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RD CONGO
L’eau devient plutôt source de la mort que de la vie au Kasaï-Oriental
Donat Muamba

MBUJI MAYI, RD Congo, 27 août (IPS) - L’eau consommée dans la province du Kasaï-Oriental, dans le centre de la République démocratique du Congo (RDC), est impropre et source de plusieurs maladies, selon l’Inspection médicale provinciale (IMP) qui note une augmentation des pathologies d’origine hydrique.

Dr Musole Kankonde, responsable du service d’hygiène à la Division provinciale de la santé, a déclaré à IPS que les maladies d’origine hydrique sont devenues fréquentes et tuent de plus en plus au Kasaï-Oriental. La diarrhée, la dysenterie, la bilharziose, la fièvre typhoïde... frappent aussi bien les enfants que les adultes, en milieux ruraux, comme en milieux urbains.

«Rien que pour le premier semestre de 2012, nous avons enregistré plus de 79.000 cas de diarrhée et de dysenterie, dont 29 ont trouvé la mort», indique Dr Jean-Pierre Katende Nsumba, médecin chargé de lutte contre les maladies à l’IMP.

«La desserte en eau reste un problème crucial à Mbuji Mayi», la principale ville du Kasaï-Oriental, constate Richard Kanyinda, un responsable de la société civile dans cette province. La ville compte 3,300 millions d’habitants, selon le maire Jean Paul Ntambwe Kasanzu.

«Notre réseau ne couvre plus que 3.000 abonnés», essentiellement à Mbuji Mayi, admet Jean-Pierre Mbambu, chef d’unité de la station de distribution à la Regideso, la société de distribution et de commercialisation de l’eau en RDC.

Mais la Regideso est confrontée à d’énormes difficultés, comme le manque d’énergie électrique, l’isolement causé par l’insolvabilité des abonnés, mais surtout par des ravins créés par les eaux de ruissellement, entraînant la rupture de certaines conduites d’eau. A cela s’ajoute aussi la vétusté des tuyaux de la société.

Selon Joseph Kazadi, le ministre provincial des Mines, de l’Energie et des Hydrocarbures, la province intervient par moments avec des stocks de gasoil pour aider la Regideso à faire tourner ses groupes électrogènes, mais il admet que cela coûte très cher.

Devant le besoin vital de l’eau, les populations locales, qui ne sont pas abonnées et connectées au réseau de la Regideso ou qui ne reçoivent pas l’eau, se débrouillent pour se procurer le liquide précieux.

Parmi les moyens devenus populaires aujourd’hui, figurent plusieurs dizaines forages. Ils sont plus visibles à Mwene Ditu, la deuxième ville de la province, et dans certains territoires de la province: Ngandanjika, Kamiji, Kabinda et Lubao. Hormis les forages, la population trouve son salut dans les sources et rivières qui bordent les différentes localités.

«Mais ces points d’approvisionnement en eau restent mal entretenus et moins bien protégés», reconnaît Placide Mukena Kabongo, chef du Service national d’hydraulique rurale (SNHR) à Ngandanjika, à environ 90 kilomètres au sud-est de Mbuji Mayi. Il affirme néanmoins que dans chaque secteur, il existe des animateurs qui sensibilisent la population sur l’entretien et la conservation de l’eau.

«Le SNHR a creusé 578 puits et aménagé 480 sources d’eau dans huit des 16 territoires que compte la province...», indique Mukena à IPS, ajoutant toutefois ces ouvrages remontent au temps colonial.

Aujourd’hui, des puits sont creusés par des jeunes désœuvrés, à la recherche de l’argent pour leur survie. «Mais, ils le font sans respect des normes, ce qui rend douteuse la potabilité de cette eau», s’inquiète Dr Kankonde. Il condamne également l’usage des seaux malpropres pour retirer l’eau des puits et l’absence de fossés de protection pour éviter la stagnation des eaux sales autour des forages.

«Un jour, nous avons extrait un crapaud mort dans notre puits en 2011», raconte à IPS, Adjany Tshimbombo, originaire de Ngandanjika et étudiant à l’Université de Mbuji Mayi, ajoutant que depuis lors, il ne pouvait plus consommer l’eau de ce puits-là sans l’avoir bouillie au préalable.

«Les uns les creusent dans d’anciens cimetières, dans des concessions nouvellement loties, les autres à côté des toilettes», explique Dieudonné Ilunga, chef du Service de recherche des ressources hydrauliques à Mwene Ditu. Il indique qu’ils ont remblayé plus de cinq puits creusés hors normes dans cette ville, en juillet 2012.

A Mwene Ditu qui compte à peine 10 pour cent d’abonnés sur les 600.000 habitants de la ville, l’eau de la Regideso coule seulement lundi et vendredi dans les robinets.

Pour cela, Vianney Muadi, mariée et mère de deux enfants dans la commune de Musadi, souligne qu’ils sont obligés de faire des stocks chaque fois que l’eau coule aux robinets de la Regideso. «Parfois, nous passons des semaines entières, sans y accéder», dit-elle à IPS.

Ilunga préconise la réhabilitation du réseau de la Regideso et son élargissement aux quartiers périphériques. «L’eau de consommation ne doit pas être laissée à l’air ambiant», soutient-il.

«Moi, je dirais que pour toute eau de boisson, qu’elle provienne de la Regideso, des rivières, des sources ou des forages, elle doit être bouillie à domicile pour prévenir des maladies», conseille Dr Nsumba. Selon lui, la population est pauvre et n’a pas d’accès facile aux purifiants vendus sur le marché.

«Je suis bien limité, je ne peux pas interdire à la population de consommer l’eau des forages ni celle des sources. Tout ce que je puis lui demander, c’est de bien entretenir ses puits et de traiter l’eau de boisson pour éviter les maladies», ajoute Dr Kankonde. (FIN/2012)

 

 

 

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