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MOZAMBIQUE
Le changement climatique menace les petits fermiers
Johannes Myburgh

MAPUTO, 2 sep (IPS) - Bien après le coucher du soleil hivernal sur son champ de cultures hors de Maputo, la capitale du Mozambique, Angelina Jossefa continue d’arracher les mauvaises herbes.

Une grande partie de ses laitues, carottes et betteraves est morte au cours d'un hiver cruel, ce qui signifie qu'elle doit travailler plus dur pour nourrir ses trois enfants.

"Cette année, les choses ont été dures à cause du froid. Il faisait très froid", explique cette mère célibataire pendant qu’elle arrache quelques pieds de laitue.

Bien que le Mozambique soit généralement connu pour sa chaleur et ses inondations, une absence relative des pluies cette année, combinée avec un fort hiver, a mis encore plus de pression sur des agriculteurs de subsistance qui se battent comme Jossefa, qui représentent 80 pour cent de la population.

"Bien qu'il n'y ait plus de jours de fraîcheur, les températures minimales étaient très basses, les plus basses depuis 50 ans", déclare Sergio Buque, un climatologue au 'National Meteorological Institute' (Institut national de météorologie) de ce pays d'Afrique australe.

Autrefois, la température minimale la plus basse enregistrée était de 7,4 degrés Celsius en 1958. Cette année, en juin, le thermomètre a indiqué 5,1 degrés Celsius.

"C’était un nouveau record", poursuit Buque. Par ailleurs, les précipitations, pendant la saison des pluies de cette année, étaient extrêmement faibles en dépit des prévisions de pluies supérieures à la moyenne.

"Déjà, la saison des pluies n'est plus comme d’habitude", souligne Dulce Chilundo, directeur du grand 'National Emergency Operative Centre' (Centre national opérationnel des urgences) du Mozambique. "Il s’agit du réchauffement de la planète, cela est en train de changer. Je ne sais pas".

Malgré la tendance habituelle des pluies, d'octobre à février, ce pays connu pour des inondations dévastatrices en 2000 a enregistré très peu de pluies cette année.

"Cela ne s'est pas produit en octobre. Puis en novembre, il a beaucoup plu dans la même période. Puis rien après cela", indique Chilundo à IPS.

"Il y a des années, il pleuvait deux à trois fois par mois. Maintenant, quatre, cinq mois passent sans qu’il ne pleuve", ainsi explique Jossefa le changement de conditions météorologiques sur les trois hectares de terre qu’elle laboure depuis ces 29 dernières années avec sa mère, sa tante et belle-sœur. Elles sont toutes des mères célibataires.

Et cette femme de 41 ans s’inquiète de ce que deviendra sa progéniture lorsque l'argent finira. "Ce n’est pas assez, parce que deux vont à l’école. Je me débrouille au moins pour les frais de transport et les dépenses de la maison, mais c’est peu", se lamente-t-elle.

Nombre de personnes pauvres, sans cesse croissantes, dans les villes du Mozambique, sont descendues dans les rues en septembre 2010 pour protester contre la hausse des prix des denrées alimentaires. Mais les millions de petits fermiers éparpillés dans tout le pays ne disent rien alors que des facteurs échappant à leur contrôle compromettent leur production alimentaire.

Plus de huit millions de personnes dans le pays souffrent de malnutrition, selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture.

"Je pense qu'il y a un changement plus grand qu'il ne peut être contrôlé localement", affirme Lola Castro, directrice nationale du Programme alimentaire mondial et de l'équipe humanitaire des Nations Unies dans le pays.

"Les personnes âgées nous disent qu'il est difficile de savoir quand il faut planter, le moment où il faut récolter. Il est difficile de dire quand il pleuvra. Certainement, il y a un changement".

Des analystes du développement ont étudié les moyens de se tirer d’affaire. L’un de ceux-ci est en train d'encourager les gens à changer leurs cultures pour s’adapter aux conditions météorologiques.

Au Mozambique, le risque d'inondations demeure élevé parce que les agriculteurs plantent sur des plaines inondables. "Il est impossible de changer les gens qui plantent dans des zones basses", explique Castro. "Ce sont des zones fertiles".

Par conséquent, les autorités encouragent les fermiers à utiliser des cultures plus résistantes, qui peuvent survivre dans des zones plus élevées, plus sèches.

Cela signifie qu’il faut planter plus de manioc, de sorgho et de millet, indique Castro. Une autre mesure est d'utiliser des cultures qui ont des cycles de gestation plus courts afin que les agriculteurs puissent récolter plus rapidement et bénéficier beaucoup d'une saison, estime Buque.

"Des cycles de culture de 125 jours sont trop longs. Nous devrions commencer à développer des cultures ayant un cycle de 90 jours pour capitaliser sur la saison des pluies".

De telles solutions peuvent bien prouver la différence entre la vie et la mort pour des millions de personnes oubliées au Mozambique. Cependant, le changement des traditions qui ont été établies au cours des siècles de générations, est probablement toute une autre tâche. (FIN/2011)

 

 

 

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