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TRB-LIBRE
Le paradoxe de perdre la vie en donnant la vie en Afrique
Agnes Odhiambo*

NAIROBI, 1 juin (IPS) - Il y a trois ans, l'Union africaine a lancé une campagne à l'échelle continentale afin de réduire le nombre de femmes qui meurent pendant la grossesse ou en couches.

Elle est dénommée Campagne pour l'accélération de la réduction de la mortalité maternelle en Afrique, et son slogan est "L'Afrique n’est pas indifférente: aucune femme ne doit mourir en donnant la vie". Cela a été largement salué puisque de nombreuses sociétés africaines donnent à la maternité un statut spécial.

Cependant, la triste vérité est que donner la vie est une cause majeure de décès des femmes et des filles en Afrique. Et au cours des 20 dernières années, peu de pays africains, en particulier ceux d’Afrique subsaharienne, ont fait assez de progrès en diminuant le nombre de décès maternels.

Les données publiées le 16 mai par les Nations Unies montrent que le nombre de femmes dans le monde, qui meurent de complications liées à la grossesse et à l'accouchement, a presque diminué de moitié au cours des 20 dernières années. Le rapport intitulé "Tendances de la mortalité maternelle: de 1990 à 2010", montre que le nombre annuel de décès maternels a chuté de plus de 543.000 à 287.000, soit une baisse de 47 pour cent au niveau mondial.

Bien qu'il y ait eu une réduction de 41 pour cent en Afrique subsaharienne, les progrès sont lents et inégaux. En outre, la région représentait plus de la moitié, 56 pour cent, des décès maternels dans le monde en 2010. Une femme sur 39 en Afrique subsaharienne meurt en couches, comparativement à une sur 3.800 dans le monde développé, et une sur 290 en Asie.

Au cours des trois dernières années, j'ai interrogé des centaines de femmes et filles au Kenya, en Afrique du Sud, et au Soudan du Sud sur la grossesse et l'accouchement. Leurs expériences sont au cœur de la raison pour laquelle l'Afrique traîne derrière.

Leurs histoires étaient largement similaires. Elles m'ont dit qu'elles avaient une mauvaise connaissance de la sexualité et peu d'informations et de services concernant le planning familial, et qu'elles n'avaient pas d'argent ou le moyen de transport dont elles avaient besoin pour obtenir de l'aide quand elles étaient en travail.

Leurs histoires portaient sur des installations de santé en manque de personnel et mal équipées sans aucune capacité à traiter les complications obstétricales, sans ambulances pour transporter les femmes vers des centres où elles pourraient être aidées et le manque d'argent pour louer des moyens de transport privés.

Elles ont parlé du coût élevé de l’accouchement dans une installation sanitaire, en particulier lorsque l’on a besoin de soins spécialisés. Et elles se sont plaintes d’être maltraitées et négligées par les professionnels de santé mêmes qui étaient censés prendre soin d'elles, et du manque d'informations sur les mécanismes pour affronter tous les obstacles aux soins de qualité.

Les histoires de ces femmes révèlent également de flagrantes inégalités sociales fondées sur le statut économique, l'origine ethnique, la situation géographique, l'éducation, l'âge et le statut d'immigration, pour ne citer que quelques facteurs. Ces inégalités mettent les soins de santé de la reproduction et de maternité loin de la portée de beaucoup de femmes, et expliquent pourquoi les femmes et filles pauvres, analphabètes, ou rurales courent un risque plus élevé de mourir en couches que les femmes et filles plus privilégiées.

Un effort plus grand est d'urgence nécessaire pour sauver des femmes enceintes. Les gouvernements africains doivent investir dans des systèmes de soins de santé solides et assurer qu'il y a suffisamment d’installations sanitaires qui peuvent fournir des soins obstétriques d'urgence, distribuer équitablement les fournitures et médicaments appropriés, et employer un nombre suffisant de professionnels de santé bien formés, y compris ceux qui ont des compétences en obstétrique.

Pour éviter les décès maternels, il est également important de prévenir des grossesses non désirées et précoces. Les gouvernements devraient prioriser l’éducation sexuelle globale afin que les filles et les garçons aient des connaissances fiables sur la santé de la reproduction pour opérer des choix éclairés concernant le sexe et la reproduction.

Les gouvernements devraient étendre les informations et services de planning familial, notamment l’offre d’une gamme variée de méthodes contraceptives et l'accès aux avortements sécurisés.

Il est tout aussi important de corriger les inégalités sociales et économiques sous-jacentes qui favorisent ce problème. Ces questions comprennent le statut inférieur des femmes, le manque d'éducation pour les filles, le mariage précoce, la malnutrition, la pauvreté, et les pratiques traditionnelles néfastes, telles que la mutilation génitale féminine.

Bien que beaucoup de gouvernements expliquent la forte mortalité maternelle par un manque de ressources, il est clair que bon nombre d'entre eux pourraient faire beaucoup plus avec les ressources dont ils disposent.

Une mesure simple serait de se concentrer sur la responsabilisation du système de santé afin que les échecs de fourniture de soins de santé, qui conduisent aux mauvais résultats de santé maternels, puissent être identifiés et corrigés par des systèmes de supervision et de surveillance.

Une reddition de comptes efficace favorise en réalité la responsabilité financière et peut assurer l'utilisation la plus efficace des ressources grâce à une surveillance et un examen constants de la façon dont les services de santé font leur travail.

*Agnes Odhiambo est la chercheuse pour les femmes en Afrique à 'Human Rights Watch'. (FIN/2012)

 

 

 

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