu’une formation professionnelle, ou alors ils sont retournés à l'école.

Q: Cela paraît un processus long et difficile.

R: Oui. En plus de cela, il y a que les rebelles ont des armes et des munitions, alors que vous ne bénéficiez d'aucune protection. Vous comptez sur eux pour tenir leurs promesses. Tout ce qui se rapporte à la situation est dangereux. Lorsque nous avons atterri à Ndélé, tout l'aéroport était encerclé par les rebelles avec des armes sophistiquées flambant neuves, en train de garder les lieux. Vous êtes très exposés.

Q: Qu'est-ce qui arrivera au reste des quelque 2.500 enfants soldats en RCA?

R: Actuellement, le centre de réinsertion s’occupe de 35 enfants, et j'ai été témoin de la libération de 10 autres. Peu à peu, davantage (d’enfants) sont libérés. Tous les huit groupes rebelles dans le pays ont signé des plans d'action pour libérer les enfants. Mais si personne ne les force, ils ne le feront pas.

Q: La visite à Ndélé était dans une certaine mesure un retour sur votre passé. Comment avez-vous ressenti cela?

R: Elle a fait réapparaître beaucoup de souvenirs. J’étais dans la voiture dans laquelle se trouvaient les enfants soldats qui venaient d'être libérés et je pouvais ressentir leur incertitude d'être retirés de ce qu'ils savent. J'étais dans cette même position (quand j'étais un enfant soldat). Je leur ai dit: Les choses seront difficiles, mais vous allez vous en sortir.

Dès qu'ils ont compris que j'avais la même expérience, il y avait une intimité qui a contribué à faciliter la situation un peu. C’est une situation décourageante. Vous aviez ce pouvoir de l'arme, certains d'entre eux étaient des lieutenants, et tout d'un coup, vous redevenez un simple enfant, essayant de comprendre ce que vous allez faire de votre vie. (FIN/2012)

 

 

 

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