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CAMEROUN
Les Bakas chassés des forêts réservées pour l’exploitation
Ngala Killian Chimtom

YAOUNDE, 2 juil (IPS) - Pendant que Lysette Mendum écoute le bruit des bulldozers qui traversent la forêt pour y tracer une route vers un site minier près de son petit village d’Assoumdele dans le bloc forestier de Ngoyla-Mintom, dans la région de l'Est du Cameroun, elle n'a jamais été aussi effrayée dans sa vie.

Ce bloc forestier fait 943.000 hectares d’une forêt relativement intacte qui est à cheval entre une partie de l'est et du sud du Cameroun. Et elle constitue la maison de Mendum.

Mais tout ce à quoi cette veuve baka pense quand elle entend les bulldozers, c’est comment l'avenir est incertain pour ses trois enfants. Les Baka indigènes, historiquement appelés pygmées, sont un groupe ethnique d'environ 35.000 personnes qui ont traditionnellement vécu dans les forêts du sud-est du Cameroun.

Mais maintenant, ils ont été déplacés de leurs maisons traditionnelles du fait de l'effort du gouvernement visant à développer cette nation d’Afrique centrale en une économie émergente.

"Le gouvernement du Cameroun et certains Blancs nous ont déplacés du cœur du bloc forestier de Ngoyla-Mintom et nous ont réinstallés dans ce village situé dans son enceinte. Maintenant, nous allons au fond de la forêt dans la journée et revenons le soir. Nous n’y sommes pas autorisés la nuit", a indiqué Mendum à IPS.

Puisque des sociétés minières et d'exploitation forestière bénéficient de concessions sur de grandes portions des forêts du pays, les agences de protection de l’environnement ont exprimé leur inquiétude par rapport à la situation.

Des 22,5 millions d'hectares de forêt du Cameroun, 17,5 millions, soit environ 78 pour cent, sont classés comme forêts productives et sont attribuées à des sociétés d'exploitation forestière, selon des statistiques du ministère des Forêts et de la Faune (MINFOF).

Sur les 17,5 millions d'hectares de forêts productives, le gouvernement a déjà accordé des concessions forestières pour 7,5 millions d'hectares. Dans le sous-district de Ngoyla où vit Mendum, une société australienne d’exploration et de développement du minerai de fer a obtenu des droits miniers.

Une source au MINFOF a déclaré à IPS qu'un taux modeste de 20 pour cent des 17,5 millions d'hectares de forêts productives a été classé comme réserves naturelles, qui comprennent des parcs nationaux, des réserves de chasse, des jardins botaniques et zoologiques, des sanctuaires et des zones de chasse.

"Le gouvernement distribue des permis d'exploitation forestière et minière depuis le début des années 2000 à diverses entreprises dans un effort visant à générer de la richesse et à devenir une économie émergente d'ici à 2035. Mais cela a eu pour effet la privation des pygmées bakas de l'accès aux forêts qu’ils ont toujours considérées comme leur habitat naturel", a expliqué à IPS, David John Hoyle, directeur de la conservation au Fonds mondial pour la nature (FMN).

C'est parce que la Loi 1994 sur la faune, les forêts et la pêche interdit l'établissement humain à l'intérieur des aires protégées, qui comprennent les zones marquées pour les parcs nationaux et l'exploitation forestière. Cette loi limite également l'accès à ces zones.

Alors, à partir de 2000, le gouvernement a commencé à déplacer les Bakas des forêts productives et a tenté de les intégrer dans la société.

Mfou'ou Mfou'ou, le directeur de la conservation au MINFOF, a indiqué à IPS que le gouvernement travaillait avec ses partenaires pour s’assurer que les forêts sont gérées de manière durable.

"Cela signifie également la protection des droits des Bakas," a-t-il dit.

Il a déclaré que son ministère a signé un accord de 1,7 million de dollars avec le ministère des Affaires sociales pour lui permettre de mettre en œuvre de meilleures pratiques dans l'intégration socioculturelle et économique des Bakas dans la société. Mais cela a été contre leur gré.

"Les Bakas vivent dans les forêts du sud du Cameroun depuis des milliers d'années, et ils ont vécu en totale harmonie avec la forêt", a souligné Hoyle.

Pour les Bakas, cela a été une exclusion dévastatrice de leur terre traditionnelle et de ses ressources.

"Au début, nous pensions que nos gens pourraient bénéficier de toutes ces sociétés qui viennent ici, mais tout ce que nous avons obtenu à la fin a été une interdiction d’aller dans certaines parties de la forêt près du Parc national de Boumba Bek", a affirmé Ernest Adjima, président de la 'Sanguia Bo Buma Dkode', une association baka, qui en bakola, la langue d’origine, signifie "Un seul cœur".

Samuel Naah Ndobe, coordinateur du Centre camerounais pour l'environnement et le développement, a indiqué à IPS que le gouvernement veut maintenant installer les Bakas sur des terres agricoles situées le long des routes principales du pays.

"Mais les Bakas doivent fouiller la forêt pour la chasse, et les terres agricoles situées le long des routes principales sont généralement considérées comme appartenant aux tribus dominantes bantoues. Alors, quand les Bakas sortent de la forêt pour s'installer ici, les Bantous leur disent simplement 'Vous n'avez pas de terre ici, celle-ci nous appartient'".

Mais maintenant, quand ils retournent dans les forêts, ils sont traités comme des visiteurs indésirables.

"Nous ne pouvons pas nous empêcher d’être effrayés parce que tous les jours, des étrangers viennent nous prêcher un nouvel évangile d'exploitation minière. Et au fur et à mesure que les jours passent, nous voyons des restrictions systématiques sur nos droits", a déclaré Mendum à IPS.

Naah Ndobe a affirmé que lorsque les Bakas tentent d’accéder aux forêts, les gardes forestiers et les conservateurs les expulsent systématiquement.

"Sans une terre qui leur appartient, ces premiers occupants sont maintenant très vulnérables. Ils n'ont plus droit à la terre dont ils ont joui et qu’ils ont considérée comme leur habitat pendant des siècles", a-t-il dit à IPS. (FIN/2012)

 

 

 

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