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TCHAD
Les tracteurs révolutionnent la zone agricole de N’Djamena-Fara
François Djékombé

N’DJAMENA, 28 août (IPS) - Jusqu’en 2009, le labour à l’aide de la houe et des bœufs d’attelage restait le seul mode de développement de l’agriculture. Mais depuis 2010, l’introduction des tracteurs dans le monde rural est vue comme une grande réforme malgré les difficultés que cette mécanisation provoque.

Le Tchad dispose d'environ 40 millions d'hectares de terres arables, selon la FAO. Et il exploite du pétrole depuis 2003. Mais en dépit des ressources financières engrangées, la famine frappe chaque année la partie sahélienne du pays (au nord et à l’est) depuis 2010.

Le président tchadien Idriss Déby Itno, dont le 4ème mandat entamé en 2011 est placé sous le monde rural et de la jeunesse, ambitionne de mettre fin à ce qu’il appelle "le cycle infernal de la famine". Mais depuis 2010, le déficit céréalier annuel est de plus de 500.000 tonnes. Une usine de montages de tracteurs a vu le jour à N’Djamena en 2009.

Le gouvernement tchadien, à travers le Programme national de sécurité alimentaire (PNSA), a mis à la disposition des paysans de différentes régions du pays des tracteurs pour booster la production de la campagne agricole 2012-2013. Au bout de deux mois et demi, 451.125 hectares seront labourés et une production de 900.000 tonnes de céréales en est attendue.

Les recettes générées par les labours s’élèveront à plus de 4,5 milliards de francs CFA (environ 8,4 millions de dollars) qui serviront de fonds de roulement de l’opération, avait déclaré Yaya Mahamat Outman, chargé du suivi-évaluation du PNSA, au lancement de la campagne agricole en avril 2012. Au total 914 tracteurs ont servi à labourer les champs à raison de 10.000 FCFA (19 dollars) par hectare.

N’Djamena-Fara, une localité située à 40 kilomètres au nord-ouest de N’Djamena, la capitale, est l’une de ces zones agricoles par excellence. Si la pêche et l’élevage constituaient les principales activités des habitants de N’Djamena-Fara, la donne a changé avec l’arrivée des tracteurs.

«Avec le tracteur, même le plus paresseux cherche à avoir un champ», ironise Othniel Djimadoumngar, l’un des tractoristes affectés dans la zone. En tout, cinq tracteurs sont affectés dans la zone agricole de N’Djamena-Fara. Avec le tracteur, il laboure entre sept et huit hectares par jour alors que manuellement ou avec les bœufs d’attelage, il faut mettre plusieurs jours pour labourer un hectare.

Cependant, l’entretien des tracteurs pose problème. «Lorsqu’un tracteur tombe en panne, nous nous débrouillons nous-mêmes pour le réparer, et lorsque nous appelons N’Djamena, personne ne nous répond, même pour avoir les intrants, des engrais de fond qu’on appelle NPK, ce n’est pas facile, parfois il faut aller à Douguia, localité située à 30 kilomètres plus loin pour les acheter», déplore Patrice Allarabaye, chef de sous-secteur agricole de N’Djamena-Fara.

Gisèle Bénaïdara Djasnabeye, conseillère agricole, explique à IPS que son rôle dans la zone est d’accompagner les producteurs afin de réaliser de meilleurs rendements.

«Ce que vous voyez-là, c’est une parcelle de démonstration. Ici, nous apprenons au producteur comment repiquer le riz, il faut toujours repiquer en ligne 25, sur 25 centimètres ou 20 sur 20 cm à l’aide d’une corde graduée. Avec une telle technique, lorsque la rizière est bien sarclée et entretenue, l’agriculteur peut récolter même jusqu’à 90 sacs de riz paddy de 100 kilos à l’hectare», affirme Djasnabeye à IPS.

La fin-août marque aussi la fin des labours à N’Djamena-Fara comme dans tout le Tchad. Quelque 400 hectares de terres ont été labourés cette année à l’aide des tracteurs, et les paysans ont payé cash pour cela. La pluviométrie est également bonne. Selon les prévisions, avec cette superficie, les agriculteurs de la localité réaliseront environ 36.000 sacs de riz paddy pour la saison.

En plus de l’Office national de développement rural qui est la plus grande et la plus ancienne structure gouvernementale qui soutient le monde rural depuis les années 1960, le PNSA est un projet présidentiel qui appuie aussi les agriculteurs.

Ce programme déploie des conseillers agricoles et des ingénieurs agronomes sur le terrain pour appuyer les agriculteurs. Chaque année, il réalise des stocks de vivres en achetant directement auprès des agriculteurs des céréales qu’elle revend à toute la population en période de soudure ou de famine à des prix subventionnés.

Le PNSA a stocké cette année plus de 200.000 tonnes de sacs de céréales de 100 kilos. La période de soudure va généralement de fin-juin à la mi-août, la deuxième quinzaine d’août marquant la sortie des premières récoltes au Tchad.

Hormis la pêche, l’élevage et la culture du riz, la localité de N’Djamena-Fara est une grande zone de production de cultures maraîchères et fruitières. On y trouve en toute saison, grâce au fleuve Logone qui la traverse, plusieurs légumineuses: choux, concombres, épinards, carottes, mais aussi des fruits variés.

Mais, N’Djamena-Fara, comme plusieurs localités tchadiennes, manque de route pour écouler les produits vers la capitale dont elle est proche. La plupart des produits sont livrés aux marchands du Cameroun qui traversent le fleuve Logone qui sépare N'Djamena-Fara de Goulfé, la ville camerounaise frontalière.

Mahamat Moussa Kach, sous-préfet de N'Djamena-Fara, déclare à IPS: "Nous sommes au nez de la capitale, à 40 km, mais paradoxalement, nous sommes coupés du reste du Tchad". Il espère que le tronçon de 18 km de route non goudronnée sera bitumé, comme promis par le gouvernement, pour leur permettre d'écouler leurs produits vers N'Djamena. (FIN/2012)

 

 

 

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