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GHANA
Le combat d’un père pour sauver sa fille de la mutilation génitale
Jonathan Migneault et Berlinda Chochoe Nortey

ACCRA, 7 mars (IPS) - Lorsque Jack Sabadgou quittait le Ghana pour la Suisse il y a 10 ans, il avait laissé sa petite fille derrière pour être élevée par sa mère. Aujourd’hui, il veut reprendre son enfant, mais il lui reste peu de temps pour la sauver de la pratique traditionnelle interdite de la mutilation génitale féminine.

La fille de Sabadgou, Yuma, est aujourd’hui âgée de 13 ans et elle vit dans le village de Bawku, dans le nord du Ghana, où les gens continuent d’adhérer aux pratiques traditionnelles, notamment la mutilation génitale féminine (MGF). Après que la grand-mère de Yuma a été reconnue comme souffrant du cancer du sein, elle a attribué sa maladie aux mauvais esprits, qui, selon elle, l'ont punie parce que sa petite-fille n'a pas encore été excisée.

"Le problème, c’est une maladie", déclare Sabadgou depuis son domicile en Suisse. Il dit que sa mère ne comprend pas que son cancer n'a rien à voir avec les mauvais esprits ou sa petite-fille.

"Je ne veux pas perdre deux personnes", dit-il, retenant ses larmes. "Je les aime, toutes les deux".

La MGF était criminalisée au Ghana en 1994. Les Nations Unies et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ont condamné cette pratique, qui implique l’enlèvement des organes génitaux externes de la femme, notamment le clitoris et les petites lèvres.

L'OMS affirme que la pratique ne présente pas des avantages pour la santé et ne cause que de préjudices. Elle peut entraîner des infections récurrentes de la vessie et des voies urinaires, des kystes et la stérilité.

Mais dans des villages comme Bawku, la pratique se poursuit secrètement.

Et le désespoir de Sabadgou pour sauver sa fille de cette pratique est palpable, même depuis un autre continent.

Sabadgou est retourné au Ghana au début de février pour obtenir la garde légale de sa fille afin qu'il puisse l'emmener vers la sécurité en Suisse. Il a rempli des documents et a parlé avec les dirigeants de Bawku de ses inquiétudes par rapport à la MGF, mais ses appels sont tombés dans l'oreille d’un sourd. Il est retourné depuis en Suisse.

Dans les régions du nord du Ghana, la MGF est généralement pratiquée entre décembre et février. Sabadgou croit que sa fille avait jusqu'à décembre avant que sa vie ne soit changée pour le pire de manière irréversible.

Florence Ali, la présidente de l'organisation non gouvernementale, la 'Ghana Association for Women's Welfare' (Association ghanéenne pour la protection des femmes), a été la seule alliée de Sabadgou au Ghana.

Avant de consacrer sa vie à la lutte contre la MGF, Ali était une sage-femme. Des femmes et leurs fœtus sont morts pendant qu’elle les soignait à cause de complications dues à la MGF.

Une femme n'a pas pu accoucher de son bébé en raison de la cicatrisation de son vagin. Ali n'avait pas l’équipement nécessaire pour pratiquer une césarienne et la mère et l'enfant sont morts.

Mariama Yayah, la directrice du Département des enfants du Ghana, affirme que la MGF est pratiquée dans le pays afin de dépouiller les femmes du plaisir sexuel et de s'assurer qu'elles restent fidèles à leurs maris.

Beaucoup de gens dans les régions du nord du Ghana voient la pratique comme une partie normale de la féminité, déclare-t-elle.

Sabadgou envisage de retourner à Bawku en décembre pour faire comprendre aux filles là-bas que la pratique n'est pas acceptable.

"Ce sera un combat", dit-il. "Ce ne sera pas facile". Il affirme que personne dans son village ne soutient sa position contre la MGF. Mais c’est une croyance, déclare-t-il, pour laquelle il est prêt à mourir.

Au Ghana, les gens qui pratiquent cette procédure interdite peuvent écoper entre cinq et 10 ans d’emprisonnement s'ils sont poursuivis. Mais les autorités ne font pas assez pour freiner la pratique, indique Sabadgou.

L'OMS estime que 92 millions de filles en Afrique, âgées de plus de 10 ans, ont subi la MGF et qu’il y a seulement 22 pays sur le continent qui ont des lois contre la pratique. Le Mali, par exemple, ne dispose d'aucune loi interdisant la mutilation génitale féminine.

En 2008, l'Assemblée mondiale de la santé a adopté une résolution visant à éliminer la mutilation génitale féminine.

Ali indique qu'en 2011, une assemblée des dirigeants africains à Malabo, en Guinée Equatoriale, a soutenu un projet de résolution de la 66ème session ordinaire de l’Assemblée générale de l’ONU visant à interdire la MGF dans le monde entier. "Nous espérons que lors de la prochaine Assemblée générale, nous (aurons) une interdiction de la MGF à l’échelle mondiale", estime-t-elle.

Pour Sabadgou, la lutte contre la MGF au Ghana commence par la sensibilisation. "Nous devons parler du problème", dit-il. "Il faut que cela commence dès maintenant". (FIN/2012)

 

 

 

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