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COTE D’IVOIRE
Des femmes battues dans leurs foyers redoutent la justice
Fulgence Zamblé

ABIDJAN, 10 juil (IPS) - Habiba Kanaté*, une femme de 28 ans, découvre dans un journal de Côte d’Ivoire un fait divers affirmant qu’un "gendarme a tué sa femme à coups de poing" vers la fin-juin à Abidjan, la capitale économique ivoirienne.

"Cela aurait pu être moi", dit-elle à IPS. Dans la cour du Centre social de Treichville, au sud d’Abidjan, où elle est arrivée pour se faire assister, à la suite des violences dont elle est régulièrement victime dans son couple, Kanaté était en larmes, le 25 juin. "Depuis trois mois, il ne se passe pas de jour sans que je ne reçoive des injures, des menaces et des coups physiques de mon mari", raconte cette mère de trois enfants.

Selon Kanaté, cette situation s’explique difficilement. "Il (son époux) me reproche tantôt de le défier quand il prend une décision et que je la juge inopportune. C’est humiliant et frustrant", ajoute-t-elle.

De son côté, Céline Konan*, 35 ans, portant au visage de légères blessures encore ouvertes, déclare à IPS: "En une semaine, j’ai été frappée à deux reprises, sous le regard des enfants, pour une mauvaise humeur de mon conjoint". Elle explique qu’elle ressent des douleurs au bas-ventre, "dues aux coups de pieds reçus".

Konan est de nouveau en quête d’assistance en se rendant au centre social. Les assistantes sociales se sont déjà rendues à plusieurs reprises à son domicile, pour plaider la non-violence auprès du conjoint. "Malheureusement, rien n’y fait", regrette-t-elle.

Juliette Téo*, 32 ans, fait également partie des habituées du centre. "On ne peut compter les traces de gifles sur mes joues. Chaque fois, je perd au moins deux dents", affirme-t-elle, très édentée. Selon Téo, ce sont ses plaintes contre l’infidélité de son conjoint qui lui ont souvent valu d’être battue. "Mon mari me dit qu’à chacune de mes scènes de ménages, je serai corrigée", affirmant que c’est lui le chef à la maison.

"Depuis la crise postélectorale, les hommes sont devenus plus violents dans les ménages que par le passé. De deux ou trois dossiers, nous sommes passées à des dizaines à gérer de façon hebdomadaire", déclare à IPS, Gladys Marie-Angela Asso Bally, directrice du complexe socio-éducatif de Treichville, au sein duquel se trouve le centre social.

Le centre accueille, chaque semaine, des centaines de femmes, victimes de violences de toutes sortes, pour les assister psychologiquement et parfois juridiquement.

"Nous peinons à contrer le fléau, d’abord en raison de la réalité culturelle et religieuse. Cela fait que de nombreuses femmes ont peur de témoigner. Elles pensent qu’elles vont faire emprisonner leurs maris ou bien qu’elles se feront chasser de leurs foyers", explique Asso Bally.

"Imaginons que mon mari soit en prison, où vais-je trouver les moyens pour m’occuper de lui et des enfants? Et les beaux-parents, que vont-ils penser en sachant que je suis à l’origine d’une telle situation?", demande Habiba Kanaté.

La directrice du centre indique que l’autre difficulté est que la loi de 1981 qui, selon elle, est inappropriée pour lutter contre les violences domestiques.

Cette loi "demande aux femmes de fournir des preuves réelles qu’elles sont battues. Ou bien que l’homme soit pris sur les faits de violences avant d’être poursuivi. Comme si on attendait qu’il y ait mort d’homme avant de réagir", fustige Asso Bally.

Pour sa part, Sarah Fadiga Sako, la première vice-présidente de l'Assemblée nationale ivoirienne, a affirmé, le 3 juillet, qu’une prochaine révision du Code des personnes et de la famille irait dans le sens d’une lutte plus acharnée contre le mal des violences domestiques.

Mais Fanta Coulibaly, responsable de la Commission nationale de lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants, au ministère de la Famille, de la Femme et de l’Enfant, estime qu’il faudrait plutôt un ensemble de facteurs pour l’éradication des violences domestiques.

"Le phénomène est alarmant et la loi seule ne suffit pas. Toute la population a besoin de s’investir contre le mal", souligne Coulibaly, recommandant une campagne de sensibilisation contre les violences dans les foyers au sein des communautés.

"C’est irresponsable que des hommes continuent de se comporter ainsi. Pour moi, si la prison pose problème, il faudrait soumettre ce genre de personnes à des travaux forcés afin de les éduquer à nouveau", propose Ferdinand Kouassi, un entrepreneur en bâtiment basé à Abidjan.

L’organisation non gouvernementale américaine 'International Rescue Committee' avait publié, le 20 juin, un rapport sur les violences domestiques en Côte d’Ivoire, au Liberia et en Sierra Leone. L’ONG a dénoncé des brûlures, coups, viols et violences psychologiques dans ces trois pays d’Afrique de l’ouest. Le rapport souligne que dans ces pays, plus de 60 pour cent des femmes victimes de violences, sont d’abord victimes de leurs conjoints.

*(Les noms des victimes sont changés pour leur sécurité). (FIN/2012)

 

 

 

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