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LIBERIA
Le gouvernement trouve un moyen de mettre fin à la MGF
Travis Lupick

MONROVIA, 13 avr (IPS) - "Il y avait trois personnes, l’une me maîtrisait par terre; l’autre me tenait la main, et la troisième personne faisait le travail. Ils m’ont fait coucher, et...", a déclaré Fatu au sujet de la mutilation génitale féminine (MGF) qu’elle a subie quand elle avait huit ans au Libéria.

Selon l'Organisation mondiale de la santé, Fatu a enduré ce qui est classé comme une excision féminine de type II (sur une échelle de un sur trois), au cours de laquelle son clitoris et ses petites lèvres ont été coupés.

Fatu aujourd’hui âgée de 23 ans et étudiante à l'Université du Libéria, son excision faisait partie de son initiation dans la secrète 'Sande Society' (société Sande), une association pseudo-religieuse dont la plupart des femmes libériennes – selon la tribu et la partie du pays d’où elles viennent - sont membres.

La Sande et son homologue masculin, la Poro, influencent bon nombre d’aspects de la culture, la tradition et la société en général dans cette nation d’Afrique de l’ouest. Les écoles "de brousse" Sande sont les endroits où de jeunes femmes libériennes - certaines jeunes de deux ans - sont censées recevoir des instructions sur les traditions de respect, comment diriger un ménage, et la façon de se préparer pour le mariage.

C’est aussi là où leurs excisions se font.

La société Sande croit que ce rite de passage rend la femme forte et l'empêche de coucher avec tout le monde.

Des organisations internationales telles que le Fonds des Nations Unies pour l'enfance affirment que la MGF est une violation des droits humains, qui prive les femmes de "leur intégrité physique et mentale, de leur droit d’être libres de violence et de discrimination, et dans le cas le plus extrême, de leur vie".

La position centrale de la MGF dans la Sande fait qu’il est particulièrement difficile de la réduire, a expliqué la ministre du Genre et du Développement, Julia Duncan-Cassell. Mais grâce aux efforts de coopération avec les chefs traditionnels, le gouvernement du Libéria s’atèle patiemment à fermer les écoles Sande et mettre fin à la MGF dans le pays.

"Le gouvernement dit: 'Cela doit cesser'", a déclaré Duncan-Cassell. "Je ne peux pas vous dire que cela a complètement cessé, mais le processus est en cours".

Dans le passé, le gouvernement libérien n'a pas été disposé à commenter sur la MGF et Duncan-Cassell a exprimé la position la plus claire par rapport à cette pratique jusqu’à maintenant. Elle a affirmé l'engagement de son bureau à mettre fin à l'excision féminine dans le pays. La MGF est un sujet tabou et compliqué ici au Libéria.

Alors que la plupart du temps, Fatu a parlé positivement de ses expériences avec la Sande, bon nombre de femmes interviewées par IPS ont refusé de discuter de la société ou de la MGF.

"Ça faisait mal. Sérieusement, ça faisait mal. Et il y avait beaucoup de sang", a indiqué Fatu, renfrognant la mine pendant qu’elle se souvenait de l'expérience. Pourtant, Fatu soutient qu'elle ne regrette pas le temps qu'elle a passé à l'école de brousse Sande.

"Depuis cette époque jusqu'à maintenant, je me sens comme une femme. Je suis fière", a-t-elle déclaré, son dernier mot prononcé lentement, traîné, et ponctué du même accent qu'elle a utilisé pour décrire la douleur qu'elle a ressentie lors de son initiation.

Duncan-Cassell a reconnu que l'éradication de la MGF au Libéria prendra du temps.

"Il y a eu un communiqué publié par le ministère de l'Intérieur, demandant à toutes nos mères, tantes, sœurs, de renoncer à de telles pratiques", a souligné Duncan-Cassell. "Le gouvernement veut respecter les croyances des gens mais, au même moment, leur dit de ne pas enfreindre le droit de l'autre".

Il n'existe pas de statistiques fiables sur le nombre de femmes libériennes excisées; toutefois, il est estimé que jusqu'à deux-tiers des femmes dans le pays ont subi l’opération.

La cessation des initiations de la Sande et de la MGF demeure une question très sensible pour le gouvernement, et les cadres interviewés ont soutenu qu'il faudrait des années pour mettre un terme à la pratique. Toutefois, un prétendu accord existe, qui pourrait voir la Sande mise à l'écart plus tôt que la plupart ne l’espèrent.

Le ministre délégué chargé de la Culture au ministère de l'Intérieur, Joseph Jangar, a affirmé qu'un accord a été conclu entre les sociétés Sande et Poro, dans lequel la Sande remettrait les terres utilisées pour des initiations à la Poro.

"Les femmes ont approuvé", a déclaré Jangar. "Avec cette compréhension, les femmes ne peuvent pas pratiquer la Sande. A cause de cela, nous ne délivrons pas d’autorisations (de gérer des écoles de brousse) à une quelconque Société Sande".

Jangar a indiqué qu'une lettre officielle, envoyée le 9 décembre 2011 aux chefs de district et directeurs des sociétés Sande et Poro à la fois, demandait que tous les bosquets Sande soient fermés d'ici à la fin de cette année-là. "Ils ont tous reçu la lettre", a-t-il dit. "Si nous voyons des zoes (chefs spirituels traditionnels) pratiquer l'école Sande, nous les amenderons". Des moniteurs sont programmés pour parcourir les comtés d’ici début avril, a-t-il ajouté.

Toutefois, le ministre de l'Intérieur, Blamo Nelson, a affirmé qu'il n'était pas au courant de la lettre, mais a affirmé qu'il voyait la MGF est en train de devenir une chose du passé.

"Le plaidoyer appelant à mettre un terme à la MGF devrait se poursuivre", a-t-il déclaré. "Et je suis sûr que, avec le temps, ces pratiques, que davantage de Libériens commencent à trouver odieuses, disparaîtront". (FIN/2012)

 

 

 

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