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CAMEROUN
Les anglophones se sentent comme un people assujetti
Ngala Killian Chimtom

YAOUNDE, 1 fév (IPS) - Lorsque le président Cameroun, Paul Biya, a annoncé que le 50ème anniversaire de la réunification du Cameroun français et britannique aura lieu plus tard cette année, cela a ressuscité des sentiments amers parmi les Camerounais anglophones.

Ils affirment qu'ils ne se sentent pas comme des partenaires égaux à leurs homologues francophones.

Jannette Ngum, une enseignante du primaire originaire de la province anglophone du Nord-Ouest, a déclaré qu'elle aimerait ne plus jamais avoir affaire aux francophones au Cameroun. Dans cette nation d’Afrique centrale, les anglophones constituent une minorité, environ 20 pour cent des 20 millions d'habitants du pays, et la plupart vivent dans les deux régions anglophones du pays, les provinces du Sud-Ouest et du Nord-Ouest.

La frustration de Ngum fait suite au traitement minable qu’elle a subi au ministère de la Fonction publique et de la Réforme administrative quand elle est allée à Yaoundé, la capitale camerounaise, pour le suivi de sa demande d'emploi à la fonction publique.

"Quand j'ai parlé anglais, la dame s’est renfrognée et a dit: 'Je ne connais pas votre patois-là'".

"Au lieu de me servir, elle a continué à jouer aux cartes sur son ordinateur. Mais lorsqu’un de mes collègues est entré et a parlé français, il a obtenu ce qu'il voulait en quelques secondes. Pourtant, la constitution stipule clairement que l'anglais et le français sont les langues officielles du Cameroun, et donc à statut égal", a-t-elle déclaré à IPS.

Mais l'expérience de Ngum est courante parmi les Camerounais anglophones. Michael Ndobegang, un professeur d'histoire à l'Université de Yaoundé, a déclaré que les anglophones au Cameroun se sentent "réduits à un peuple assujetti, par rapport aux partenaires de statut égal".

Selon Ndobegang, les anglophones ont été systématiquement écartés des centres de pouvoir, avec des lois non rédigées qui font qu’il est impossible pour eux d’occuper certains postes clé du gouvernement. Depuis l'indépendance, aucun anglophone n'a été ministre de la Défense, des Finances, de l'Education ou même des Affaires étrangères.

"Les anglophones ont été nommés essentiellement à des postes subalternes pour assister les francophones, même là où ces derniers ont été moins qualifiés ou incompétents. Tel est le dilemme des anglophones au Cameroun", a affirmé Ndobegang à IPS.

En juin 1990, J.N. Foncha, le principal architecte de l'Etat fédéral, a démissionné du gouvernement, affirmant que "les dispositions constitutionnelles qui protégeaient la minorité anglophone ont été supprimées, ses voix noyées..."

Economiquement, les anglophones se sentent également exploités. "Le pétrole du Cameroun vient de la province du Sud-Ouest. Comment se fait-il que le réseau routier dans la région ait été abandonné?", a demandé John Fru Ndi, le leader de l'opposition anglophone du 'Social Democratic Front' (Front social démocrate - SDF), lors d'un rassemblement à Buea (sud-ouest), dans la période précédant l'élection présidentielle d’octobre 2011 au Cameroun.

Il a également critiqué violemment les administrations francophones successives d’avoir tué la dynamique de l’économie du Cameroun britannique. "Des petites et moyennes entreprises dans la région, telles que l'Agence de développement de l’ouest du Cameroun, 'Power Cam', et 'West Cameroun Marketing Board', ont été détruites", a-t-il indiqué à ses partisans lors du rassemblement.

Ndi, initialement opposé à l'idée d'une sécession vis-à-vis du Cameroun francophone, semble avoir changé d’avis.

"Si la victoire du SDF est de nouveau volée lors des élections législatives de cette année, alors je n’aurai pas d'autre choix que de rejoindre le SCNC (Conseil national du sud Cameroun)", a déclaré Ndi aux membres du Comité exécutif national du SDF le 19 janvier. Le SCNC est un mouvement sécessionniste.

Les anglophones ne sont pas non plus d’accord avec ce qu'ils perçoivent comme pratiques discriminatoires à propos des recrutements dans la fonction publique.

Les historiens Nantang Jua et Piet Konnings ont indiqué qu’en "février 2003, il a été annoncé qu'il y avait seulement 57 jeunes anglophones sur plus de 5.000 nouvelles recrues dans les écoles de police. Le mois suivant, des dossiers montrent qu'il y avait seulement 12 anglophones parmi les 172 recrues à la douane".

Des années plus tard, rien n'a vraiment changé. Les statistiques du ministère de la Fonction publique et de la Réforme administrative indiquent que sur les 25.000 jeunes détenteurs de certificat recrutés dans la fonction publique en 2011, moins de 2.000 étaient anglophones.

Cela, soulignent les auteurs, a créé chez les anglophones "le sentiment d'être recolonisés et marginalisés dans toutes les sphères de la vie publique et donc d'être des citoyens de seconde classe dans leur propre pays".

Pourtant, le gouvernement nie qu'il existe un problème anglophone au Cameroun. Par contre, sa stratégie a été d'utiliser la violence d'Etat contre les groupes sécessionnistes. Et certains de l'élite anglophone ont été cooptés dans le gouvernement pour minimiser l'existence d'un problème.

Mais l’érudit et politologue du Cameroun, Emmanuel Tatah Mentan, a qualifié cette élite "d’imposteurs, de dirigeants méconnus et d’émissaires de 'la République du Cameroun'".

En attendant, la célébration du 50ème anniversaire de la réunification du Cameroun aura lieu à Buea, la capitale de la région sud-ouest.

"C’est tout naturel; cela correspond bien à l'histoire de ce pays", affirme Charles Mbella Moki, le maire de Buea, au sujet de cette célébration qui sera accueillie par sa ville.

Mais le secrétaire national à la communication du SCNC a déclaré que Biya assistera aux cérémonies à Buea en tant que chef d'Etat étranger. "Nous invitons d'autres chefs d'Etat et Biya, le président de la République du Cameroun, est également invité", a-t-il déclaré à IPS. (FIN/2012)

 

 

 

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