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GHANA
L’autisme "relégué au second plan"
Jonathan Migneault et Jamila Akweley Okertchiri

ACCRA, 25 mai (IPS) - A première vue, Nortey Quaynor ressemble à tout Ghanéen ordinaire de 29 ans. Cependant, si vous passez un peu de temps avec lui, vous vous rendrez vite compte que quelque chose diffère.

Il évite le contact visuel et répond en un mot à la plupart des questions. Parfois, il couvre les oreilles avec ses mains pour bloquer les bruits des enfants dans une aire de jeux à proximité.

Quand il était enfant, Quaynor a été reconnu comme souffrant de l'autisme, un trouble du développement qui se caractérise par des interactions sociales affaiblies.

"Nortey est un bon gars seulement si vous comprenez ce qu'est l'autisme", a déclaré Abeiku Grant, qui a formé Quaynor au Centre de sensibilisation, des soins et de formation sur l'autisme à Accra, la capitale du Ghana, quand il était jeune.

"Si vous ne savez pas, vous le voyez comme un mauvais gars, parce que peut-être vous lui dites de faire quelque chose et il fait autre chose", a expliqué Grant à IPS.

La mère de Quaynor, Serwah Quaynor, a créé le centre en 1998 parce qu'elle n'était pas satisfaite des quelques services disponibles pour son fils dans cette nation d’Afrique de l’ouest. Le centre est un endroit rare au Ghana où des enfants atteints d’autisme peuvent recevoir les soins spéciaux et l’attention dont ils ont besoin.

L’Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) a estimé en 2009 qu'il y avait 150.000 personnes au Ghana atteintes de l'autisme. L'organisation a également signalé que seulement un à deux pour cent des enfants handicapés vivant dans les pays en développement bénéficient d’une éducation primaire de base.

Mais Max Vardon, le directeur exécutif du Conseil national des personnes handicapées au Ghana, a affirmé que les statistiques sur les handicaps au Ghana sont notoirement peu fiables, et que le nombre réel pourrait être beaucoup plus élevé. Son organisation veut réunir 13 millions de dollars afin de pouvoir effectuer un recensement national sur les handicaps.

"Le handicap a été relégué au second plan", a déclaré Vardon.

A cet égard, l'autisme n'est pas différent de tout autre handicap au Ghana.

"Je n'ai jamais entendu parler du gouvernement en train de faire quelque chose au sujet des enfants atteints d'autisme", a indiqué Grant à IPS.

Le Centre de sensibilisation, des soins et de formation sur l'autisme obtient l'essentiel de son financement à partir des frais payés par les apprenants. Les enfants paient 300 cedis (160 dollars) par mois pour assister aux cours de lundi à vendredi. Le centre offre aux enfants autistes une thérapie sensorielle, de la musique et l'orthophonie. Il dispose d'une équipe de formateurs qui travaillent avec les apprenants un à un pour aider à leur développement.

"Certains enfants sont maintenant passés dans des écoles ordinaires", a déclaré Baaba Enchill, un coordinateur dans le centre.

Mais les histoires de réussite du centre sont gâtées par un manque constant d'espace et de ressources. Il peut accueillir seulement 30 élèves, et doit renvoyer en moyenne deux à trois enfants chaque semaine. Il existe quelques autres institutions similaires au Ghana, mais elles sont tous confrontées aux mêmes problèmes.

La 'New Horizon Special School' (Ecole spéciale pour un horizon nouveau), à Accra, a fourni un espace d'apprentissage pour les enfants ghanéens atteints du syndrome de Down, la paralysie cérébrale et l'autisme depuis 40 ans. Comme le Centre de sensibilisation, des soins et de formation sur l'autisme, 'New Horizon' dépense les frais des apprenants et les dons provenant de donateurs privés pour garder la tête hors de l’eau. La plupart de ses 120 élèves paient 500 cedis (environ 265 dollars) par trimestre pour y étudier.

"Nous ne bénéficions du tout d’aucune forme d’appui du gouvernement", a déclaré Vanessa Adu-Akorsah, la principale de 'New Horizon'. "Notre directrice a essayé tant de choses pour impliquer le gouvernement".

Adu-Akorsah a indiqué que la plupart de ses apprenants viennent de foyers monoparentaux. "Malheureusement, quand ces enfants naissent, leurs pères abandonnent leurs mères".

L'école ne peut pas se permettre d'offrir des services comme l'orthophonie, et dispose d'une physiothérapeute qui ne peut s’occuper que des élèves qui peuvent supporter le coût supplémentaire de ses services.

Adu-Akorsah a souligné que ses enseignants perçoivent de "maigres" salaires et que l’appui du gouvernement pourrait aller vers l'amélioration des services de l'école et en la rendant plus accessible aux familles à faible revenu.

Le Ghana a un réseau de pensionnats pour les enfants handicapés, mais Adu-Akorsah a dit qu'ils laissent beaucoup à désirer. A 'New Horizon', chaque apprenant bénéficie d’une attention individuelle, mais les écoles publiques ont un enseignant pour 12 élèves.

Tamba Gbessay, directeur adjoint de la 'Dzorwulu Special Needs School' (Ecole Dzorwulu pour des besoins spéciaux) à Accra, a déclaré que des progrès ont été faits quand il s'agit de l'éducation spéciale au Ghana. "Nous faisons beaucoup mieux par rapport au moment où nous avons commencé dans les années 1960", a-t-il affirmé.

"Le gouvernement est davantage impliqué et a augmenté son financement pour l'emploi des travailleurs, l'entretien, les véhicules et la formation du personnel".

Son école compte 163 élèves qui ne paient pas de frais. Mais elle ne reçoit pas les enfants atteints d'autisme.

"Nous ne disposons pas de spécialistes formés dans ce domaine", a-t-il dit. (FIN/2012)

 

 

 

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