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BURKINA FASO
Stopper l’exclusion des femmes "sorcières" avec un plan d’action
Brahima Ouédraogo

OUAGADOUGOU, 23 avr (IPS) - Les organisations de défense des droits humains et la société civile maintiennent la pression sur le gouvernement du Burkina Faso pour mettre fin à l’exclusion des femmes accusées de sorcellerie, après l’adoption d’un plan d’action.

Selon le ministère de l’Action sociale et de la Solidarité nationale, quelque 600 femmes sont exclues pour cause de sorcellerie au Burkina Faso et sont pour la plupart recueillies dans des centres appelés «cours de solidarité». Il existe 11 centres du genre dans ce pays d’Afrique de l’ouest.

Les femmes sont chassées à l’issue du «port du cadavre» utilisé pour désigner le coupable lorsqu’il y a un décès dans son milieu. Le port du cadavre vient du fait que le corps d’une personne décédée est porté par des hommes et le coupable présumé de sa mort - par sorcellerie - est désigné par la direction du suspect que prennent les porteurs du cadavre.

«Contrairement à ce que beaucoup de personnes croient, on peut mettre rapidement fin à ce phénomène, car il s’agit de prendre des directives claires: par exemple, on peut interdire le port du cadavre», affirme à IPS, Gérard Zongo, chargé de la lutte contre l’exclusion sociale dans l’organisation non gouvernementale (ONG) Commission justice et paix (CJP), basée à Ouagadougou, la capitale burkinabè.

«En général, ce sont les femmes qui sont accusées de sorcellerie et quand ce sont les hommes, ils se déplacent vers d’autres villages», explique Zongo qui annonce une campagne de sensibilisation pour appeler à une justice en faveur de ces femmes exclues.

«Nous estimons qu’il est urgent de prendre conscience de la gravité du problème, de travailler à la sensibilisation de la population afin que des mesures soient prises pour éviter tant de souffrances à ces personnes dont le seul tort est de ne pas pouvoir se défendre», déclare Sœur Maria. Elle s’occupe du Centre Delwindé qui compte le plus grand nombre de femmes exclues et est basé à Ouagadougou.

Ce centre qui existe depuis 1965 abrite près de 400 de ces femmes exclues. "Les pouvoirs publics doivent être toujours ambitieux quant aux objectifs car on a senti qu’ils ne sont pas très engagés", regrette Zongo, faisant allusion aux difficultés qui ont jalonné l’adoption du plan d’action.

Le plan d’action, qui couvre la période de 2012 à 2016, a été adopté le 24 mars par le ministère de l'Action sociale et les partenaires que sont les ONG, et les associations qui luttent contre l'exclusion sociale. Il prévoit une prise en charge de toutes les victimes d’exclusion pour fait de sorcellerie au lieu de les laisser aux seules mains des associations.

La prise en charge signifie que désormais, les victimes doivent avoir accès à une aide économique parce que ces femmes menaient des activités avant leur exclusion; un appui juridique et psychosocial des victimes qui étaient jusque-là abandonnées au bon vouloir des associations.

Selon Zongo, lors des débats sur le plan d’action, alors que la société civile souhaitait «travailler à l’élimination du phénomène, le ministère de l'Action sociale avait proposé de créer l’environnement pour l’élimination du phénomène». Les ONG attendaient de l’Etat un engagement plus ferme.

«C’est une excellente chose d’avoir un plan d’action, même s’il n’est pas parfait. Il permet à tous les acteurs de connaître leur rôle et ce qu’ils doivent faire», affirme, pour sa part, Haridata Dacouré, présidente de l’ONG Femmes et droits pour le développement.

Le plan dont l’élaboration a débuté en 2007 avait connu plusieurs difficultés avant son adoption en raison de la sensibilité de la question, explique Boukary Sawadogo, le directeur général de la solidarité nationale. «C’est un fait social dont on ne peut pas décréter la fin. C’est un processus qui nécessite un environnement favorable pour avoir l’adhésion de tous», indique-t-il à IPS.

"Si les chefs coutumiers ne sont pas prêts, vous n’y arriverez pas", ajoute Sawadogo qui annonce un plaidoyer auprès des «élus locaux qui doivent faire de la prise en charge des (femmes) exclues des préoccupations dans leur budget».

Le plan d’action prévoit, en outre, une prise en charge juridique des femmes exclues. Mais à ce jour, une seule femme a gagné un procès début avril et doit réintégrer sa famille.

«On ne juge pas la sorcellerie au Burkina, mais nous allons juger les faits qui sont l’exclusion et les violences sur des personnes», souligne Sawadogo.

Cependant, Dacouré estime que la solution en justice ne sera réelle que si les gens qui battent ces femmes sont sanctionnés. Or, ajoute-t-elle, les infractions sont commises par une foule et il est difficile de sanctionner tout le groupe.

Elle suggère plutôt des sanctions civiles qui obligent le responsable de la communauté, éventuellement le chef, à réparer les dommages causés à la victime.

«Je suis persuadée que lorsqu’on va arriver aux portefeuilles des gens qui brûlent la case, violentent la femme avant de l’exclure, afin qu’ils la réintègrent au lieu que cela soit toujours l’Etat qui prend en charge les victimes, ils vont réfléchir avant de poser ces actes», affirme Dacouré à IPS.

Pour mettre fin à l’isolement et faciliter la réinsertion sociale des victimes, la CJP organise des journées de solidarité pendant lesquelles elle demande un parrainage des femmes exclues. A cette date, 120 femmes sur 430 ont été sont adoptées par des parrains qui leur rendent visite régulièrement pour éviter leur isolement. (FIN/2012)

 

 

 

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