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COTE D’IVOIRE
Les enfants victimes de la crise vivent de petits métiers
Fulgence Zamblé

ABIDJAN, 25 mai (IPS) - Dans le couloir qui mène de chez lui vers la voie principale d’Abobo Pk 18, un quartier d’Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire, Ahmed*, 12 ans, ralentit sa marche avec sa béquille. Il jette un regard sur les impacts de balle encore visibles sur les murs des maisons, puis soupire.

Ahmed accélère ensuite les pas pour rattraper le bus qui doit le conduire à Adjamé, au centre-ville. Dans son sac porté au dos, se trouvent une boîte de cirage, une brosse et de l’eau savonneuse pour cirer les chaussures des clients. "Mes parents m’ont offert ce matériel, il y a trois semaines. Avec mes nouveaux amis, on se donne à cœur joie au travail. Parfois, je rentre avec assez d’argent, souvent peu", raconte-t-il à IPS.

Contraint par des hommes armés, en mars 2011, à transporter les munitions pour les combattants à Abobo Pk 18, pendant la crise postélectorale, il avait été pris au cœur d’un violent combat entre insurgés et forces progouvernementales. "Les bruits des armes m’avaient rendu presque sourd. Je me suis mis à crier. Puis j’ai été touché à la jambe gauche qui a été amputée par la suite", explique Ahmed qui a abandonné l’école.

Ce travail de cireur auquel il commence à s’habituer, loin de sa maison, permet au jeune garçon de retrouver la joie de vivre. "Depuis sa blessure, mon fils était chaque jour pensif et s’isolait. Je sentais qu’avec le double drame vécu, quelque chose n’allait pas. Il fallait lui trouver une activité à faire et lui redonner espoir", déclare à IPS, son père, Youssouf Traoré.

De son côté, Solange*, 15 ans, aide sa sœur aînée, une coiffeuse, à faire les cheveux des clientes au marché des tresseuses de Marcory, à Abidjan. Victime d’un viol collectif pendant la crise à Yopougon, un quartier d’Abidjan, Solange, qui est malade, ne peut plus poursuivre ses études.

"Je ne voulais pas être la risée des camarades par ma démarche, alors je suis restée auprès de ma sœur. Les petites activités qu’elle me confie me remontent le moral. Elles m’évitent surtout de repenser aux événements que j’ai vécus", raconte Solange à IPS. Mais, elle n’a toujours pas bénéficié d’une prise en charge psychosociale, indique sa soeur.

Par contre, Fabrice*, 10 ans et Adjaratou*, 13 ans, ont été suivis pendant un mois et demi par l’organisation non gouvernementale Enfance et développement, basée à Abidjan. Ils avaient connu un début de troubles mentaux à la suite des tirs incessants d’armes lourdes à Yopougon, leur quartier.

Aujourd’hui, cordonnier pour le premier qui a abandonné l’école, et vendeuse d’eau en sachet pour la seconde qui n’était pas scolarisée, ces enfants soulagent ainsi leur traumatisme depuis trois mois. "Avec ce travail, mes journées ne sont plus les mêmes. Je me distrais beaucoup, mais j’apprends surtout à être meilleur dans ce que je fais, sans jamais reparler de guerre ni d’armes...", explique Fabrice.

Ahmed, Solange, Fabrice et Adjaratou font partie des nombreux enfants victimes de la crise postélectorale en Côte d’Ivoire. De novembre 2010 à septembre 2011, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et l’ONG 'Save the Children', avaient dénombré 1.121 femmes et enfants victimes de graves violations des personnes en Côte d’Ivoire.

Selon ces organisations humanitaires, les enfants étaient au nombre de 643 dont 182 ont été victimes de viols, 19 associés à un groupe armé, 13 tués et 56 blessés ou mutilés par des armes à feu. "La plupart de ces crimes sont restés impunis, car seuls 52 cas ont fait l’objet de poursuites judiciaires, même si les auteurs sont connus pour plus de la moitié des victimes", souligne l’UNICEF. Sur les 52 poursuites judiciaires, 27 sont des viols et 25 agressions sexuelles.

Par ailleurs, 65,4 pour cent des enfants victimes n’avaient bénéficié d’aucune prise en charge, tandis que 24,4 pour cent avaient reçu une assistance médicale. En outre, seulement 44 pour cent des victimes de viols ont bénéficié d’une telle assistance, alors que 39 pour cent n’ont reçu aucune prise en charge médicale, selon les deux organisations.

"Par des activités récréatives, ludiques, nous avons réduit le traumatisme chez ces enfants. Alors, nous avons encouragé les parents à les occuper, de manière à guérir définitivement leur mal", souligne Josiane Niamké, présidente de Enfance et développement, dont l’ONG a encadré une centaine d’enfants durant un mois.

"Il y a des victimes qui se ruent sur un dédommagement ou des soins pour panser les plaies. Mais il y a encore d’autres, les plus nombreux, qui attendent une aide psychologique pour éviter des troubles mentaux ou une dépression", explique à IPS, Francis Gnaly, psychiatre à Abidjan, spécialiste des troubles psychoaffectifs.

Gnaly ajoute que ces enfants doivent être toujours écoutés, soutenus, ou bien ils doivent avoir constamment des outils de distraction à leur disposition. "Ce qui n’est malheureusement pas le cas", déplore-t-il, affirmant que trouver une activité à ces enfants "peut constituer une excellente alternative pour réparer les tissus psychiques brisés".

*(Les noms des victimes sont changés pour leur sécurité). (FIN/2012)

 

 

 

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