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NIGERIA
Des milliards perdus dans la corruption auraient pu maintenir la subvention du carburant
Mustapha Muhammad

KANO, Nigeria, 13 jan (IPS) - Les principales centrales syndicales du Nigeria, qui ont déclenché une grève illimitée lundi dernier pour protester contre la suppression de la subvention du carburant depuis le 1er janvier, ont décidé vendredi de suspendre leur mouvement pendant le week-end pour permettre aux négociations avec le gouvernement d’aboutir à un accord.

La grève et les protestations nationales contre la suppression de la subvention du carburant ont paralysé le Nigeria pour la cinquième journée consécutive, ce vendredi. Et des analystes affirment que les milliards de dollars, perdus chaque année à cause de la corruption dans l'industrie pétrolière, auraient pu être utilisés pour maintenir la subvention du carburant.

"Nous savons qu'à cause de la corruption et des personnes non appropriées placées dans certains postes clé dans le secteur, beaucoup de pétrole brut se perd", a déclaré Garba Ibrahim Sheka, un maître de conférences en économie à l'Université Bayero, dans la ville de Kano, dans le nord du Nigeria.

Le Nigeria offre certains des prix les plus bas du carburant au monde. Mais une grande partie de la population vit avec moins de deux dollars par jour, et la suppression de la subvention du carburant depuis le 1er janvier a durement touché les pauvres, faisant plus que doubler les prix de l'essence et les frais de transport et faisant grimper les prix des denrées alimentaires et d’autres marchandises qui sont transportées d'une région à une autre.

"Cette politique du gouvernement fédéral vient à un moment où le taux de chômage est élevé: plus de 40 millions de personnes sont au chômage" dans ce pays de 158 millions d'habitants, a souligné Sheka.

"L'impact social est que les Nigérians deviennent plus pauvres, et plus ils sont pauvres, plus nous avons d'insécurité. Nous attendons socialement qu'il y ait plus de pauvreté, plus de famine, et plus de problèmes sociaux tels que le vol à main armée, et ce problème de Boko Haram", a-t-il ajouté, se référant à une secte islamiste militante qui a mené des attaques et des bombardements au cours de la dernière année, qui ont fait plusieurs morts.

La décision prise par l'administration du président Goodluck Jonathan de supprimer la subvention du carburant a fait monter le prix de ce produit de 65 nairas (35 centimes de dollar) le litre à 150 nairas (93 cents) en gros du jour au lendemain.

Le gouvernement de ce premier producteur de pétrole en Afrique a indiqué que les 7,5 milliards de dollars dépensés chaque année sur les subventions du carburant, pourraient être utilisés pour fournir des infrastructures désespérément nécessaires.

Le gouverneur de la Banque centrale, Lamido Sanusi, a déclaré aux journalistes à Kano que "cet argent sera utilisé dans la fourniture d'équipements sociaux et le développement des infrastructures qui profiteront plus aux Nigérians et sauveront le pays de l’effondrement économique".

Les autorités de la nation la plus peuplée d'Afrique affirment également que le carburant subventionné est frauduleusement convoyé dans les pays voisins où les prix de l'essence sont plus élevés, privant ainsi les Nigérians des avantages de la subvention.

"Cette subvention, qui dépasse un trillion de nairas, a été partagée avec des pays voisins comme le Tchad, le Niger et le Cameroun", a affirmé à IPS, Abdullahi Umar Ganduje, vice-gouverneur de l'Etat de Kano.

Grèves et protestations à l’échelle nationale

La chambre basse du parlement a tenu une session d'urgence le dimanche 8 janvier, exhortant le président à suspendre la décision de supprimer la subvention du carburant, et appelant les syndicats à annuler les plans pour une grève illimitée.

Mais le gouvernement a maintenu sa décision et les syndicats, les étudiants, les universitaires ainsi que les militants ont déclenché la grève et des manifestations de masse le lundi, 9 janvier.

Jusqu'à 10 personnes auraient été tuées et plusieurs autres ont été blessées dans les manifestations puisque la police a utilisé des munitions réelles dans certains Etats pour disperser les manifestants. "Nous avons précipitamment amené certaines victimes ayant reçu des blessures provoquées par des coups de feu à l'Hôpital Nassarawa. Au total, 30 manifestants ont été blessés", a indiqué à IPS, Musa Abdullahi, le chef de la Croix-Rouge à Kano.

Un groupe local de défense des droits humains, le 'Civil Rights Congress' (Congrès des droits civils), a condamné l'usage excessif de la force par la police.

Des millions de manifestants prennent part à ces protestations nationales, marchant sur les principales avenues des villes, scandant des slogans anti-gouvernement. La plupart des autres rues sont désertes et les magasins sont fermés. Dans l'Etat de Kaduna, dans le nord, deux anciens gouverneurs dirigent la manifestation.

"Nous n'avons pas peur de la brutalité policière et nous poursuivrons la lutte jusqu'à la mort", a déclaré à IPS, Kabiru Moussa, l'un des manifestants, lors d'une protestation à Kano.

Des pertes économiques

"L'impact va être dévastateur; si tous les secteurs sont fermés, le gouvernement va perdre des milliards de nairas", a souligné Sheka, à l'Université Bayero.

"Plus la grève dure, plus l'impact sur l'économie et l'impact social seront négatifs", a indiqué cet universitaire, ajoutant que le gouvernement devrait garder à l'esprit les expériences récentes des gouvernements au Moyen-Orient et devrait être "assez sage pour éviter que cela arrive".

Les chiffres officiels du gouvernement mettent le forage du pétrole brut à 2,09 millions de barils par jour depuis l’entrée en vigueur en 2009 de l'accord d'amnistie pour les militants du delta du Niger, visant à réduire les troubles dans cette région riche en pétrole.

Mais, des analystes reprochent aux Nigérians travaillant dans l'industrie pétrolière d'être de connivence avec des compagnies pétrolières multinationales, et de priver le pays de recettes.

"Nous croyons que si les 'fuites' peuvent être réparées définitivement, beaucoup d'argent peut être obtenu à partir de la région", a estimé Sheka.

Le Nigeria importe des produits pétroliers raffinés pour satisfaire la demande intérieure, parce que les quatre raffineries du pays ne fonctionnent pas à plein régime. (FIN/2012)

 

 

 

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