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SANTE
Le cancer, une maladie qui décime la femme africaine
Leevy Frivet*

PORT-LOUIS, 16 mai (IPS) - Le cancer tue plus que toutes les autres maladies en Afrique, et il tue notamment les femmes. La faute revient au manque de médecins, à l’absence de campagnes de prévention, de structures pour le dépistage, sans compter les rites ancestraux et traditionnels qui s'opposent aux traitements.

Elles sont des milliers de femmes à mourir de cancer sur le continent africain. Les organes les plus touchés sont le sein, le col de l'utérus, mais aussi le pancréas. Le cancer du sein est l'un des cancers les plus mortels en Afrique. Le cancer est l’une des premières causes de mortalité chez l’Africaine et est plus fréquent chez la femme que chez l’homme. Il sévit généralement chez les femmes de plus de 45 ans.

En Côte d’Ivoire, le cancer affecte 34 pour cent de femmes. Selon les statistiques officielles dans ce pays, deux femmes sur huit en sont atteintes. Au plan mondial, de toutes les femmes ayant présenté un cancer du sein, 10 pour cent seulement consultent un médecin dès les premiers symptômes. D’après une étude menée entre 1993 et 1998 aux Etats-Unis, sur 100 femmes présentant un cancer du sein, 20 pour cent survivent après cinq ans alors que 70 pour cent décèdent des suites de la maladie.

A Madagascar, le système de santé laisse grandement à désirer, notamment le dépistage qui y est pratiquement inexistant. Beaucoup de femmes malgaches qui vivent dans la brousse et dans les provinces loin des infrastructures de santé, meurent du cancer sans savoir quel mal les ronge. Anny est une journaliste qui a perdu des proches et des amies qui luttaient contre cette maladie. Elle met l'accent sur la nécessité d'un dépistage précoce.

«Le cancer à Madagascar est souvent diagnostiqué trop tard. On n’explique pas assez aux femmes malgaches comment faire une palpation mammaire par exemple. On ne leur dit pas assez l’importance de la mammographie ou du frottis vaginal», dit-elle. «Dans le privé, ces examens coûtent cher. De l’autre coté, sur le plan culturel, écarter ses cuisses devant un ou une gynécologue est impensable pour la femme malgache. Il faudrait vraiment que le ministère de la Santé fasse des campagnes d’information à ce sujet», ajoute-t-elle.

L’autre problème est que les Malgaches n’aiment pas savoir ce dont ils souffrent et préfèrent se voiler la face. «Savoir qu’on a le cancer après un bilan, et après? Lorsqu’on n’a pas d’argent pour se payer les traitements, on n’a pas le courage pour affronter la nouvelle. Il vaut mieux ne pas le savoir».

Pour les soins, la chimiothérapie ou la radiothérapie relèvent de la pratique privée et coûtent cher. Et même s’ils existent en centre hospitalier public, les appareils de radiothérapie sont insuffisants pour les cas dépistés. Ceux qui ont les moyens et qui veulent connaître leur état de santé ont l’avantage de pouvoir se faire soigner à temps. Et ils font tout pour trouver le financement requis. Autrement, pour le Malgache, le cancer reste le «homamiadana» ou «celui qui tue à petit feu».

Pourtant, le Protocole de la SADC sur le genre et le développement, signé et ratifié par Madagascar, demande à tous les Etats membres de rendre accessibles et moins coûteux les soins pour les femmes comme pour les hommes.

Bien que la santé soit gratuite sur l’Ile Maurice, qu’il y ait des campagnes encourageant le dépistage précoce et que les soins les plus sophistiqués soient proposés, les patientes rencontrent d’autres types de problèmes. Et malgré toutes les facilités mises en place par le ministère de la Santé, le nombre de décès dus au cancer ne fait que s'accroître dans ce pays.

L'hôpital Victoria à Candos, dans la ville de Quatre Bornes, est dépassé par le nombre de patientes qui viennent faire soit de la radiothérapie ou de la chimiothérapie. La salle d'attente est bondée de femmes maigres, abattues, qui ont perdu leurs cheveux.

Le plus gros problème à Maurice est l’absence de décentralisation des traitements contre le cancer car il n'y a que cet hôpital à offrir le traitement par radiothérapie et chimiothérapie. De ce fait, les patientes sont obligées de voyager, parfois de très loin, pour s’y rendre. C’est le cas de Rose-Marie qui habite Rivière des Galets, un village situé dans le sud de l’île.

«J'ai subi une mastectomie (ablation du sein). J'ai perdu mes forces, mes cheveux et ma joie de vivre. Tous les mois, je dois venir par autobus à l’hôpital Victoria qui est loin de mon village et faire la queue pour faire ma chimio. Lorsque je regagne mon domicile, je suis lessivée. J'avoue que parfois, j’ai l’impression que survivre au cancer est plus douloureux que d’en mourir», affirme Rose-Marie.

Même à Maurice, le cancer tue plus de femmes que d’hommes. Comme quoi, même la maladie fait de la discrimination. Vendredi sera la Journée mondiale du cancer.

*(Leevy Frivet est journaliste à Maurice et a écrit cet article pour 'Gender Links', une ONG d’Afrique australe qui lutte pour l’égalité de genre. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre Gender Links et IPS). (FIN/2012)

 

 

 

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