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MAROC
Le pays toujours divisé sur le mariage des mineures
Abderrahim El Ouali

CASABLANCA, 4 mai (IPS) - La pratique généralisée du mariage de mineures continue d'être l'un des problèmes juridiques et politiques les plus incendiaires au Maroc aujourd'hui, provoquant des affrontements ouverts entre des islamistes intransigeants et les modérés à travers le pays.

S'exprimant à la télévision nationale en avril, Mohammed Abdenabawi, un cadre du ministère de la Justice, a déclaré que 30.000 filles mineures sont mariées chaque année - soit environ 10 pour cent des 300.000 mariages enregistrés tous les ans dans ce pays de 32 millions d'habitants.

Le phénomène est très répandu, les conséquences pour les jeunes femmes et filles graves, et les efforts de la société civile soutenus, même si le maintien d’un élan contre une marée de conservatisme culturel et religieux, est un défi.

Une campagne visant à recueillir un million de signatures afin d’interdire le mariage des mineures est déjà en cours, déclenchée par la mort d'Amina Filali, une fille de 15 ans qui s'est suicidée après avoir été forcée d'épouser son violeur.

Pour soi-disant protéger la famille et "l'honneur" de la femme, un tribunal a évoqué une législation dans le Code pénal et le Code de la famille pour forcer Filali à épouser l'homme âgé de 10 ans plus qu'elle, qui l'avait obligée, sous la menace d’un couteau, à se soumettre à lui.

Aussi bien le procès que le suicide de Filali ont ouvert les vannes à un déluge de débat public et d'activisme autour de la question, qui avait été jusque-là un sujet tabou dans la société marocaine traditionnelle.

Jamal Rhmani, un membre du parti de l'opposition, l'Union socialiste des forces populaires, et ancien ministre de l'Emploi, a déclaré à IPS: "La campagne a recueilli plus de 780.000 signatures jusqu’à maintenant".

Tout en étant un membre de l'opposition politique et l'un des principaux organisateurs de la campagne visant à bannir le mariage des mineures, Rhmani voit son implication dans l'activisme d’abord et avant tout, selon lui, comme le père d'une fille de 14 ans.

"Avant d'être un politicien, je suis un père. Nous ne pouvons pas être indifférents à ce qui se passe autour de nous", a-t-il expliqué.

Des activistes, des groupes de défense des droits et des membres de l'opposition réclament l'abrogation de l'article 475 du Code pénal, qui permet aux violeurs de ne pas être punis s'ils acceptent d’épouser leurs victimes; ainsi que les articles 20 et 21 du Code de la famille, qui autorisent le mariage des filles mineures.

Mais l’origine du problème est profonde, et nécessitera un changement plus systémique que l'abrogation d'une ou de deux lois.

"Le coupable, c’est la jurisprudence archaïque mise en œuvre par des ignorants", a déclaré à IPS, Chakib Khettou, un habitant de Casablanca, se référant à la loi musulmane qui autorise le mariage des filles âgées de plus de neuf ans, selon le droit traditionnel.

En 2008, Cheikh Mohamed El Maghrawi, un célèbre érudit musulman marocain, a publié une fatwa qui réitère le droit des familles à marier leurs filles ayant plus de neuf ans. Sa position a provoqué un scandale majeur, mais ce savant n'a subi aucune conséquence.

Au cours d'une conférence de presse dans la ville de Marrakech, en avril, El Maghrawi a même exprimé son attachement à sa position, "basée sur le Coran et les paroles du Prophète", selon lui.

Cependant, l'opposition à cette lecture particulière de la loi de la charia est devenue très répandue.

Ahmed Faridi, un enseignant titulaire d'une licence sur la charia, a affirmé à IPS: "Rien dans le Coran n’autorise le mariage d’une fillette de neuf ans". Même s'il s'avère que le Prophète de l'Islam lui-même avait épousé une fille mineure, "il est dans ce cas une exception et ne peut pas être une règle", a souligné Faridi.

Les traditionnalistes ne laisseront pas faire

Le ministre de la Justice et des Libertés, Mustapha Erramid, n'est pas aussi modéré que certains des militants qui font pression pour l'interdiction de ce mariage.

Dans un discours à la nation télévisé en mars, le ministre avait déclaré: "Le mariage des filles mineures n'est pas interdit par la loi".

Avocat de profession, Erramid, est "tolérant" envers l’amendement de l'article 475 du Code pénal, mais a refusé de parler de la modification des articles 20 et 21 du Code de la famille.

Ce ministre islamiste a laissé entendre que des manifestations similaires à celles organisées contre le Plan national pour l'intégration des femmes dans le développement, promulgué sous le gouvernement socialiste d’Abderrahmane Youssoufi en 1999, n'étaient pas loin.

A l'époque, des milliers d'islamistes issus du parti au pouvoir, le Parti pour la justice et le développement (PJD), étaient descendus dans les rues de Casablanca pour manifester contre le plan de Youssoufi visant à inclure les femmes dans le développement politique et économique, qu'ils jugeaient "incompatible" avec la charia parce qu’il interdisait la polygamie et fixait l'âge minimum de mariage pour les femmes à 18 ans.

Pourtant, les membres actuels du parlement ne s’inquiètent pas trop de ce que l’activisme d'aujourd'hui verra une telle réaction véhémente de la part des conservateurs.

"Un débat national sur ce sujet est actuellement nécessaire afin de modifier le Code pénal et le Code de la famille. Un projet de loi est déjà en train d’être initié par le groupe socialiste au parlement pour garantir plus de protection aux filles mineures", a indiqué Rhmani. (FIN/2012)

 

 

 

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