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RD CONGO
Les fillettes soumises au mariage précoce dans les provinces reculées
Hermione Yamvu Muzinga*

KINSHASA, 18 juin (IPS) - L’éducation des filles n’est toujours pas une priorité dans certaines provinces reculées de la République démocratique du Congo (RDC). Par exemple à Yumbi, une ville située dans la province du Bandundu (sud-ouest du pays), les fillettes sont mariées précocement, parfois dès l'âge de 13 ans.

La pratique courante des mariages précoces dans cette ville apparaît comme une des retombées sociales immédiates de la pêche qui est l’activité la plus lucrative dans la localité.

Pour justifier cet acte qui prive leurs filles de l’instruction, les parents évoquent les traditions. "Une fille est destinée au mariage et non aux études", affirme l'un des parents. Dans cette ville, les études sont réservées aux garçons.

Une fois mariée et installée dans son ménage, la fille a comme première préoccupation d'engendrer des enfants. La vie quotidienne à la "yumbienne" pour les femmes se résume à trois étapes: le réveil, les travaux ménagers et la pêche dans le fleuve Congo où elles font également la lessive et la vaisselle.

Jeannette Bopili, 30 ans environ, affirme que depuis sa naissance, ses parents lui ont appris que la femme doit saluer l’homme en premier. Il en va de même devant un garçon car le garçon, qui est un homme en devenir, est «un être supérieur». Et c’est toujours la femme qui doit se soumettre aux caprices de l'homme. Elle en est convaincue.

A Yumbi, on se salue par l’expression locale "Losako". Cette salutation est basée sur des adages stéréotypes d’autrefois qui rappellent à la femme de Yumbi la place qu’elle doit occuper dans la société, selon les traditions. Par exemple, lorsque la femme croise un homme et dit "Losako!", l'homme répond par un autre adage plus long, qui signifie: "Quel que soit l'âge de la femme, l'homme est toujours son chef". A une salutation de la femme, l’homme peut aussi répondre par une autre expression qui signifie: «La femme ne construit pas un village» ou encore «La femme ne peut rien construire pour la société».

Bopili ne sait ni lire, ni écrire. Elle s'est mariée à 15 ans. Pour elle, la vie se résume à faire des enfants. Elle en a déjà sept et compte en avoir d'autres: autant que son mari le voudra. La planification familiale est une donne inconnue pour elle et son mari, François Bopili. L'image que renvoie Jeannette Bopili, sans le savoir, est celle d'une femme voilée et bâillonnée, dont seules les mains travaillent.

Travailler dans un bureau n’a jamais effleuré Yvonne, une jeune fille de 14 ans qui est venue passer des vacances chez l'un de ses oncles à Kinshasa, la capitale de la RDC. «Ma vie, c'est le fleuve Congo. C'est là que j'exécute tous mes travaux ménagers», ajoute-t-elle.

«En tant que femme, je suis appelée à me marier, à m'occuper de mon mari et des enfants que j’aurai. La femme a été créée pour faire la cuisine et non le travail de bureau», souligne Yvonne. Le pire est que dès qu’elle voit une femme kinoise travaillant dans un bureau, elle devient comme "folle". «Ce n’est pas normal qu’une femme travaille comme un homme. C'est ignorer son rôle au sein de la société», affirme-t-elle.

Comme si cela ne suffisait pas, même les notions d’hygiène corporelle sont presque inexistantes à Yumbi. Utiliser un savon pour faire sa toilette n’est pas une priorité pour la femme de cette ville. Faire un tour à Yumbi et interroger les femmes, c’est comme remonter le temps et voir comment les gens vivaient au 15ème siècle.

Le sort de la femme de Yumbi est vraiment peu enviable. Forts des croyances ancestrales, les hommes s'adonnent à la polygamie. Si les femmes ignorent généralement leurs droits car la plupart sont analphabètes, la femme qui ose hausser le ton, est soumise aux sorciers qui ont alors la responsabilité de la "désenvoûter".

Mais heureusement qu’il existe parfois des exceptions. Il arrive qu'une fille de Yumbi décroche un diplôme à l’école. Mais pour cela, il lui faut des parents ouverts d’esprit, qui l’envoient chez un parent vivant dans la capitale ou dans des villes plus proches de Kinshasa pour qu’elle y poursuive ses études supérieures. Tout ceci montre que l'épanouissement de la femme et de la jeune fille de Yumbi doit passer par un énorme travail de sensibilisation.

*(Hermione Yamvu Muzinga est journaliste en République démocratique du Congo et a écrit cet article pour 'Gender Links', une ONG d’Afrique australe qui lutte pour l’égalité de genre. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre 'Gender Links' et IPS). (FIN/2012)

 

 

 

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