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AFRIQUE DE L’OUEST
Le fleuve Niger sous la pression des barrages
Soumaila T. Diarra

BAMAKO, 25 oct (IPS) - Les besoins d’investissements dans l’agriculture et l’énergie des pays d’Afrique de l’ouest étant en train de s’élargir, les constructions de barrages s’intensifient sur le fleuve Niger qui alimente neuf Etats de la sous-région, membres de l’Autorité du bassin du Niger (ABN).

Pourtant, ces investissements soulèvent non seulement des problèmes écologiques, mais ils donnent lieu également à des négociations entre les Etats riverains qui veulent tous tirer profit des ressources de ce fleuve long de 4.200 kilomètres environ.

Certains pays membres du bassin du Niger et situés en amont du fleuve s’inquiètent de la construction des barrages en aval. «Il y a neuf pays dans le bassin du fleuve Niger, mais leurs intérêts sont divergents. Il y a des pays qui ne veulent pas qu’on construise des barrages en aval - dans les pays comme le Mali et le Niger», affirme Bi Tozan N’Guessan, un expert au ministère de l’Eau en Côte d’Ivoire.

Lancée en septembre dernier, la construction du «Seuil de Djenné», un barrage hydroélectrique (situé au centre du Mali), s’ajoute à de nombreux autres chantiers importants en aval du fleuve.

«Pour éviter des conflits d’intérêt entre les Etats, toutes les constructions de barrage sur le Niger sont soumises à l’Autorité du bassin du Niger, un organisme créé par les Etats riverains pour une gestion concertée du bassin du fleuve», ajoute N’Guessan à IPS.

Le barrage de Djenné sera un «barrage-pont» de 316 mètres qui va relier les deux rives du Bani, un affluent du Niger. Plus de 15.000 hectares seront aménagés et 25 kilomètres de routes seront bitumés, selon le gouvernement malien. Il est également prévu la construction d’un centre de santé communautaire dans le village de Sarantomo, dans le cercle de Djenné.

Selon Agatam Ag Alassane, ministre malien de l’Agriculture, cet aménagement agricole vise à développer la culture du riz et d’autres activités économiques importantes comme le maraîchage, la pêche et l’élevage. Le barrage de Djenné qui produira également de l’électricité pour la localité, permettrait, en outre, la création de quelque 45.000 emplois (directs et indirects) dans la localité.

«Le barrage de Djenné a pour objectif de pallier les effets de la sècheresse et de relancer les activités agro-pastorales dans le cercle pour le plus grand bonheur des populations», a déclaré Ag Alassane. Ce barrage coûte 19,5 milliards de francs CFA (environ 38 millions de dollars).

Mais en dehors du barrage de Djenné, d’autres barrages beaucoup plus importants sont en construction sur le fleuve Niger. L’ABN a autorisé depuis 2008 la construction de trois barrages hydroélectriques intégrateurs: à Fomi en Guinée, à Taoussa au Mali, et à Kandadji au Niger, dont les travaux ont été lancés en août 2008.

Ces barrages autorisés par l’ABN ne sont pas seulement importants pour les pays où ils seront construits. «Le barrage de Taoussa fournira, par exemple, de l’électricité au Burkina Faso et au Niger. De même, celui de Fomi sera utile pour d’autres pays du bassin du Niger», explique Ferdinand Bélé Gohou, président de 'Montagnes, forêts Ouest Afrique', une organisation non gouvernementale (ONG) basée en Guinée Conakry.

Le barrage de Fomi est prévu essentiellement pour la production d’électricité, mais le lac du barrage créera des opportunités pour la production piscicole. Les zones périphériques du lac pourraient être adaptées à l’élevage bovin et à d’autres types d’élevage ainsi qu’à l’agriculture. Elles pourraient offrir aussi des opportunités pour les oiseaux aquatiques.

Selon Gohou, d’autres pays riverains bénéficieront du barrage de Fomi qui est censé avoir un pouvoir régulateur transfrontalier du débit. «Cela est important pour l’agriculture car dans les pays situés en aval, il permettra l’irrigation en saison sèche», dit-il à IPS.

Toutefois, le barrage de Fomi inquiète beaucoup les écologistes qui estiment que son impact pourrait être négatif sur les zones en aval, essentiellement au Mali.

«Les niveaux d’eau dans le delta intérieur du Niger baisseront de nouveau de 45 centimètres si le barrage de Fomi était construit. La zone inondée sera davantage réduite de 1.400 km2, la saison opérationnelle du fleuve Niger, pour les grands bateaux, serait réduite en raison de la période de disponibilité plus courte des eaux profondes», affirme l’ONG 'Wetlands International', basée en Hollande, dans une étude réalisée en 2010 et intitulée «Impact des barrages sur les populations du Mali».

L’ONG indique que si le barrage de Fomi était construit, l’impact sur les populations qui dépendent de la pêche, de la production rizicole ou de l’élevage dans le delta intérieur du Niger, serait catastrophique.

«Le barrage de Fomi pourrait également entraîner une réduction importante des populations d’espèces tant résidentes que migratoires d’oiseaux aquatiques. Les dernières colonies nicheuses importantes de cormorans, d’ibis, de hérons et d’aigrettes en Afrique de l’ouest seraient poussées jusqu’à leurs derniers retranchements», ajoute l’étude de 'Wetlands International'.

De même, le barrage de Taoussa au Mali aura des effets négatifs sur les pays en aval, notamment pour le barrage de Kainji, au Nigeria. «La réalisation de Taoussa entraînerait une réduction du potentiel productible à terme à Kainji de 200 gigawatts/heure par an, soit 8,7 pour cent de la production annuelle moyenne sans Taoussa», indique une étude réalisée par le gouvernement malien en 2009.

Le bassin versant du fleuve Niger couvre plus de 2000.000 de km2 répartis sur les neuf pays membres de l’ABN: Guinée, Côte d’Ivoire, Mali, Burkina Faso, Niger, Bénin, Tchad, Cameroun, et Nigeria. (FIN/2011)

 

 

 

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